Des sanctions américaines inédites contre deux officiers de l’armée libanaise
Scott Bessent a prévenu que d'autres sanctions pourraient être imposées ; "les États-Unis continueront de s'en prendre aux responsables ayant infiltré le gouvernement libanais"
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Les États-Unis ont annoncé jeudi des sanctions inédites contre deux officiers libanais pour divulgation de renseignements au Hezbollah pro-République islamique, en guerre avec Israël, accentuant ainsi leur pression sur le Liban pour désarmer le groupe terroriste chiite libanais.
Quelles sont les implications de cette décision, et peut-elle contribuer à isoler le Hezbollah ?
Qui est visé ?
Neuf individus, présumés proches ou membres de la direction du Hezbollah, figurent sur la liste. Avec pour la première fois, deux officiers : le colonel Samir Hamadé de l’armée libanaise, et le général Khattar Nassereddine de la Sûreté générale.
Le Trésor américain les accuse d’avoir « partagé des renseignements importants avec le Hezbollah pendant le conflit ».
En réponse, l’armée et la Sûreté générale ont défendu « la loyauté » de leurs hommes envers les institutions et leur pays, dans un communiqué ne mentionnant pas les personnes sanctionnées.
Les militaires sont interdits d’exercer toute activité politique ou partisane au Liban.
Samir Hamadé est responsable du renseignement de l’armée dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, un poste sensible dans un pays où les nominations se font selon des équilibres communautaires et partisans.
L’armée l’a envoyé suivre trois stages de formation aux États-Unis, principal soutien des forces libanaises.
Khattar Nassereddine gère lui le département d’analyse de données au sein de la Sûreté générale, chargée de la surveillance et du contrôle des frontières.
Proche de l’ancien directeur général de la Sûreté Abbas Ibrahim, réputé proche du Hezbollah, il est aussi en bons termes avec le haut responsable sécuritaire du groupe terroriste, Wafiq Safa, a indiqué à l’AFP une source sécuritaire.
Quel impact sur l’armée ?
Ces sanctions ont « des répercussions importantes au Liban, retirant à l’armée l’aura dont elle jouissait auparavant », commente pour l’AFP l’expert militaire Riad Kahwagi.
L’armée libanaise a préservé son unité depuis la fin de la guerre civile de 1975-1990, dans un pays en proie à des divisions politiques et confessionnelles.
La décision américaine intervient alors que le Liban est en pleins préparatifs avant une nouvelle session de négociations directes avec Israël, prévue à Washington les 2 et 3 juin, et qui doit être précédée d’une réunion de militaires au Pentagone le 29 mai.
Alors que les deux pays sont officiellement en état de guerre depuis 1948, le Hezbollah pro-régime iranien refuse ces pourparlers et que la question de son désarmement soit abordée.
Mais il est sorti affaibli en novembre 2024 d’un an de conflit avec Israël. Et cette nouvelle guerre dans laquelle il a entraîné le Liban le 2 mars, a conduit à une décision du gouvernement d’interdire les activités militaires du groupe. En vain.
Quelles conséquences pour le Hezbollah ?
« Les sanctions font partie des démarches visant à resserrer l’étau autour du Hezbollah, le dissocier de l’État qu’il est parvenu, au cours des vingt dernières années, à phagocyter », souligne Riad Kahwaji.
Désormais, « aucune partie, qu’elle fasse ou non partie des institutions officielles, n’est à l’abri », ajoute-t-il.
« Tous ceux qui facilitent les activités du Hezbollah au sein de l’appareil d’État devront rendre des comptes. »
C’est une manière d’adresser « un avertissement à tout responsable des forces de sécurité ou de l’armée que le Hezbollah pourrait solliciter pour obtenir des informations », renchérit un responsable sécuritaire, sous couvert d’anonymat.
Le secrétaire du Trésor américain, Scott Bessent, a prévenu que d’autres sanctions pourraient être imposées. Les États-Unis continueront « de s’en prendre aux responsables ayant infiltré le gouvernement libanais », a-t-il souligné.
Téhéran condamne les sanctions « illégales » de Washington contre l’ambassadeur désigné d’Iran au Liban
Le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné vendredi les sanctions américaines émises cette fois à l’encontre de l’ambassadeur désigné d’Iran au Liban, les qualifiant « d’illégales », selon un communiqué du ministère.
« Le ministère a fermement condamné l’action illégale et injustifiée du département du Trésor américain sanctionnant Mohammad Reza Raouf Sheibani, ambassadeur désigné d’Iran à Beyrouth », indique le communiqué.
La diplomatie iranienne a qualifié cette mesure de « nouvel exemple de comportement irresponsable et de mépris des autorités américaines à l’égard des principes fondamentaux du droit international et de la Charte des Nations unies ».
Téhéran a également désapprouvé les sanctions américaines visant des membres du Hezbollah au Parlement libanais.
« Ces mesures méprisables visent à saper la souveraineté nationale du Liban et à semer la discorde au sein de la société libanaise. Elles témoignent de la complicité persistante du pouvoir américain avec le régime sioniste [Israël] agressif et occupant », accuse le communiqué.
Ces sanctions interviennent dans un contexte de guerre opposant d’une part l’Iran et ses alliés régionaux, dont le Hezbollah, et d’autre part Israël et les États-Unis.
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