Dubaï mobilise les entreprises pour rester un pôle touristique et financier
Apres la guerre contre l'Iran, des centaines de chefs d'entreprise se sont réunis pour atténuer l'impact économique. Le retour à la normale prend du temps
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Quelques jours après que l’Iran a commencé à frapper des cibles aux Émirats arabes unis, en mars dernier, les autorités de Dubaï ont réuni des centaines de chefs d’entreprise pour discuter de la manière dont le pôle touristique et financier du Golfe pourrait limiter les dommages économiques causés par les bombardements.
Cette réunion, inhabituelle de par sa taille et son calendrier, a contribué à la mise en place de certaines mesures à commencer par un plan de liquidités de la Banque Centrale, ont déclaré cinq personnes présentes préférant témoigner sous couvert d’anonymat, dans la mesure où il s’agissait d’une réunion privée.
Selon deux participants, les personnes présentes dans la salle se sont vu poser trois questions : Que faire pour faire revenir les touristes ? Que faire pour faire revenir les investisseurs ? Et comment soutenir votre entreprise ?
Les sources ont ajouté que le prince héritier de Dubaï avait circulé entre les tables pour demander leur avis des chefs d’entreprise.
Dubaï a depuis promis 2,5 milliards de dirhams (681 millions de dollars) d’aides, principalement à destination de secteurs tels que le tourisme et le commerce de détail, les plus durement touchés par le conflit.
Il faudra du temps pour remettre en confiance les entreprises de Dubaï et il n’est pas impossible qu’il faille plus que des mesures incitatives, ont déclaré à Reuters six dirigeants d’entreprises et analystes.
« Les investisseurs attendent des signaux clairs sur la manière dont les autorités réagiront si les tensions reviennent, pas seulement sur la façon dont elles ont géré le dernier choc », explique Neil Quilliam, chercheur associé au sein du groupe de réflexion britannique Chatham House, plus de quatre mois depuis le début de la guerre.
Au moment-même où les Émirats arabes unis recevaient des alertes de mise aux abris, cette réunion, le 10 mars, était un signal précoce de la détermination des autorités à empêcher la fuite des capitaux ou un exode des entreprises et des investisseurs.
Animée par Helal Saeed Al Marri, directeur général du Département de l’Économie et du Tourisme de Dubaï (DET), la réunion s’est déroulée en présence du prince héritier de Dubaï, le cheikh Hamdan bin Mohammed bin Rashid Al-Maktoum.
Parmi les personnes présentes dans l’hôtel Meydan récemment rénové figuraient le magnat de l’immobilier Hussein Sajwani, le président de la compagnie aérienne Emirates Tim Clark, ainsi que des représentants de Rothschild et UBS. L’armée des Émirats arabes unis et de grandes entreprises familiales étaient également représentées.
Des responsables gouvernementaux ont dit aux chefs d’entreprise qu’il y aurait des aides budgétaires et financières et que des équipes travaillaient sans relâche sur les chaînes d’approvisionnement, ont indiqué les sources.
Plusieurs appels avec des investisseurs, organisés par l’intermédiaire de banques dont JPMorgan et Citi, ont suivi, ont ajouté trois autres personnes.
Rothschild, JPMorgan, Citi et UBS ont refusé de commenter. DAMAC et Emirates n’ont pas répondu aux demandes de commentaires.
« Le Département de l’Économie et du Tourisme de Dubaï et d’autres entités sont régulièrement en contact avec un grand nombre de parties prenantes dans le cadre du modèle des partenariats public-privé établis à Dubaï », a déclaré le DET à Reuters.
« Bien que les derniers mois aient été marqués par une instabilité politique dans la région, ils ont également mis en évidence les fondations économiques résilientes de la ville et sa capacité à absorber les difficultés », a-t-il ajouté.
Dubaï reste engagé envers ses objectifs stratégiques à long terme, a ajouté le DET dans des commentaires envoyés par courriel.
Un nouveau slogan : « Dubai-it »
De grands panneaux publicitaires sont apparus le long des routes de la ville, revêtus de ces quelques mots : « Dubai-it », un nouveau slogan inventé par le gouvernement qui y voit un clin d’œil à l’histoire de Dubaï, habitué à accomplir de grandes choses rapidement, et un signe de ce qui est à venir.
Le pétrole générant moins de 2 % de son PIB, Dubaï courtise les entreprises étrangères et multinationales, Wall Street, les banques chinoises, les fonds spéculatifs et les grandes fortunes. Le caractère pratique de son fuseau horaire, sa proximité avec les fonds souverains du Golfe et son régime fiscal avantageux attirent capitaux et emplois.
Du point de vue de l’Iran, c’est ce qui fait de Dubaï une cible susceptible de déstabiliser la finance internationale, accentuant ainsi la pression sur Washington.
Les analystes de HSBC ont réduit de 5 points leurs prévisions de croissance pour le Golfe en 2026 et s’attendent désormais à ce que la région connaisse une contraction, pour la première fois depuis la pandémie de COVID-19.
La croissance non pétrolière à Dubaï et Abu Dhabi pourrait chuter de 8 points voire plus en glissement annuel, ont-ils déclaré.
Le mois de mars et l’ensemble du deuxième trimestre sont « perdus », a déclaré le PDG d’une société d’investissement des Émirats arabes unis, qui a refusé d’être identifié, compte tenu de la sensibilité du sujet.
« J’ai le sentiment que la reprise sera inégale, certains secteurs et activités rebondiront ou s’adapteront à la nouvelle normalité plus rapidement que d’autres », a déclaré Robert Mogielnicki, fondateur du cabinet de conseil Polisphere Advisory.
Les restaurants affichent à nouveau complets et les vols ont repris, mais le taux d’occupation des hôtels a chuté. Et les flux commerciaux se déplacent, les marchandises transitant de plus en plus par Oman et l’Arabie saoudite pour éviter le détroit d’Ormuz. Dubaï est alors contourné.
Selon Quilliam, de Chatham House, un nouveau « soutien ciblé » pourrait être nécessaire pour les secteurs les plus exposés comme le tourisme et l’aviation, ou pour les petites et moyennes entreprises.
Selon le PDG d’une petite ou moyenne entreprise, qui s’exprime sous couvert d’anonymat, Dubaï pourrait ordonner aux banques de stimuler les prêts au secteur voire supprimer l’impôt sur les sociétés ou proposer des remises fiscales.
Un autre chef d’entreprise estime que le gouvernement pourrait s’associer à des firmes multinationales de capital-investissement pour investir dans des actifs et des entreprises afin de stabiliser les prix, réduire les risques et renforcer la crédibilité extérieure.
Des répercussions mondiales
L’accord de paix a certes mis fin à des mois de combats intermittents mais les difficultés persistent.
Les flux d’investisseurs étrangers sur le Dubai Financial Market sont passés d’une position d’achat nette de 890 millions de dollars depuis le début de l’année, au 26 février, deux jours avant le début de la guerre, à des sorties de capitaux de 853 millions de dollars sur la même période au 12 juin.
Pour aider le secteur bancaire, la Banque Centrale des Émirats arabes unis a lancé le 17 mars un plan d’aide de plus de 270 milliards de dollars de réserves de change.
Les 681 millions de dollars débloqués jusqu’à présent semblent dérisoires face au soutien lié à la pandémie, qui a donné lieu à des aides de l’ordre de 1,93 milliard de dollars, et ne représentent qu’une fraction du PIB réel de Dubaï pour 2024, établi à 121 milliards de dollars (dernier chiffre disponible).
Les engagements à plus long terme prévoient une nouvelle ligne de métro pour un montant de 9,3 milliards de dollars auxquels s’ajoutent 15 milliards de dollars de contrats liés à l’agrandissement de l’aéroport, tandis qu’Emaar Properties prévoit un nouveau projet immobilier pour un montant de 55,5 milliards de dollars.
Selon Mogielnicki, les frappes iraniennes sur les Émirats arabes unis ont exercé une « pression économique aiguë », en partie en raison de la forte présence d’expatriés.
L’opinion générale demeure néanmoins que l’économie fait preuve de résilience, ajoute-t-il.
Quilliam estime que l’accord de paix va certes dans la bonne direction mais que les investisseurs attendent la suite.
« Si la stabilité persiste, les capitaux reviendront. Si l’incertitude s’installe, ils resteront en retrait », conclut-il.
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