Des montres connectées révèlent les premiers signes de TSPT après l’attaque du 7 octobre
Une étude de l’université de Tel Aviv montre que les données de ces appareils permettent de repérer précocement le TSPT et d’alléger la pression sur le système de santé mentale
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Une équipe de chercheurs de l’université de Tel Aviv a découvert que les montres connectées équipées de biomarqueurs numériques peuvent détecter les premiers signes de TSPT chez leurs utilisateurs.
L’étude, qui a suivi plus de 5 000 Israéliens pendant trois ans, avait démarré avant le 7 octobre 2023 et s’est poursuivie après. Elle révèle que ces appareils pouvaient détecter l’apparition d’un TSPT, même chez des personnes n’ayant été exposées qu’indirectement à des événements traumatisants par le biais des médias.
« Les pourcentages de TSPT et d’anxiété étaient extrêmement élevés chez des personnes qui n’avaient pas été blessées elles-mêmes ni n’avaient de proche parent touché », expliquent le professeur Erez Shmueli, directeur du Big Data Lab, et le professeur Dan Yamin, directeur du laboratoire d’épidémiologie numérique et d’analytique de la santé, tous deux à la School of Industrial and Intelligent Systems Engineering de Tel Aviv, qui ont dirigé l’étude en partenariat avec l’université de Stanford.
« Les vidéos GoPro partagées par les terroristes sur TikTok et d’autres plateformes font réellement ressentir les événements de plus près », a expliqué Shmueli au Times of Israel. « En examinant l’effet de la consommation d’informations et du visionnage de vidéos sanglantes, nous avons constaté une nette différence entre ceux qui avaient vu ces images et ceux qui ne les avaient pas vues. »
Alors que la plupart des recherches sur le TSPT se concentrent sur les personnes directement confrontées à la violence, cette étude s’est intéressée aux effets sur celles qui ont été indirectement touchées par le biais de l’information et des réseaux sociaux.
Publiée mercredi dans la revue scientifique PLOS Mental Health, l’étude détaille comment les montres connectées, combinées à des questionnaires, permettent de détecter de subtils changements physiologiques et comportementaux annonciateurs d’un TSPT, et pourraient contribuer à améliorer les stratégies de santé publique.
Les niveaux de stress ne sont pas revenus à la normale
Les chercheurs impliqués dans cette étude utilisaient déjà des montres connectées pour suivre les participants dans le cadre d’une enquête distincte portant sur l’étude des symptômes et de la propagation de trois maladies infectieuses : le COVID-19, la grippe et le streptocoque du groupe A (SGA).
Les mêmes volontaires ont poursuivi l’étude en remplissant chaque jour un questionnaire d’auto-évaluation du stress, tout en portant une montre enregistrant différents indicateurs de bien-être comme la fréquence cardiaque, le nombre de pas quotidiens et la qualité du sommeil.
Pour Shmueli, l’un des résultats les plus frappants a été la persistance du stress longtemps après l’assaut meurtrier du Hamas. L’analyse a montré que, deux mois après le 7 octobre, les taux de TSPT atteignaient 22,9 % à 36 % parmi les participants, et qu’ils restaient encore compris entre 15,9 % et 24,7 % plusieurs mois plus tard.
« Dans la plupart des autres événements, nous observions un retour assez rapide à la normale », souligne Shmueli. « Après le 7 octobre, même un an plus tard, le niveau de stress demeurait très élevé. »
L’impact significatif des réseaux sociaux
« Nous vivons aujourd’hui à une époque où une grande partie de notre exposition aux événements passe par les réseaux sociaux », a poursuivi Shmueli.
Il a rappelé que lors des attentats du 11 septembre 2001, perpétrés par Al-Qaïda aux États-Unis et ayant fait près de 3 000 morts, les réseaux sociaux n’existaient pas encore et que les taux de TSPT chez les populations indirectement exposées étaient plus faibles.
Selon l’étude, 33 % des participants ayant visionné un grand nombre de contenus ou de vidéos explicites du pogrom sur Telegram ou TikTok présentaient un risque accru de TSPT, contre seulement 7 % parmi ceux qui s’en étaient abstenus.
Signes avant-coureurs
Cliniquement, un diagnostic de TSPT ne peut être posé qu’au moins 30 jours après un traumatisme. Mais dans l’étude, les participants qui devaient par la suite développer un TSPT ont montré des changements distinctifs dans la semaine qui a suivi le 7 octobre.
Selon Shmueli, les montres connectées et les questionnaires quotidiens peuvent fournir des marqueurs précoces immédiats.
« Les personnes qui seront ensuite diagnostiquées comme souffrant de stress post-traumatique tendent à déclarer des niveaux de stress plus élevés, à moins dormir, à avoir un sommeil de moins bonne qualité et à marcher moins », explique-t-il. « Ces données, intégrées à des modèles d’intelligence artificielle (IA), peuvent aider à identifier les personnes les plus susceptibles de développer un TSPT. »
Cette identification précoce est cruciale, insiste-t-il, car le traitement est plus efficace lorsqu’il est commencé rapidement, a-t-il souligné.
« Un diagnostic précoce permet de mettre en place un traitement plus rapidement, et meilleurs sont les résultats. On peut éviter la progression de la maladie, ou du moins en réduire fortement les effets. »
Vers une « première ligne de défense »
Compte tenu de la pression qui pèse sur le système de santé mentale israélien, Shmueli voit un intérêt dans l’usage d’outils numériques pour les cas les moins graves. « Si l’on parvient à identifier une partie des patients précocement et à les traiter, par exemple grâce à des applications mobiles, on peut réserver le système de santé aux cas plus sévères », dit-il.
Il cite notamment PTSD Coach, une application développée par l’armée américaine et l’université de Stanford, conçue pour accompagner les vétérans souffrant de TSPT. Bien qu’elle ne remplace pas une thérapie, Shmueli estime qu’il s’agit d’un exemple qui « fonctionne plutôt bien ».
Selon lui, le développement de telles applications progresse en Israël, et montres connectées, applis et IA constituent désormais une véritable « première ligne de défense », capable de repérer les cas précocement et d’alléger la charge des professionnels de santé.
« Alors que nous commençons à mesurer l’impact des événements de la guerre et du 7 octobre », ces marqueurs précoces sont essentiels aujourd’hui, a-t-il déclaré.
« Le nombre de personnes qui sollicitent le système de santé mentale est considérable », a-t-il noté. « Notre système peine réellement à répondre à la demande. »
Si l’étude comporte des limites – notamment le recours à des questionnaires auto-déclarés plutôt qu’à des diagnostics cliniques –, elle montre néanmoins comment les technologies portables pourraient transformer la prise en charge de la santé mentale en période de crise.
« Identifier et soutenir les personnes le plus tôt possible peut vraiment faire la différence », conclut Shmueli.
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