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Eaux usées toxiques, boues industrielles : Le ruisseau de Hébron étouffe, mais les habitants ne baissent pas les bras

Le manque d'infrastructures favorise les rejets de déchets par les habitants et les industries palestiniens, polluant les sols et les nappes phréatiques

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

C’est l’odeur nauséabonde qui frappe en premier : une vague écœurante trahit la présence d’eaux usées non traitées s’écoulant dans le ruisseau de Hébron, sous l’implantation d’Otniel, au sud de la Cisjordanie. Ce lit de rivière est censé être à sec en juillet.

Ses berges sont recouvertes d’une croûte d’un blanc aveuglant qui ne laisse subsister que les plantes les plus résistantes. Cette poudre blanche n’est pas d’origine naturelle ; elle provient du réseau d’égouts de la ville de Hébron et des usines de taille de pierre qui utilisent de grandes quantités d’eau pour refroidir les tours de découpe servant à tailler la pierre de Hébron, parfois appelée « pierre de Jérusalem », en dalles destinées aux façades, sols et carrelages caractéristiques de la région.

Depuis des années, l’Autorité palestinienne (AP) construit une station d’épuration pour Hébron, financée par la communauté internationale. Les retards ont été causés en partie par des changements de plans de la part d’Israël. Mais même une fois achevée, l’installation restera à l’arrêt tant que le problème de la poussière de pierre ne sera pas résolu, car celle-ci réduirait les machines en miettes.

Depuis des années, ce cocktail toxique d’eaux usées brutes et de boues de marbre s’écoule au-delà des limites de la ville. En hiver, les crues déversent cette boue sur les berges ; lorsque les pluies cessent, elle se transforme en une croûte semblable à du béton.

Des centaines de milliers d’habitants de communautés non raccordées au réseau d’assainissement déversent leurs eaux usées non traitées dans le cours d’eau, aggravant ainsi la catastrophe écologique.

À moins que la boue de marbre ne soit suffisamment épaisse pour colmater le lit du cours d’eau, les eaux usées s’infiltrent vers le bas et menacent l’aquifère de la Montagne, la source d’eau douce naturelle la plus importante de la région.

Construite par Israël grâce à des fonds prélevés sur les recettes fiscales palestiniennes, cette station située au poste-frontière de Meitar, sur la Ligne verte, filtre la poussière de roche contenue dans les eaux usées avant que celles-ci n’atteignent la station d’épuration de Shoket en Israël, le 14 juillet 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

À la frontière israélienne, une installation de filtration spécialisée retient la poussière blanche et achemine les eaux usées brutes restantes vers la station d’épuration de Shoket. Lorsque celle-ci déborde, le déluge se déverse directement dans le ruisseau de Beer Sheva, creusant un sillon nauséabond à travers un parc municipal majeur et répandant des odeurs pestilentielles dans les quartiers voisins.

Un casse-tête juridictionnel

Au lieu de déboucher sur une paix israélo-palestinienne durable, comme prévu, les Accords d’Oslo des années 1990 ont engendré un cauchemar bureaucratique.

Israël exerce un contrôle civil et de sécurité sur 60 % de la Cisjordanie, désignée « Zone C » dans les accords, qui comprend des implantations, des zones militaires, des terrains non bâtis et des terres agricoles, ainsi que des villages palestiniens. La moitié des usines de taille de pierre de Hébron sont situées dans la Zone C, où l’Administration civile israélienne exerce l’autorité exclusive en matière d’urbanisme. Les autres usines sont installées dans la zone A, entièrement en dehors de la sphère d’influence civile d’Israël.

Un camion transportant des dalles de pierre de Hébron depuis les carrières vers l’usine où elles seront taillées en marbre, près de Hébron, au sud de la Cisjordanie, le 14 juillet 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Fin juin, une bataille juridique a éclaté. L’organisation environnementaliste juive Green Now, basée en Cisjordanie, s’est associée à l’organisation de droite Regavim, cofondée il y a deux décennies par l’actuel ministre des Finances pro-implantations, Bezalel Smotrich, pour déposer un recours devant la Haute Cour. Ils réclament une répression immédiate et la fermeture des usines de taille de pierre polluantes de la Zone C. La Cour a donné 60 jours à l’État pour répondre.

Parallèlement, EcoPeace Middle East, une ONG de gauche dont les bureaux sont situés en Israël, à Ramallah et à Amman, a choisi la voie de la diplomatie en signant un protocole d’accord avec des ingénieurs palestiniens spécialisés dans le marbre, afin de financer et de mettre en œuvre des améliorations durables.

Pourtant, le directeur d’EcoPeace Israël, Gidon Bromberg, souligne que la division de la Cisjordanie est en cause.

« C’est déjà assez difficile de gérer les choses entre pays », a déclaré Bromberg.

Gidon Bromberg, directeur d’EcoPeace pour Israël (au centre), entouré de Nada Majdalani, directrice pour la Palestine basée à Ramallah (à gauche), et d’Ali Abdou, responsable des relations gouvernementales et du plaidoyer chez EcoPeace, également basé à Ramallah, près de la ville d’Azzoun, au nord de la Cisjordanie, le 24 novembre 2025. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« Lorsqu’une région est divisée en trois juridictions avec deux niveaux de responsabilité, personne n’assume ses responsabilités. »

Il a fait remarquer que même Hébron était divisée entre Israël et l’Autorité palestinienne.

Des décennies de croissance démographique explosive n’ont pas été accompagnées d’investissements dans les infrastructures, a-t-il déclaré.

« Hébron est à la traîne, mais le bloc de Gush Etzion l’est tout autant… Même le bloc d’implantations le plus libéral ne traite pas correctement ses eaux usées, alors cessons de nous rejeter la faute », a-t-il ajouté.

« Nous devons cesser de gérer le conflit et le résoudre, si ce n’est pour les populations, alors pour l’environnement. »

Au cœur du trou noir

Un trajet en voiture sur la Route 60 en compagnie de Barak Verker, directeur de Green Now, et de Naomi Kahn, directrice internationale de Regavim, a mis en lumière ce problème nauséabond.

En contrebas de l’implantation de Shima, des chemins de terre poussiéreux descendent vers une vallée située dans la Zone A, en contrebas d’ad-Dhahiriya.

Barak Verker, qui dirige Green Now, une ONG environnementale de Cisjordanie spécialisée dans la pollution transfrontalière, le 14 juillet 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Ici, les eaux usées et la poussière de roche se mêlent à une pollution secondaire sous la forme de décharges sauvages. Les berges des cours d’eau sont jonchées de ferraille tordue et de carcasses de moutons en décomposition, qui libèrent des substances toxiques directement dans les nappes phréatiques.

Kahn pointe du doigt l’Administration civile, accusant les responsables de fermer les yeux par crainte que l’application de la loi ne provoque un tollé international. Elle a déclaré que cette approche permettait également de maintenir les coûts du marbre à un niveau bas pour les Israéliens.

« Lorsque vous disposez d’une juridiction mais que vous n’assumez pas vos responsabilités, vous créez un trou noir au sein duquel des choses néfastes se produisent », a averti Kahn.

« La gouvernance est plus importante que la souveraineté. »

Des débris et des carcasses de moutons jonchant les berges du ruisseau de Hébron en aval d’ad-Dhahiriya, dans le sud de la Cisjordanie, le 14 juillet 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

En coulisses, l’Administration civile travaille avec l’AP sur deux projets principaux.

Le premier prévoit l’installation de canalisations parallèles au réseau d’assainissement afin d’acheminer les boues de pierre abrasives vers une station de traitement spéciale qui sera construite grâce à des fonds internationaux, à proximité de la zone industrielle d’al-Fahs, à la périphérie de Hébron, dans la Zone C. Le second consiste en une canalisation qui longera le ruisseau en descendant le long de sa pente. Ce pipeline utilisera la gravité pour collecter les eaux usées du ruisseau depuis Otniel jusqu’à la Ligne verte. De là, elles seront acheminées vers la station d’épuration de Shoket, qui sera agrandie.

Des projets sans budget

Une source du Conseil régional du mont Hébron, qui a souhaité garder l’anonymat, a déclaré que la municipalité était en train de révoquer les permis de construire des usines polluantes de la zone industrielle d’al-Fahs et d’empêcher l’acheminement illégal de boues dans les canalisations d’égouts, ce qui avait permis de réduire considérablement le problème de la poussière de roche.

Parallèlement, le président du conseil, qui représente les intérêts des habitants des implantations des collines de Judée, au sud de la Cisjordanie, a rejeté la responsabilité sur les Palestiniens résidant aux alentours.

« Le problème du ruisseau de Hébron provient du fait que les [Palestiniens] rejettent des eaux usées non traitées directement dans le cours d’eau, en violation des accords qu’ils sont tenus de respecter », a déclaré Eliram Azulay, président du Conseil régional du mont Hébron.

« Cela provoque de graves dommages environnementaux et contamine l’eau consommée par tous les habitants du Néguev, de Beer Sheva à Omer, en passant par Meitar, les agriculteurs de Bnei Shimon, et jusqu’au ruisseau d’Eshkol. Tous souffrent de la pollution causée par les [Palestiniens] de Hébron et des environs. »

La municipalité de Beer Sheva affirme mener un combat pour empêcher les déchets de se déverser dans le ruisseau qui traverse la ville et le parc.

Les restes de déchets brûlés près du ruisseau de Hébron, en aval d’East Dhariya, dans le sud de la Cisjordanie, le 14 juillet 2026. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

« J’appelle l’État d’Israël à assumer ses responsabilités, à assurer le traitement des eaux usées et à se faire rembourser l’intégralité des coûts par l’Autorité palestinienne, car on ne peut pas compter sur elle pour le faire de son propre chef », a déclaré Azulay.

Et même s’il existe peut-être des plans de grande envergure, le problème est qu’il n’y a ni budget confirmé ni calendrier précis.

« La plupart de ces plans restent des projets », a déclaré Bromberg, évoquant d’autres projets visant à moderniser des stations d’épuration anciennes et peu performantes ailleurs en Cisjordanie.

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