En Israël, la première femme médecin druze reçoit un prix pour avoir brisé les barrières
La Dre Nadia Khir a reçu le prestigieux prix Habama Shelahen pour avoir ouvert la voie il y a 35 ans ; elle « voulait aider » les femmes de sa communauté qui ne pouvaient pas se faire soigner par des hommes
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JULIS, Galilée occidentale — La Dre Nadia Khir, qui a reçu dimanche dernier le prix Habama Shelahen (ce qui signifie en hébreu « leur scène » au féminin) qui récompense les femmes occupant des postes à responsabilité en Israël, n’avait aucunement l’intention d’être une pionnière lorsqu’elle est devenue la toute première femme médecin druze en Israël.
S’adressant au Times of Israel depuis son salon, dans la périphérie de Julis, un village druze de Galilée occidentale, Mme Khir, aujourd’hui âgée de 58 ans, rappelle que, lorsqu’elle était jeune fille, on lui avait parlé « de femmes qui s’étaient vidées de leur sang ou avaient fait des fausses couches parce qu’elles refusaient de se laisser voir par un homme médecin ».
« Cela m’a tellement marquée que j’ai voulu aider », confie Khir, qui est gynécologue dans quatre cliniques différentes des Services de santé Clalit en Galilée.
Au sein de la société druze traditionnelle, les hommes ne sont pas autorisés à toucher les femmes, à l’exception des parents au premier degré ; tout examen médical par des hommes médecins est donc interdit.
De nos jours, il y a une quarantaine de femmes médecins druzes en Israël, précise Khir, mais au début des années 1990, il n’y en avait aucune. Elle a été la première.
« Choisir la Dre Nadia Khir, c’est choisir une femme qui a brisé les barrières non seulement pour elle-même, mais pour toute une génération de femmes de la société druze », a déclaré le porte-parole du prix Habama Shelahen par voie de communiqué. « Elle a réussi à faire évoluer des représentations sociales profondément ancrées et à prouver que l’éducation, le pouvoir et l’épanouissement personnel peuvent renforcer toute une communauté. Son influence est encore perceptible aujourd’hui. »
« Leur scène », des mains de la Dre Yaffa Ashur, directrice générale du centre hospitalier Yoseftal d’Eilat, à Tel-Aviv, le 17 mai 2026. (Avec l’aimable autorisation du service du porte-parole de Clalit)
Parrainé par la Dr Miriam Adelson et organisé par Israel Hayom, cet événement a rendu hommage aux femmes dans les domaines suivants : l’engagement et la contribution communautaires, la sécurité, la santé, l’éducation, l’économie et l’entrepreneuriat, la jeunesse et enfin la culture et le sport.
Vêtue d’un chemisier à fleurs sobre et d’une jupe longue, Khir a offert à ses invités des raisins, des abricots et du jus de grenade, et a évoqué les difficultés rencontrées pour devenir médecin.
Elle a raconté que lorsqu’elle était enfant, à Pekiin, à 32 kilomètres de Julis, son professeur de biologie lui avait suggéré de devenir médecin car elle était une excellente élève et que sa mère, qui a élevé cinq enfants, avait lutté contre la maladie toute sa vie.
« J’avais 18 ans et je voulais étudier la médecine, mais à l’époque, il était interdit aux femmes druzes d’aller à l’université », rappelle-t-elle. « Une jeune femme qui faisait des études risquait de faire exclure sa famille de la communauté druze. »
Une fois admise en médecine à l’Institut Technion-Israel des sciences de Haïfa, en 1985, elle craint que sa mère, très croyante, soit excommuniée. Un jour, elle croise par hasard dans la rue le cheikh Farag Fadool, chef de la communauté religieuse druze de Pekiin et lui dit qu’elle souhaite étudier la médecine, ajoutant « j’ai très peur que ma mère soit punie ».
« Le cheikh m’a regardée », se souvient Khir. « Puis il a dit : ‘Ne t’inquiète pas, je ne punirai pas ta mère.’ Il m’a donné la tranquillité d’esprit nécessaire pour étudier. »
Une minorité ethnique unique en son genre
Les Druzes sont une secte mystique qui s’est séparée de l’islam chiite au XIe siècle. Leurs croyances diffèrent nettement de celles de l’islam, et ils n’acceptent aucun converti.
Il y a environ un million de druzes dans le monde, principalement en Syrie, au Liban, en Turquie et en Jordanie. On compte quelque 180 000 druzes en Israël, y compris ceux qui vivent dans le Golan et qui ne possèdent pas tous la nationalité israélienne.
Selon les statistiques 2023 du ministère de la Santé, les Arabes israéliens – musulmans, chrétiens et druzes, sont surreprésentés dans le secteur médical. Ils représentent près d’un quart des médecins, infirmiers et dentistes d’Israël, et un peu moins de la moitié des pharmaciens — des chiffres qui ont considérablement augmenté depuis 2010. Pas moins de 43 % des médecins sont des femmes.
Les femmes médecins arabes ne sont plus des exceptions.
« Mais il m’a fallu tellement de courage », souligne Khir. Il y a de cela 35 ans, pour obtenir ne serait-ce que le permis de conduire, c’était compliqué. À l’époque, la société druze interdisait aux femmes de conduire, et Khir savait qu’elle ne pourrait pas obtenir son permis dans une ville druze.
« J’ai donc passé mon permis de conduire à Haïfa », explique-t-elle. Aujourd’hui, les femmes druzes laïques ont le droit de conduire, mais les femmes issues des familles les plus conservatrices ne le font toujours pas.
Julis, qui compte près de 7 000 habitants, est un fascinant mélange de tradition et de modernité. Nichée dans les collines de Galilée, la ville regorge de cafés et de salles de sport. Des jeunes femmes, certaines en jeans, d’autres vêtues de longues robes noires et de voiles blancs, déambulent dans les ruelles étroites et intemporelles.
« Elle n’a pas eu peur d’être la première dans son domaine », souligne Bader. « Elle est l’exemple même de ce qu’il est possible de faire en se fixant un objectif et en travaillant dur pour l’atteindre. »
Le professeur Tarif Bader, PDG du centre hospitalier Clalit-Kaplan et ancien médecin-chef de l’armée israélienne. (Avec l’aimable autorisation de Gilad Shabani)
Khir se dit aujourd’hui très « fière » des femmes druzes qui étudient à l’université.
« Elles peuvent étudier ce qu’elles veulent ; personne ne va excommunier leurs proches », ajoute-t-elle.
Elle est également fière de ses trois filles, Hend Heno, 29 ans, médecin au Centre Hospitalier Rambam de Haïfa. Monia Heno, 23 ans, étudiante en ingénierie électrique à l’université de Tel Aviv et enfin Yasmine Heno, 22 ans, étudiante en génie logiciel au Technion.
Khir montre au Times of Israel des photos de ses filles, ainsi qu’une courte vidéo de Monia, qui a remporté la médaille d’argent pour Israël aux Championnats du monde de kickboxing, en novembre 2023.
Dans cette vidéo, Monia encourage ceux qui la suivent à « poursuivre leurs rêves ».
Khir relève les yeux, presque stupéfaite.
« C’est ce que je dis toujours aux femmes », conclut-elle avec enthousiasme. « Monia dit à son tour la même chose. »
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