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Elizabeth Tsurkov raconte les tortures et les agressions sexuelles de ses ravisseurs irakiens

Dans une interview, cette universitaire affirme que ses ravisseurs "l'ont utilisée comme punching-ball", les premiers mois, et qu'elle a faussement avoué être une espionne israélienne pour mettre fin aux coups

L'ancienne otage israélienne Elizabeth Tsurkov est accueillie par sa famille et ses amis à l'hôpital Sheba, le 10 septembre 2025. (Crédit : Yuval Yosef/GPO)
L'ancienne otage israélienne Elizabeth Tsurkov est accueillie par sa famille et ses amis à l'hôpital Sheba, le 10 septembre 2025. (Crédit : Yuval Yosef/GPO)

Elizabeth Tsurkov, otage israélienne libérée, a confié avoir été battue, torturée, électrocutée et agressée sexuellement pendant les deux ans et demi qu’elle a passés en captivité aux mains du groupe terroriste Kataeb Hezbollah en Irak, dans une interview qui a été publiée mercredi.

Se confiant au New York Times dans le cadre de sa toute première interview depuis sa remise en liberté au mois de novembre dernier, Tsurkov a déclaré que ses ravisseurs « m’ont essentiellement utilisée comme punching-ball« , en particulier pendant les premiers mois qui ont suivi son enlèvement.

Tsurkov, qui possède la double nationalité israélienne et russe et qui travaillait à l’université de Princeton, a dit : « Je crois sincèrement que je serais morte » si les responsables de l’administration Trump ne s’étaient pas « engagés de manière aussi constante et avec une détermination aussi incroyable » pour exiger sa libération.

Elle a expliqué qu’elle avait perdu une dent à cause des coups qu’elle avait reçus et qu’elle passait la majorité de ses journées allongée sur le dos depuis qu’elle a été relâchée, ses blessures rendant la position assise ou debout trop douloureuse.

Tsurkov s’est souvenue du jour de son enlèvement, le 21 mars 2023, alors qu’elle avait prévu de rencontrer une femme qui avait expliqué, sur WhatsApp, avoir besoin d’aide pour faire des recherches sur le groupe terroriste de l’État islamique.

Elle a raconté que la femme ne s’était pas présentée au rendez-vous prévu qui avait été fixé dans un café de Bagdad. Ensuite, plusieurs hommes l’avaient obligée à monter dans un SUV, la frappant avec violence et l’agressant sexuellement. Le Times a fait savoir qu’il avait accepté de ne pas entrer dans les détails des agressions sexuelles.

Une séquence diffusée par la chaîne de télévision irakienne Al Rabiaa, montrant la chercheuse israélo-russe Elizabeth Tsurkov dans un café de Bagdad avant sa disparition. (Crédit : Capture d’écran provenant de Twitter ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

« Ils ont commencé à me tordre le petit doigt au point de presque le casser », a déclaré Tsurkov. « Je me suis donc dit qu’il était inutile de résister davantage ».

Elle a précisé avoir été détenue par l’organisation Kataeb Hezbollah, un groupe terroriste aligné sur l’Iran, même si ce dernier n’a jamais explicitement reconnu avoir été à l’origine de son enlèvement.

Tsurkov a été emprisonnée, seule, dans une pièce sans fenêtre qui se trouvait dans une grande maison. Elle a expliqué qu’elle avait initialement gardé son identité secrète, mais que ses ravisseurs avaient finalement trouvé la preuve qu’elle était israélienne sur son téléphone et qu’ils l’avaient accusée d’espionnage.

Même si elle avait alors supplié ses geôliers de lire ses publications pro-palestiniennes sur internet, ses conditions de détention s’étaient détériorées. Comme elle n’acceptait pas d’admettre la véracité des accusations portées à son encontre, elle avait, a-t-elle dit, été « torturée ». Elle avait alors commencé à inventer des histoires mensongères mais crédibles, laissant entendre notamment qu’elle organisait des manifestations antigouvernementales en compagnie d’un journaliste français, pour pouvoir échapper à la torture.

Elle s’est souvenue, dans l’entretien, de l’une des pires journées de sa captivité, quand, au mois de juillet 2023, elle avait été interrogée sur son service militaire obligatoire – elle avait servi au sein de l’Administration du renseignement militaire de Tsahal, il y a environ 20 ans. Elle avait d’abord menti mais elle avait fini par dire la vérité après que deux de ses ravisseurs l’ont frappée à plusieurs reprises, lui cassant une dent.

L’un de ses ravisseurs, que les autres appelaient « le colonel », était « très sale et vraiment obsédé par le sexe », a-t-elle indiqué, ajoutant qu’il avait menacé de la violer et qu’il lui touchait le tatouage qu’elle a sur la cuisse.

Au mois d’août 2023, un mois après que le gouvernement israélien a reconnu l’enlèvement de Tsurkov, cette dernière avait été transférée vers un autre lieu qui, selon ce que la captive et les responsables israéliens ont dit au Times, était une base du groupe terroriste située à proximité de la frontière iranienne. Elle a raconté qu’elle avait senti les frappes israéliennes qui avaient secoué le complexe pendant la guerre contre l’Iran, au mois de juin 2025.

Elizabeth Tsurkov, une universitaire israélo-russe qui a été enlevée en Irak au début de l’année, dans une vidéo diffusée par le réseau de télévision par satellite irakien Al Rabiaa, le 13 novembre 2023. (Crédit : Capture d’écran X ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Même si elle était restée, à partir de ce transfert, dans l’isolement de sa cellule pendant deux ans, elle n’avait pas été torturée, elle avait pu se nourrir de manière « variée et abondante » et elle avait été soignée par un infirmier. Elle avait reçu des livres, de quoi écrire, une télévision et un dictionnaire arabe, a-t-elle déclaré au Times.

Elle souffrait toujours de douleurs constantes dues à la torture – des douleurs pour lesquelles elle suit une rééducation en Israël.

Pendant sa captivité, elle a utilisé le cahier qui lui avait été donné pour garder l’esprit actif, pour planifier sa thèse de doctorat et pour développer des idées d’articles.

Tsurkov était d’abord restée dans une pièce sans fenêtre au troisième étage, et au mois de juin 2024, l’endroit où elle se trouvait avait été rénové. Elle avait alors eu une cuisine et une salle de bain. Elle a toutefois précisé qu’elle « n’a jamais vu le soleil » pendant sa captivité.

Voir des gens se mobiliser en faveur de sa libération – cela avait notamment été le cas d’une de ses sœurs, qu’elle avait pu voir à la télévision – lui avait permis de garder le moral, a-t-elle ajouté.

Première preuve qu’elle était en vie, Tsurkov était apparue à la télévision irakienne au mois de novembre 2023 et elle avait reçu pour instruction de dire qu’elle travaillait comme espionne pour Israël et les États-Unis. Elle avait utilisé des « messages codés », prétendant à tort, par exemple, vivre dans le quartier de Gan Hashmal à Tel Aviv, pour faire comprendre qu’elle avait été torturée.

Elle avait également inventé de faux noms pour désigner ses prétendus supérieurs, notamment « Ethan Nuima », un nom qui ressemble au mot qui signifie « torture » en hébreu, inuyim.

Même si cela n’a pas été diffusé à la télévision, le porte-parole du groupe du Kataeb Hezbollah a fait référence à ce nom dans une déclaration Telegram qui entrait dans le détail des faux aveux de Tsurkov après sa libération — une affirmation qui, selon elle, a prouvé que c’est bien cette organisation qui a été à l’origine de son enlèvement et de son incarcération.

Tsurkov a raconté que le 9 septembre, elle avait été remise au gouvernement irakien. Des femmes médecins irakiennes l’avaient examinée dans une maison d’hôtes cossue. C’était la première fois qu’elle avait des contacts avec des femmes depuis son enlèvement.

L’universitaire israélo-russe Elizabeth Tsurkov, à droite, arrive en ambulance à l’hôpital Sheba à Ramat Gan après avoir été libérée après plus de deux ans de captivité par une milice irakienne, le 10 septembre 2025. (Crédit : Jonathan Shaul/Flash90)

Lorsqu’elle a été relâchée, elle a remercié le président américain Donald Trump, ainsi que plusieurs membres de son administration qui avaient contribué à obtenir sa remise en liberté. Elle a également remercié Gal Hirsch, coordinateur israélien sur la question des otages et des personnes disparues.

Elle n’a pas remercié le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Israël n’aurait eu que très peu à voir avec sa libération – et le Times of Israel a rapporté après sa remise en liberté que sans l’intervention et sans les pressions exercées par l’administration américaine, elle serait peut-être restée captive en Irak pendant de nombreuses années encore.

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