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Des soldats de Tsahal témoignent sur la guerre à Gaza dans un documentaire – télévision GB

Des témoignages directs font état de boucliers humains, de meurtres aveugles et de l'influence controversée d'un rabbin de brigade ; l'armée se dit "attachée à l'État de droit"

Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Soldats israéliens opérant dans le nord de la bande de Gaza, le 22 juillet 2025. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)
Soldats israéliens opérant dans le nord de la bande de Gaza, le 22 juillet 2025. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)

Un nouveau documentaire britannique, diffusé lundi sur ITV, présente de rares témoignages de soldats de l’armée israélienne, qui affirment que la guerre menée à Gaza a été marquée par un assouplissement des règles d’engagement, conduisant à des meurtres gratuits d’innocents, à l’utilisation de civils comme boucliers humains, et à des ordres de destruction de bâtiments sans justification militaire claire.

Si nombre des allégations énumérées dans « Breaking Ranks: Inside Israel’s War » font écho à d’autres précédemment diffusées dans les médias israéliens et internationaux, ce film d’une heure présente néanmoins plusieurs témoignages nouveaux et spécifiques, qui n’avaient pas été mentionnés dans les reportages antérieurs.

Produit par le studio londonien Zandland et réalisé par Ben Zand, ce documentaire rassemble des interviews filmées de membres anciens et actuels de l’armée israélienne, dont certains prennent publiquement la parole pour la première fois. Leurs témoignages dressent le portrait d’une campagne militaire que plusieurs participants ont décrite comme effrénée et moralement désorientante.

« Ces témoignages mettent en évidence des actions et des décisions que le monde n’était pas censé voir. Ils nous poussent à affronter la réalité de ce que deviennent les conflits lorsque l’obligation de rendre des comptes disparaît », a déclaré Zand avant la diffusion.

« Protocole moustique »

L’une des affirmations les plus frappantes concerne une tactique baptisée « protocole moustique », selon laquelle les Palestiniens auraient été contraints de traverser les tunnels du Hamas en portant un gilet équipé d’un smartphone qui transmettait des données GPS aux unités israéliennes en surface.

« Vous envoyez le bouclier humain sous terre. En marchant dans le tunnel, il le cartographie pour vous. Il porte un iPhone dans son gilet et, pendant qu’il se déplace, le téléphone renvoie des informations GPS », a indiqué un commandant de char simplement identifié comme Daniel. « Les commandants ont vu comment cela fonctionnait. Et la pratique s’est répandue, comme une traînée de poudre. Au bout d’une semaine environ, toutes les compagnies avaient leurs propres moustiques. »

Des soldats israéliens près d’un tunnel du Hamas à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, le 28 novembre 2024. (Crédit : Oren Cohen/Flash90)

En octobre 2024, le New York Times a rapporté que, si les soldats de l’armée israélienne ont souvent utilisé des drones et des chiens renifleurs pour mener des opérations de reconnaissance dans les tunnels – souvent piégés – du Hamas, ainsi que dans des maisons et bâtiments truffés d’explosifs, elles ont aussi parfois eu recours à des prisonniers Palestiniens. Ceux amenés d’Israël à cette fin étaient appelés des « guêpes » et ceux capturés localement et utilisés sur le terrain, des « moustiques ».

L’armée israélienne a précédemment récusé ces accusations d’utilisation de boucliers humains, et a ouvert des enquêtes internes à leur sujet.

Des opérations façonnées par le rabbin de l’armée israélienne

L’un des témoignages cités dans le film est celui de la major Neta Caspin, qui rapporte une conversation avec le rabbin Avraham Zarbiv, réserviste militaire et juge du tribunal rabbinique, devenu célèbre pour avoir piloté des bulldozers blindés à Gaza.

« Une fois, le rabbin de la brigade s’est assis à côté de moi. Il a passé une demi-heure à m’expliquer pourquoi nous devions nous conduire exactement comme eux [le Hamas] s’étaient comportés le 7-Octobre. Que nous devions nous venger de tous, même des civils. Que nous ne devions pas faire de discrimination, et que c’était l’unique solution », a-t-elle expliqué.

Dans le film, on peut voir Zarbiv lui-même affirmer : « Tout là-bas [à Gaza] n’est qu’une immense infrastructure terroriste… L’armée israélienne investit des centaines de milliers de shekels pour détruire la bande de Gaza. »

Le rabbin Avraham Zarbiv sur une photo en date du 29 juin 2025. (Crédit : Liron Moldovan/Flash90)

« Nous avons modifié le comportement de toute une armée », a-t-il souligné, comme pour se vanter de l’ampleur des destructions et de son influence sur les opérations de l’armée israélienne à Gaza.

Zarbiv a déjà exprimé publiquement des sentiments similaires, affirmant notamment aux médias israéliens, en mai, que le moyen de vaincre le Hamas était de « raser » Gaza.

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux au début de l’année, on peut voir Zarbiv aux commandes d’un bulldozer D9, en train de démolir un bâtiment, à Khan Younès, tandis qu’un soldat commente hors champ : « Le rabbin Zarbiv est en train de ‘zarbiver’ une maison, en direct de Gaza. »

L’abandon des règles d’engagement

Certains soldats ont raconté avoir été témoins d’incidents au cours desquels des civils ont été tués sans raison apparente.

L’un d’eux a ainsi décrit un char tirant sur un homme qui « étendait du linge » sur un toit, après qu’un commandant l’a – apparemment – identifié, à tort, comme un guetteur.

Des soldats israéliens interviennent à Gaza sur une photo non datée publiée le 24 octobre 2025. (Armée israélienne)

« Ce n’est pas comme si cet homme tenait des jumelles ou des armes », a déclaré le soldat, identifié comme Eli. « Les militaires les plus proches se trouvaient à 600 ou 700 mètres. Dans ces conditions, à moins d’avoir une vue perçante, comment aurait-il pu être un guetteur ? Et le char a tiré un obus. Le bâtiment s’est à moitié effondré. Avec de nombreux morts et blessés. »

Un autre, identifié comme un humanitaire nommé Sam, a indiqué avoir vu deux hommes se faire tirer dessus alors qu’ils couraient vers un point de distribution d’aide alimentaire géré par la Fondation humanitaire de Gaza (GHF).

« On a vu deux soldats qui leur couraient après. Ils se sont mis à genoux, ils ont tiré deux coups de feu. On a vu… deux têtes se renverser vers l’arrière, et tomber », a-t-il raconté.

Israël a déjà été accusé de prendre pour cible les Gazaouis qui cherchent de l’aide, une accusation que l’État hébreu a toujours niée. En août, Human Rights Watch a affirmé que les soldats de l’armée israélienne opérant à l’extérieur des centres d’aide soutenus par les États-Unis à Gaza tuaient régulièrement des civils qui tentaient d’accéder à l’aide alimentaire, et qu’Israël utilisait la famine comme arme de guerre.

Le capitaine Yotam Vilk, officier du corps des blindés, qui avait précédemment décrit Gaza comme une « zone de non-droit » dans une tribune libre publiée dans le New York Times, a décrit dans le documentaire les règles officielles d’engagement de l’armée israélienne telles que transmises durant la formation.

Un enfant palestinien court devant des bâtiments détruits pendant la guerre de Gaza, à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 6 novembre 2025. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

« Au cours de la formation militaire de base, nous répétions tous en chœur ‘moyens, intention et capacité' », s’est-il souvenu, faisant référence à la directive selon laquelle un soldat ne peut tirer que si sa cible dispose de moyens, montre son intention et a la capacité de causer du tort.

« À Gaza, il n’y a rien de tout ça, pas de ‘moyens, intention et capacité' », a ajouté Vilk. « Aucun soldat ne mentionne jamais ‘moyens, intention et capacité’. C’est simplement une affaire de soupçon, d’avoir marché là où cela n’est pas autorisé. D’être un homme âgé de 20 à 40 ans. »

En réponse aux affirmations du documentaire, l’armée israélienne a publié une déclaration écrite dans laquelle elle souligne qu’elle reste « attachée à l’État de droit » et que « les allégations de fautes font l’objet d’un examen approfondi », ajoutant que plusieurs enquêtes menées par la division des enquêtes criminelles de la police militaire sont en cours.

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