Désarmement du Hamas, cessez-le-feu à Gaza, jour d’après : les avis du Qatar, de la Turquie et de l’Égypte
Les chefs de la diplomatie se sont exprimés lors d'une conférence à Doha
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Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

DOHA — Le Premier ministre qatari Mohammed bin Abdulrahman Al Thani a expliqué, dans la journée de samedi, que Doha ne considérait pas la situation actuelle à Gaza comme un cessez-le-feu – arguant qu’un cessez-le-feu réel nécessiterait le retrait d’Israël de l’ensemble de l’enclave.
Des propos qui ont été tenus lors d’une table ronde organisée au Forum de Doha, et qui ont ensuite été repris par le chef de la diplomatie turc, Hakan Fidan, qui a présenté la vision d’Ankara pour une mise en œuvre réussie de la deuxième phase du plan de paix préparé pour Gaza par le président américain Donald Trump. Les États-Unis envisagent de lancer cette nouvelle étape de la trêve dans les prochaines semaines.
« Nous nous trouvons à un moment critique », a dit Al Thani en évoquant le processus de paix à Gaza.
« Ce que nous venons de faire, ce n’est qu’une pause dans les combats. On ne peut pas encore considérer ce qui se passe comme un cessez-le-feu. Un cessez-le-feu ne pourra se finaliser sans le retrait complet des forces israéliennes, sans le retour de la stabilité à Gaza [et] sans la possibilité, pour les habitants, d’entrer et de sortir, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui », a-t-il affirmé.
Au début du cessez-le-feu, le 10 octobre, les soldats israéliens s’étaient retirés vers une nouvelle Ligne jaune qui divise grossièrement la bande de Gaza en deux parties, Est et Ouest. Si Israël était également censé autoriser la réouverture du poste-frontière de Rafah, l’État juif s’était abstenu de le faire pendant plus d’un mois, affirmant que le Hamas devait d’abord restituer les corps sans vie des otages décédés qui se trouvaient encore dans la bande. La dépouille d’un policier, Ran Gvili, se trouve toujours entre les mains du Hamas.
« La première phase de l’accord sur les otages ne s’est toujours pas achevée et Rani n’est toujours pas rentré chez lui. Nous demandons au Premier ministre Netanyahu et au président Trump d’exercer des pressions sur le Hamas et sur le Jihad islamique pour que Rani rentre immédiatement chez lui ! Nous ne pouvons pas passer à la deuxième phase de l’accord en l’absence de Rani », a fait savoir la famille du captif décédé dans un communiqué qui a été émis samedi dans la soirée et dont les médias israéliens se sont emparés.
Au début de la semaine, Israël a annoncé la réouverture du poste-frontière de Rafah dans un seul sens de circulation, pour permettre aux Palestiniens de quitter la bande – un cadre qui a été rejeté par l’Égypte, qui a insisté sur la nécessité d’autoriser les Palestiniens à aussi entrer dans l’enclave côtière.
Al Thani a indiqué que les pays médiateurs dans le cessez-le-feu – le Qatar, la Turquie, l’Égypte et les États-Unis – « se sont réunis pour tenter de forcer l’entrée dans la phase suivante ».
Un responsable américain a expliqué jeudi au Times of Israel que Washington avait l’intention d’annoncer le passage à la deuxième phase du plan au cours des deux prochaines semaines. Une nouvelle étape qui verra la mise en place d’un gouvernement palestinien technocratique et d’une force internationale de stabilisation (ISF) qui sera supervisée par un « Conseil de paix » qui sera présidé par Donald Trump lui-même.
Mais Al Thani a précisé que le Qatar considérait également la deuxième phase comme « temporaire dans la mesure où en fin de compte, si nous nous contentons de mettre un terme à ce qui s’est passé à Gaza… cela ne suffira pas. Il y a une cause profonde à ce conflit ».
« Ce conflit ne concerne pas seulement Gaza, mais aussi la Cisjordanie. Il s’agit des droits des Palestiniens à leur propre État », a poursuivi le Premier ministre qatari. « Nous espérons pouvoir travailler avec l’administration américaine dans le but de concrétiser cette vision ».
Al Thani a salué la détermination de l’administration Trump dans les négociations sur le cessez-le-feu à Gaza – affirmant que la volonté de Washington de dialoguer directement avec le Hamas avait contribué à obtenir les « avancées » nécessaires à l’accord qui a été conclu au mois d’octobre.
Interrogé sur l’opposition des partenaires de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu à certains éléments présents dans le plan de paix de Trump – avec notamment l’ouverture d’une potentielle voie potentielle vers un futur État palestinien – le Premier ministre qatari a déclaré que le rôle des États-Unis serait essentiel pour garantir le respect des termes de l’accord par Israël.
Interrogé sur le fait que le Qatar accueillait des chefs du Hamas, Al Thani a souligné que ce canal de communication avec le groupe terroriste avait été déterminant s’agissant de l’aboutissement des différents accords de trêve qui ont été finalisés tout au long de la guerre à Gaza, ouvrant la porte à des libérations d’otages.
Il a fait valoir qu’un grand nombre de détracteurs du Qatar parmi les plus virulents provenaient de pays qui dépendaient, par ailleurs, des efforts de médiation de Doha, faisant apparemment référence à Israël, où de nombreux responsables gouvernementaux ont critiqué le pays du Golfe pour le soutien de longue date qu’il a apporté au Hamas.
« Le Qatar offre une plateforme de discussion aux différentes parties. Ce qui ne signifie pas que nous prenons parti, de notre côté, pour l’une ou pour l’autre. Notre rôle est de veiller à ce que le dialogue se poursuive de manière à ce qu’il aboutisse à un résultat positif… à la fin des conflits », a déclaré Al Thani.
La Turquie appelle à des attentes « réalistes » envers la Force internationale de stabilisation
S’exprimant également à la tribune du Forum de Doha, le chef de la diplomatie turque, Hakan Fidan, a expliqué que « nous devons être réalistes concernant ce que nous sommes en droit d’attendre » de la Force internationale de stabilisation (ISF) que l’administration Trump espère mettre en place au début de l’année 2026.
« Quand nous définirons la mission de l’ISF, nous devrons être réalistes et nuancés dans nos attentes dans la mesure où il y a des réalités sur le terrain », a dit Fidan.
Le ministre turc des Affaires étrangères n’est pas entré dans les détails, mais il a semblé faire référence aux affirmations faites par Israël, qui a indiqué que la force internationale devrait jouer un rôle actif dans le désarmement du Hamas — une exigence qui inquiète de nombreux pays qui envisagent d’envoyer des hommes sur le terrain, qui craignent de devoir affronter des membres du Hamas ou de se retrouver au beau milieu des combats opposant les groupes terroristes palestiniens et les forces israéliennes.
Alors que la Turquie, l’un des pays qui a servi d’intermédiaire dans le cessez-le-feu, a proposé en privé de fournir des soldats qui intègreront l’ISF, Israël a fait part de son désaccord de manière catégorique, Ankara étant l’un des principaux critiques de Jérusalem depuis le début de la guerre et l’un des soutiens de premier plan du Hamas. Alors qu’il lui était demandé, à Doha, si la Turquie était prête à contribuer à la Force internationale de sécurité, Fidan a évité de répondre directement, se contentant d’expliquer que son pays « est prêt et disposé à faire tout ce qui est nécessaire pour contribuer à la paix en cours ».
Il a ensuite indiqué que les négociations sur la mise en place de cette force n’en étaient qu’à leurs débuts et que de nombreuses questions restaient sans réponse.
« Un grand débat est en cours [sur] la manière de former l’ISF, sur la nature de ses missions spécifiques et sur ses règles d’engagement », a-t-il déclaré, ajoutant que la liste des pays contributeurs n’était pas encore définitive, tout comme la structure de commandement.
« Notre premier objectif dans le cadre de ce déploiement est de séparer les Palestiniens des Israéliens à la frontière. Ce sera notre objectif principal. Nous pourrons ensuite nous attaquer aux problèmes restants », a poursuivi Fidan, faisant apparemment référence à la Ligne jaune, la ligne de démarcation qui a été établie dans le plan du cessez-le-feu du 10 octobre et qui laisse le contrôle de l’Est de la bande à Israël.
Il a indiqué que la Force internationale de stabilisation travaillera aux côtés d’une police palestinienne dont les membres auront été sélectionnés et formés, ainsi que d’une instance palestinienne directrice qui sera elle-même supervisée par le Conseil de paix. « Tous ces organismes sont censés travailler ensemble de manière synchronisée », a-t-il établi.
Après la table ronde, Fidan a déclaré à Reuters qu’une administration civile palestinienne crédible et une force de police contrôlée et formée devront être mises en place pour permettre au Hamas de désarmer. Il a dit que l’organisation terroriste était prête à céder le pouvoir au sein de l’enclave.
Si le Hamas s’est déclaré ouvert à l’idée de céder le pouvoir à un gouvernement technocratique, il a refusé de remettre ses armes – comme l’exige pourtant le plan de Trump.
Dans une interview qui a été accordée en marge de l’événement, Fidan a noté qu’en l’absence de ces premières mesures, il n’était « ni réaliste ni faisable » d’attendre du Hamas qu’il renonce à ses armements dans le cadre de la première phase de l’accord de cessez-le-feu.
Il a expliqué que les forces de police qui ont été proposées excluront de leurs rangs les éventuels membres du Hamas et qu’elles seront soutenues par l’ISF. Il a fait remarquer que Washington exerçait des pressions sur l’État juif, sommant Jérusalem d’accepter la participation de la Turquie.
Fidan a averti que l’incapacité de la communauté internationale à faire passer le plan de cessez-le-feu à l’étape suivante constituerait un « énorme échec » pour le monde et pour Washington, soulignant que Trump avait personnellement mené cette initiative.
Ministre égyptien des Affaires étrangères : l’ISF doit se déployer « dès que possible »
Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, s’est également exprimé à Doha, appelant au déploiement rapide de la force internationale de stabilisation et à la mise en œuvre de la deuxième phase du cessez-le-feu.
« En ce qui concerne la Force internationale de stabilisation, nous devons la déployer dès que possible sur le terrain, car l’une des parties, à savoir Israël, viole chaque jour qui passe le cessez-le-feu… nous avons donc besoin d’observateurs », a dit le ministre.
Il a également estimé que le poste-frontière de Rafah « ne sera pas une porte ouverte vers d’éventuels déplacements de population. Il doit servir uniquement à inonder Gaza d’aide humanitaire et d’aide médicale ».
Israël a annoncé mercredi la réouverture du poste-frontière de Rafah dans les prochains jours – pour permettre, a précisé l’État juif, aux Palestiniens de quitter la bande de Gaza vers l’Égypte. Le Caire, de son côté, a nié toute coordination avec Jérusalem s’agissant de la reprise des opérations au point de passage.
Réagissant à cette décision, les ministres des Affaires étrangères de l’Égypte, de l’Indonésie, de la Jordanie, du Pakistan, du Qatar, de l’Arabie saoudite, de la Turquie et des Émirats arabes unis « ont exprimé leur profonde inquiétude suite aux déclarations qui ont été faites par la partie israélienne au sujet de l’ouverture du poste-frontière de Rafah, dans un seul sens de circulation, avec pour objectif de transférer les résidents de la bande de Gaza vers » l’Égypte, ont-ils déclaré dans un communiqué commun.
Les ministres ont exprimé « leur rejet absolu de toute tentative visant à expulser le peuple palestinien de sa terre » et ils ont dit être opposés à « toute obligation faite aux résidents de la bande de Gaza de partir ». Ils ont appelé à ce que le poste-frontière soit ouvert dans les deux sens.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.
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