Deux kibboutzim se dotent de portes verrouillables et pare-balles pour les mamad
Ces portes blindées n'ont pas encore été validées par Tsahal pour un usage civil, mais Nahal Oz et Kerem Shalom ont fait primer la sécurité et les ont installées derrière des portes anti-explosion
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Faute de modèle développé et validé par le Commandement du Front Intérieur, deux kibboutzim frontaliers de Gaza ont installé des portes verrouillables et pare-balles dans les mamads.
Selon Tsahal, ces portes, fabriquées par Elidor Industries avec l’aide d’experts en balistique du Commandement du Front Intérieur, ont été approuvées pour un usage dans les cabines de garde, et non pour les mamads. Il leur reste à passer l’épreuve des ondes de choc en cas d’attaque de missile.
Selon le fabricant de cette porte, elle est à l’épreuve des balles mais pas des ondes de choc ; elle peut être installée derrière la porte existante, dans le cadre renforcé qui a été par ailleurs approuvé par le Commandement du Front Intérieur pour les attaques de missiles et les ondes de choc.
Le 7 octobre 2023, lorsque des terroristes du Hamas avaient franchi la frontière de Gaza et étaient entrés par effraction dans des maisons israéliennes à la recherche de personnes à enlever ou tuer, les portes anti-explosion n’avaient pas protégé les civils, bien au contraire. En effet, ces portes ne disposent pas de serrures, afin de permettre aux secours d’accéder facilement aux éventuelles victimes en cas de frappe de missile.
Une partie des 1 200 personnes tuées le 7 octobre, essentiellement des civils, l’avaient été sur le seuil de leur mamad, luttant pied à pied contre les terroristes pour les empêcher d’entrer (interrogée sur le nombre de personnes tuées de cette façon, l’armée n’a pas souhaité répondre). D’autres victimes ont été prises en otage lorsque les terroristes ont réussi à s’introduire dans leur mamad.
Cela a été le cas de Maayan Idan, 18 ans, du kibboutz Nahal Oz, qui a aidé son père Tsachi à maintenir la porte fermée jusqu’à ce que les terroristes du Hamas tirent sur la porte et la tuent.
Selon Oshrit Sabag, membre de Nahal Oz, qui vit dans un logement temporaire loué dans le centre-sud d’Israël avec son mari et son fils – mais qui compte bien rentrer chez elle un jour – les mamads n’ont pas évolué depuis l’attaque sanglante du Hamas, le 7-Octobre.
« Ce qui a changé, c’est que dans notre kibboutz, nous avons décidé d’installer des portes pare-balles qui se ferment à clef », explique-t-elle. « Ce qui est une sécurité et ce qui confère un vrai sentiment de sécurité. Quelqu’un [qui souhaite concervser l’anonymat] a aidé le kibboutz à trouver des fonds pour les acheter : le projet est en cours. »
Cela fait un an que le kibboutz installe des portes pare-balles dans les habitations familiales, ce qui sera aussi bientôt le cas des bâtiments communs et du quartier des jeunes, ajoute-t-elle.
Selon Sabag, c’est l’installation de ces portes, qui devrait être terminée dans six mois, qui « a décidé un grand nombre de personnes à revenir ».
Elle ajoute « La plupart des gens du kibboutz ne savaient pas [avant le 7 octobre] que les portes n’étaient pas pare-balles… Même le Hamas ne le savait pas, ce qui a sauvé des vies. »
À ce jour, 2 millions de NIS ont été levés pour ce projet d’un montant total de 3,6 millions de NIS, souligne Sabag.
Ohad Cohen, responsable de la réhabilitation physique de Nahal Oz, ajoute : « L’État a laissé un immense vide en matière de sécurité des personnes. J’ai bien dit que cette porte n’était pas validée par le Commandement du Front Intérieur pour son installation dans des mamads, mais c’est la meilleure solution pour le moment. »
Plus de 60 000 habitants de la zone frontalière de Gaza avaient été évacués suite au 7 octobre. L’été dernier, les aides au relogement ont été supprimées pour Kerem Shalom, Nahal Oz et d’autres kibboutzim proches de la frontière. Nahal Oz a, sans succès, demandé une prorogation des aides auprès de la Cour Suprême .
La plupart des résidents des cinq kibboutzim les plus touchés sont encore relogés à titre temporaire — c’est le cas de Beeri, Kfar Aza, Nir Oz, Holit et Kissufim. Cet été, il est prévu que reviennent les habitants du Kibboutz Kissufim : ils s’attendent à ce que l’armée leur communique de nouvelles normes pour les portes des mamads et pour les volets en acier blindé, voire pour les systèmes de filtration et de ventilation chimiques, biologiques, radiologiques et nucléaires qui ont été installés dans les mamads les plus récents.
Selon le porte-parole de Tsahal, le service de recherche du Commandement du Front Intérieur teste de nouvelles portes pour les mamads existantes ou en cours de construction.
Selon le président du kibboutz Nir Oz, Tzvika (Tzviki) Tessler, son kibboutz n’installera pas de portes qui ne soient pas validées par les autorités. Le porte-parole du kibboutz Kissufim ne dit pas autre chose.
Adir Rom, directeur général adjoint d’Elidor Industries, dans le nord d’Israël, explique que son entreprise s’est décidé à développer des portes pare-balles suite au 7-octobre. La plus demandée, explique-t-il, est conforme à la norme de protection balistique BR6, à l’épreuve des balles de fusils tels que les M-16 ou les AK-47.
Il ajoute que la nouvelle porte verrouillable, fabriquée avec des plaques blindées internes qui ont été importées de Suède et des États-Unis, est testée et certifiée par des laboratoires balistiques à l’étranger et en Israël. Elle s’installe dans n’importe quel cadre de porte existant, précise-t-il.
Toutefois, pour l’heure, cette porte ne peut pas être installée dans des logements de fabrication récente car à défaut de validation par le Commandement du Front Intérieur, le logement ne pourra se voir attribuer le formulaire 4, sans lequel un logement est inhabitable.
Chacune de ces portes coûte près de 17 400 NIS, prix au détail.
Rom confirme la vente de près de 200 portes à Nahal Oz et Kerem Shalom.
Kerem Shalom se situe à 50 mètres de la frontière de Gaza, et Nahal Oz, à 700-850 mètres.
« Il faut du temps au Commandement du Front Intérieur pour changer les normes », résume Rom. « Nous répondons à un besoin particulier à un moment précis. »
Rom met en garde contre les plaques résistantes à l’abrasion, qui, selon lui, sont vendues pour être fixées sur des portes anti-explosion existantes à un quart du prix du produit Elidor. Celles-ci, assure-t-il, ne protègent pas des armes légères.
« Une porte doit passer des tests balistiques et dire ce contre quoi elle protège », souligne-t-il.
Lorsqque Maayan Idan s’est effondrée, blessée par balle le 7-octobre, son père Tsachi, choqué, a lâché la porte et les terroristes sont entrés et ils ont pris le reste de la famille en otage, tout en diffusant en direct l’horreur de la situation depuis le compte Facebook de Gali, l’épouse d’Idan, pour terroriser encore plus.
Tsachi Idan a ensuite été enlevé à Gaza, où il a été tué en captivité. Son corps sans vie n’a été restitué que le 27 février 2025, à la faveur d’un cessez-le-feu. Le même jour a été restitué le corps d’Itzik Elgarat, 68 ans, originaire du kibboutz Nir Oz, blessé par balle chez lui avant d’être kidnappé et tué en captivité.
Oran Alfasi, 22 ans, originaire de Rehovot, qui rendait visite à sa petite amie au kibboutz Nirim, a lui aussi été abattu derrière la porte du mamad.
Suite au 7-octobre, le Commandement du Front Intérieur a distribué aux autorités locales situées le long de la frontière de Gaza un mécanisme qui se glisse par-dessus la poignée des portes des mamads pour les fermer à clef, mais on utilisation n’est pas très répandue.
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