Des ONG réclament le gel de l’expulsion de migrants éthiopiens vivant en Israël
Alors que le ministère des Affaires étrangères déconseille tout voyage dans le Tigré, ces groupes estiment que la situation en Éthiopie reste trop instable pour les renvoyer
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Des militants des droits humains appellent le ministre de l’Intérieur à ne pas appliquer la décision de la Haute Cour d’expulser les migrants éthiopiens, car la situation sécuritaire dans ce pays d’Afrique est trop instable.
En novembre 2021, Israël avait accordé une protection collective aux ressortissants éthiopiens en raison de la guerre civile sanglante qui oppose les forces armées éthiopiennes au TPLF (Front de libération du peuple du Tigré) depuis 2020.
En janvier 2024, le ministre israélien de l’Intérieur de l’époque, Moshe Arbel, a retiré cette protection, suivant l’avis de spécialistes selon lesquels la situation sécuritaire en Éthiopie était suffisamment stable pour permettre le retour des ressortissants.
En décembre, la Haute Cour a confirmé cette décision, rejetant l’appel interjeté par trois organisations : Hotline for Refugees and Migrants, HIAS Israel et ASSAF – Aid Organization for Refugees and Asylum Seekers in Israel.
Déclarant qu’ils ne prenaient pas position sur les droits des Éthiopiens concernés, les trois juges de la Haute Cour ont donné aux migrants quatre mois pour se préparer à partir.
Cependant, les organisations de réfugiés et de migrants affirment que la situation en Éthiopie est encore trop instable. Le ministère israélien des Affaires étrangères indique d’ailleurs sur son site web d’Addis-Abeba que les Israéliens devraient éviter tout voyage non essentiel dans le Tigré, en raison de la reprise des combats entre l’armée éthiopienne et le TPLF, qui a débuté le 27 janvier.
Des conflits opposent également les autorités éthiopiennes aux milices amharas dans la région d’Amhara, ainsi que les forces de sécurité aux groupes armés dans la région d’Oromia.
Neta Mishly, qui dirige le département juridique de la Hotline for Refugees and Migrants, a déclaré : « La grave détérioration de la situation en Éthiopie ces derniers jours a conduit Israël lui-même à émettre un avertissement aux voyageurs concernant le nord du pays. Malgré cela, la décision d’expulser les demandeurs d’asile reste en vigueur, et le ministère de l’Intérieur est déterminé à abandonner la communauté et à envoyer ses membres directement dans une zone de guerre sanglante. »
« Nous appelons le ministère de l’Intérieur à revenir sur cette décision et à suspendre toutes les expulsions vers l’Éthiopie jusqu’à ce qu’une amélioration tangible de la situation du pays soit constatée. »
Selon la Hotline, un peu moins de 1 400 ressortissants éthiopiens sont concernés par le retrait de la protection collective, soit le double du nombre cité par une porte-parole de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières (PIBA) du ministère de l’Intérieur au Times of Israel.
Cette différence semble refléter une réalité dans laquelle de nombreux Éthiopiens non juifs vivent en marge des radars du ministère de l’Intérieur.
Prenons l’exemple de Yossi, un homme de 44 ans qui a fui le régime oppressif de l’ancien Premier ministre Meles Zenawi en 2002 pour se réfugier en Israël, où il gagne sa vie en faisant le ménage. Il a quatre enfants qui fréquentent tous des écoles israéliennes et qui ne parlent que l’hébreu.
Terrifié à l’idée d’être arrêté, il a déclaré : « Les gens fuient l’Éthiopie même aujourd’hui. On ne sait jamais qui pourrait vous tuer ; il y a tellement de guerres en cours. »
« J’ai demandé l’asile en Israël il y a des années, mais ma demande a été rejetée. J’ai même essayé d’aller au Canada, mais les autorités israéliennes ne m’ont pas accordé le visa nécessaire. Je vis donc dans l’incertitude, sous une pression constante. »
Yehudit, 37 ans, originaire du Tigré et mère célibataire de deux jeunes enfants, vit en Israël depuis 17 ans. Elle a demandé l’asile en 2009 et dit n’avoir jamais reçu de réponse. « Ma famille a fui la guerre et se trouve dans un camp au Soudan », a-t-elle déclaré.
« Je n’ai nulle part où retourner. »
Shira Abbo, responsable des politiques publiques à la Hotline for Refugees and Migrants, craint que les inspecteurs du ministère de l’Intérieur ne commencent à « parcourir les rues » pour arrêter les ressortissants éthiopiens dans les mois à venir, en vue de leur expulsion.
Elle a ajouté que les femmes et les enfants étaient particulièrement concernés.
« Pendant la guerre, nous avons vu toutes les parties recourir au viol, souvent devant les familles, et parfois comme condition pour obtenir de la nourriture ou un logement. »
La porte-parole de la PIBA a déclaré : « Aujourd’hui, environ 700 demandeurs d’asile originaires d’Éthiopie (et non 1 300) ont vu leur demande rejetée. Conformément à la décision de la Haute Cour de justice, ils bénéficient d’un délai de préparation au départ jusqu’au 18 avril 2026. »
« Nous suivons de près l’évolution de la situation en Éthiopie. D’après les informations dont nous disposons, la situation reste stable dans la capitale, Addis-Abeba. »
Israël maintient une politique de protection temporaire pour tous les demandeurs d’asile originaires d’Érythrée (environ 18 000 personnes) et du Soudan (5 000), leur accordant un statut juridique qui leur refuse tous les droits des citoyens et des résidents.
la Communauté du Times of Israël !







