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En Cisjordanie, une frappe iranienne meurtrière illustre le manque de protection des Palestiniens

Exposés aux tirs iraniens et chutes de débris, les Palestiniens entendent les alertes des implantations, mais la plupart n'ont pas d'accès à un abri et ignorent comment gérer le danger

Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Des Palestiniens inspectent les dégâts dans un salon de beauté après une frappe iranienne meurtrière à Beit Awwa, près d'Hébron, en Cisjordanie, le 19 mars 2026. (AP/Mahmoud Illean)
Des Palestiniens inspectent les dégâts dans un salon de beauté après une frappe iranienne meurtrière à Beit Awwa, près d'Hébron, en Cisjordanie, le 19 mars 2026. (AP/Mahmoud Illean)

Depuis quelques semaines, l’Iran tire régulièrement sur Israël des missiles dotés de bombes à sous-munitions qui font pleuvoir des dizaines de petites bombes en zone urbaine, ce qui sème la mort et la désolation.

Capables de se faufiler entre les mailles des défenses aériennes, les sous-munitions n’ont pas la puissance explosive des ogives conventionnelles mais elles peuvent détruire de petits bâtiments, renverser des voitures et mutiler ou tuer ceux qui se trouvent sur leur passage.

Dirigée contre Israël, la plus meurtrière de ces attaques n’a pas fait de victimes du côté israélien mais du côté des Palestiniens de Cisjordanie, lesquels font souvent les frais des tirs imprécis de l’Iran, faute en outre de disposer des protections qu’Israël offre à ses citoyens.

Le 18 mars dernier, quatre femmes âgées de 17 à 50 ans ont été tuées par une bombe à sous-munitions iranienne tombé sur un salon de beauté cisjordanien à l’intérieur duquel elles préparaient un repas de rupture du jeûne de Ramadan. Neuf autres Palestiniens ont été blessés, dont une fillette de 4 ans.

L’incident a secoué la ville de Beit Awwa, dans le sud de la Cisjordanie, qui compte près de 15 000 habitants. Et au-delà, elle a souligné ce que les habitants dénoncent, à savoir le manque d’infrastructures de protection et de sensibilisation à destination des Palestiniens de Cisjordanie face aux missiles iraniens.

Les Israéliens reçoivent sur leur téléphone des alertes en cas de missiles entrants et ils entendent les sirènes qui leur donnent l’ordre de se diriger vers un espace protégé ou de chercher un abri, mais les Palestiniens n’ont pas de tels systèmes et ils ont un accès inégal aux alertes du Commandement du front intérieur israélien. La plupart ne découvrent le danger qu’en entendant les sirènes d’alerte aérienne qui proviennent des villages voisins.

Mais même lorsqu’ils sont alertés, ils peinent à trouver un endroit où se mettre à l’abri contre les projectiles à l’approche.

Les forces de sécurité et de secours palestiniennes au point d’impact d’un missile tiré depuis l’Iran qui a tué plusieurs personnes à Beit Awa, près d’Hébron, en Cisjordanie, le 19 mars 2026 (Wisam Hashlamoun/ Flash90)

« Nous entendons les sirènes des localités voisines, mais il n’y a pas d’abri », constate Mahmoud Barhoum, maire de Beita, en Cisjordanie, une localité qui a été touchée par des éclats de missiles la semaine dernière. « Où les gens sont-ils supposés aller ? »

Un habitant de Beit Awwa explique au Times of Israel que les habitants de cette ville située dans les environs d’Hébron entendent les alertes aériennes des implantations israéliennes voisines. Mais malgré tout, la plupart ne savent pas comment réagir ou se protéger.

Selon cet habitant, qui préfère garder l’anonymat, les Palestiniens ignorent en outre le danger de ces munitions, même après leur impact. Après l’attaque meurtrière à la bombe à sous-munitions, des habitants bien intentionnés se sont rendus sur place, au mépris du danger que représentent ces munitions non explosées, explique-t-il.

« Avec ma sœur, qui travaille avec le Croissant-Rouge, nous nous sommes rendus sur place pour éloigner les gens, afin que rien ne se passe en cas d’explosion de parties qui n’ont pas explosé au moment de l’impact du missile. Personne n’était au courant des dangers », poursuit-il.

Vus depuis Naplouse, en Cisjordanie, des fragments de missiles et des bombes à fragmentation se dirigent vers le sol le 1er mars 2026. (AP/Majdi Mohammed)

Lorsque l’Iran tire des missiles sur Israël, le Commandement du front intérieur de Tsahal envoie des alertes précoces dans toute la zone à l’intérieur de laquelle les sirènes pourraient retentir, quelques minutes plus tard. Une fois le projectile en approche, le Commandement active les sirènes dans toute zone jugée à risque d’être touchée par un missile, un intercepteur ou des fragments provenant de l’un ou de l’autre.

En plus des alertes précoces et des sirènes retransmises par des haut-parleurs publics, des notifications contenant ces informations sont également envoyées aux téléphones de la zone géographique concernée qui disposent de l’application du Commandement du front intérieur, accessible gratuitement aux Palestiniens comme à toute personne.

Lors de l’attaque meurtrière iranienne qui a frappé Beit Awwa, des avertissements du Commandement du front intérieur ont été envoyés à une grande partie du sud de la Cisjordanie, ainsi qu’à certaines parties du sud d’Israël.

Toute personne dans le village disposant de l’application du Commandement du front intérieur a reçu une alerte, mais on ignore si son usage est répandu chez les Palestiniens. Ceux qui ont parlé au Times of Israel ont déclaré qu’ils entendaient généralement les sirènes des implantations voisines, pas leurs téléphones.

Des personnes se sont réfugiées dans un abri anti-aérien pour se mettre à l’abri des missiles tirés depuis l’Iran sur Tel Aviv, le 16 mars 2026. (Chaim Goldberg/Flash90)

Les systèmes de défense aérienne israéliens protègent les Palestiniens de Cisjordanie autant que les communautés israéliennes. Dans la mesure où la plupart des implantations se situent à proximité des zones habitées par des Palestiniens, et compte tenu de la large zone d’impact des missiles balistiques, toutes les menaces se dirigeant vers cette zone donnent lieu à des tentatives d’interception.

Mais les défenses aériennes ne sont pas parfaites, surtout contre les ogives à sous-munitions, et même les missiles interceptés peuvent continuer à représenter une menace pour ceux qui se trouvent en dehors d’une structure renforcée.

Pas un seul abri

Quelques heures après l’attaque meurtrière contre Beit Awwa, la ville de Beita, dans le nord de la Cisjordanie, a été frappée par des débris d’un missile intercepté.

Barhoum, le maire, a déclaré au Times of Israel qu’un des débris était tombé sur une maison et y avait occasionné des dégâts tels qu’elle était bonne pour la démolition.

Des habitants inspectent les dégâts causés par des éclats de missiles dans la ville de Biddya en Cisjordanie le 11 mars 2026. (AP/Majdi Mohammed)

Un autre fragment a frappé une ligne électrique à haute tension, ce qui a provisoirement privé le village d’électricité.

Personne n’a été blessé, ce qui a été une chance compte tenu du manque d’infrastructures de protection. Selon Barhoum, c’est bien là le problème le plus grave.

Le problème est le même dans tous les secteurs palestiniens.

Israël construit depuis longtemps des abris publics pour ses villes mais ne l’a jamais fait dans les zones palestiniennes sous son contrôle militaire.

Débris de missile iranien tombés dans le village palestinien de Beita, le 28 février 2026. (capture d’écran : X, 27a clause de la loi sur les droits d’auteur)

Depuis 1992, la loi israélienne exige la présence d’une pièce sécurisée dans les nouvelles constructions. Au même moment, l’Autorité palestinienne s’est établie et a commencé à gérer les affaires civiles de la plupart des Palestiniens de Cisjordanie, à commencer par la construction de logements.

Contrairement à Israël, l’AP n’a pas construit d’abris publics ni exigé que les constructions récentes en soient dotées. Elle n’a pas officiellement motivé sa décision, laquelle pourrait avoir été prise en estimant que les missiles et roquettes contre Israël ne menaçaient pas les Palestiniens.

Dans la partie de Cisjordanie sous supervision des autorités israéliennes en matière de construction, les pièces sécurisées sont obligatoires dans les logements récents, y compris pour les Palestiniens, rappelle un représentant du ministère de la Défense.

Toutefois, il est rare qu’Israël valide le projet de construction de nouveaux logements pour les Palestiniens dans les zones qu’elle contrôle.

Les forces de sécurité et de secours israéliennes au point d’impact d’un missile tiré depuis l’Iran qui a occasionné des dégâts à Tel-Aviv, le 22 mars 2026. (Flash90)

Selon Barhoum, le manque d’abris n’affecte pas que Beita, mais toutes les zones de Cisjordanie sous contrôle de l’Autorité palestinienne. Il n’y a pas un seul abri.

À Beit Awwa, très près de la Ligne verte, les quatre femmes se trouvaient à l’intérieur d’une structure modulaire en aluminium. Les murs étaient probablement suffisamment minces pour qu’elles aient entendu la sirène retentir depuis la ville israélienne voisine de Shekef. Mais ils étaient aussi trop fins pour les protéger contre les armes à sous-munitions qui allaient sceller leur destin.

En danger

Ces tirs de missiles iraniens imposent de nouvelles contraintes aux communautés de Cisjordanie, rarement victimes jusque là des roquettes tirées par le Hamas depuis Gaza ou par le Hezbollah depuis le Liban.

Contrairement aux projectiles à courte portée tirés par ces organisations terroristes, les missiles balistiques iraniens sont tirés à près de 1 600 kilomètres de distance, le plus souvent sans grand souci de précision.

Et pour la première fois, les Palestiniens sont confrontés à la menace bien réelle des missiles.

Des jeunes juifs entourent les débris d’un missile balistique tiré depuis l’Iran, tombé dans l’implantation de Peduel, en Cisjordanie, le 23 mars 2026. (Flash90)

En octobre 2024, lorsque l’Iran a tiré des centaines de missiles balistiques sur Israël, la seule victime directe a été un homme de Jéricho, victime de la chute d’un fragment de missile intercepté.

Pendant la guerre de juin dernier, aucun Palestinien n’a été tué, mais des fragments de missiles sont tombés en Cisjordanie à plusieurs reprises.

Dans le cadre de la guerre actuelle, indépendamment de l’incident mortel de Beit Awwa, un grand nombre de débris de missiles interceptés sont tombés en Cisjordanie.

Le ministère palestinien de l’Intérieur a déclaré qu’entre le 7 et le 12 mars derniers, les équipes de la police palestinienne, de la défense civile et du Croissant-Rouge sont intervenues suite à la chute de fragments de missiles dans les districts de Ramallah, Bethléem, Naplouse ou encore Salfit.

Un projectile iranien vu depuis Hébron, en Cisjordanie, laisse une traînée dans le ciel, tôt dans la journée du 1er mars 2026. (HAZEM BADER / AFP)

Le 22 mars dernier, on dénombrait 198 incidents impliquant des chutes de débris en Cisjordanie, indique la police palestinienne. Il peut s’agir d’éclats de la taille d’une main mais aussi de réservoirs de carburant de la taille d’un bus.

Outre les quatre femmes tuées à Beit Awwa, la police palestinienne a signalé un cinquième décès lié selon elle aux attaques, celui d’un homme qui regardait les missiles et qui est tombé d’un bâtiment. Les autorités n’ont pas précisé l’endroit ou la date de l’incident.

Barhoum estime qu’au-delà des infrastructures de protection, il est urgent de disposer d’installations médicales adéquates pour prendre en charge les victimes d’attaques.

Sous la tente de deuil déployée pour les quatre femmes tuées à Beit Awwa — Mais Razi Masalma, 17 ans, Sahra Razek Masalma, 50 ans, Amal Matawa, 46 ans, et Aseel Masalma, 32 ans —le porte-parole du Fatah, Maher al-Namoura, a profité de l’occasion pour exhorter les dirigeants palestiniens à fournir plus d’équipements médicaux et de meilleure qualité.

Les obsèques de quatre femmes palestiniennes tuées par un missile iranien à Beit Awwa, près d’Hébron en Cisjordanie. (FLASH90)

Namoura, comme le gouverneur local, a estimé qu’il fallait du matériel médical de meilleure qualité à l’hôpital de la ville voisine de Dura, où les blessés sont pris en charge. Il a également demandé que soient rapidement construites de nouvelles ailes pour cet hôpital, sans mentionner de possibles abris.

Rester

L’AP n’a commencé à émettre des directives concernant la marche à suivre lors de ces attaques qu’après les décès de Beit Awwa, signe que la tragédie a fait évoluer la prise en compte du danger lié aux missiles.

Dans un avis publié par le ministère de l’Intérieur palestinien, les habitants ont été informés que, compte tenu de la situation sécuritaire, ils devaient « rester dans des endroits présentant de bonnes conditions de sécurité, se tenir à l’écart des points d’impact et éviter les rassemblements ».

Une femme palestinienne montre la photo d’Amal Masalmeh, tuée par une frappe iranienne à Beit Awwa, en Cisjordanie, près d’Hébron, le 19 mars 2026. (AP/Mahmoud Illean)

Cette déclaration n’a pas précisé ce qui constituait un endroit présentant de bonnes conditions de sécurité.

Barhoum explique qu’il conseille de rester à l’intérieur lors des attaques de missiles, faute d’avoir reçu des instructions de la part de l’AP sur cette question, en sa qualité de maire.

Il est difficile de savoir dans quelle mesure les décès et les nouvelles directives vont faire changer les comportements, même pour ceux qui tiendraient compte des avertissements, compte tenu du manque d’abris.

Mais au moins, certains prennent maintenant la menace plus au sérieux.

« Pour être honnête, je faisais jusque là partie de ceux qui, lorsqu’il y avait une alerte, sortaient voir où le missile allait tomber », confie un habitant de Beit Awwa qui a demandé à garder l’anonymat.

« Mais depuis ce qui s’est passé, je ne sortirai plus. J’irai dans l’endroit [sûr] le plus proche et dirai aux autres de faire de même. »

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