Rechercher
Analyse

En misant tout sur les sanctions, Trump limite ce qu’il peut obtenir de l’Iran

Sans pression militaire, un accord global sur le nucléaire et les missiles reste hors de portée, mais les sanctions pourraient suffire à obtenir un accord sur Ormuz

Le président américain Donald Trump arrivant pour prendre la parole lors d’un meeting électoral à Myrtle Beach, en Caroline du Sud, le 21 août 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)
Le président américain Donald Trump arrivant pour prendre la parole lors d’un meeting électoral à Myrtle Beach, en Caroline du Sud, le 21 août 2026. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a dévoilé lundi, lors d’une conférence de presse au département du Trésor à Washington, les dernières mesures prises par l’administration Trump contre la République islamique d’Iran.

Depuis que le cessez-le-feu décrété en avril par le président américain Donald Trump a mis fin à la campagne de bombardements conjointe américano-israélienne contre l’Iran, Washington et Téhéran alternent échecs diplomatiques et épisodes d’escalade. Pour sortir de l’impasse, a déclaré Bessent aux journalistes, les États-Unis vont désormais lancer « une offensive économique contre les réseaux financiers de l’Iran à travers le monde ».

« Notre objectif est de tarir toutes les ressources économiques dont dépend ce régime tyrannique, jusqu’à isoler Téhéran », a déclaré le secrétaire au Trésor. Il a averti que les pays qui refuseraient de se joindre aux sanctions américaines « partageraient l’isolement » de l’Iran, ajoutant que Trump avait déjà commencé à appeler des dirigeants du monde entier à ce sujet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué cette initiative et déclaré mardi avoir exhorté Trump, lors de leur rencontre en juillet, à « resserrer l’étau » autour de l’Iran en ciblant les réseaux qui soutiennent le régime.

Reste à savoir si cette rhétorique musclée sera suivie d’une application rigoureuse du dispositif économique annoncé. Même pleinement mises en œuvre, les sanctions pourraient ne pas suffire à arracher des concessions significatives à Téhéran. Elles pourraient tout aussi bien rapprocher le régime de l’effondrement que l’inciter à se retrancher davantage sur ses positions, prolongeant ainsi l’impasse.

Pour Washington, l’efficacité de la pression économique, comme celle de toute future stratégie militaire ou diplomatique, dépend avant tout de l’objectif poursuivi face à Téhéran.

De récents articles de presse israéliens et internationaux indiquent que les États-Unis n’envisagent pas, à ce stade, de reprendre les combats à grande échelle, conformément à la volonté de Trump d’éviter une guerre prolongée. Son administration a clairement indiqué qu’elle considérait les sanctions comme un moyen de ramener le régime iranien à la table des négociations et de lui arracher des concessions significatives, ouvrant ainsi la voie à un accord diplomatique suffisamment avantageux pour que Trump puisse le présenter comme une victoire.

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, s’exprime lors d’une conférence de presse au département du Trésor, à Washington, le 24 août 2026. (Crédit : Julia Demaree Nikhinson/AP)

Mais même après plusieurs semaines de frappes aériennes, obtenir des concessions significatives de Téhéran s’est révélé difficile. Washington pourrait parvenir à un accord plus limité sur le détroit d’Ormuz, mais celui-ci ne réglerait pas les menaces plus vastes liées au programme nucléaire, aux missiles et aux activités régionales de la République islamique, qui avaient initialement conduit au déclenchement de la guerre.

Les sanctions, une reprise de la pression militaire et la diplomatie pourraient toutes trois servir de leviers, mais leur efficacité dépendra de ce que Washington cherche à obtenir.

Parvenir à un accord permettant à chacun de sauver la face suppose un équilibre entre pression et compromis différent de celui nécessaire pour imposer des concessions stratégiques plus importantes. La stratégie serait encore différente si l’objectif était simplement d’affaiblir autant que possible la République islamique, voire de provoquer la chute du régime.

« Je pense que l’administration Trump n’a pas une vision claire de ce qu’elle cherche à accomplir », a déclaré Sanam Vakil, directrice du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House.

Tant que l’administration n’aura pas clairement défini son objectif, accentuer la pression risque de ne faire que prolonger l’impasse actuelle.

Le compromis plutôt que la capitulation

Si l’objectif immédiat de Trump est de parvenir à une issue négociée, la pression exercée par Washington devra s’accompagner d’une porte de sortie acceptable pour Téhéran.

La République islamique n’admettra pas sa défaite. Malgré les dégâts considérables qu’elle a subis, elle considère comme une victoire majeure le fait d’avoir résisté à une pression militaire sans précédent de la part des États-Unis et d’Israël, et non comme une raison de capituler.

Tout accord qu’elle acceptera « devra être le fruit d’une négociation fondée sur le compromis plutôt que sur la soumission », a déclaré Vakil.

Cette vue aérienne montre des bateaux au mouillage au large de la péninsule de Musandam, dans le nord d’Oman, près du détroit d’Ormuz, le 27 juin 2026. (Crédit : AFP)

Il est peu probable que la République islamique renonce à ce qui lui reste de capacités nucléaires ou balistiques sans contreparties économiques, garanties de sécurité ou autres concessions de la part de Washington, a estimé Vakil. Selon elle, une pression accrue pourrait contribuer à ramener Téhéran à la table des négociations, mais seulement si Washington lui offre une porte de sortie permettant au régime d’assurer sa survie politique.

Si les concessions exigées de Téhéran s’apparentent à une capitulation, a-t-elle poursuivi, un régime dont la priorité absolue est sa propre survie aura toutes les raisons de continuer à résister.

Cela ne signifie pas pour autant que les nouvelles sanctions ne puissent constituer un levier efficace.

Des motards passent devant un panneau publicitaire représentant le président américain Donald Trump immergé au milieu d’explosions, avec la mention « Grande victoire ! Détroit d’Ormuz », à Téhéran, le 24 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

Richard Goldberg, qui avait coordonné la campagne de « pression maximale » de l’administration au sein du Conseil national de sécurité pendant le premier mandat de Trump et travaille aujourd’hui à la Foundation for Defense of Democracies, estime, lui, que la République islamique aborde cette nouvelle campagne de pression économique dans une position bien plus fragile que lors des précédentes.

Des mois de conflit ont considérablement entamé les recettes et les réserves du régime iranien, alors même que la demande intérieure repart à la hausse. Les conditions sont donc réunies pour « saisir l’occasion de mener une guerre financière », a déclaré Goldberg.

Outre l’épuisement de ses ressources financières, le régime doit composer avec des restrictions sur ses revenus pétroliers et un blocus naval, a-t-il souligné. La marge de manœuvre que Téhéran aurait pu espérer conserver grâce à d’importants relais à l’étranger devrait en outre se réduire sous la menace de sanctions secondaires contre ceux qui continueraient à faire des affaires avec le régime de Téhéran.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi (à droite), rencontre son homologue omanais, Sayyid Badr Albusaidi, à Téhéran, le 25 août 2026. (Crédit : Ministère iranien des Affaires étrangères/AP)

Ces sanctions ne porteront toutefois leurs fruits que si Washington est prêt à les appliquer à des acteurs politiquement sensibles, tels que la Chine, les partenaires du Golfe et les grandes entreprises publiques.

Cette stratégie a déjà fait ses preuves, a souligné Goldberg, citant les sanctions imposées en 2019 à des filiales de la compagnie maritime chinoise COSCO. Ces mesures avaient perturbé le marché mondial des pétroliers et, selon lui, fini par pousser Pékin à accepter un arrangement limitant son soutien aux exportations de pétrole iranien.

Si Washington vise un accord relativement limité, la question n’est pas seulement de savoir jusqu’où Washington peut accroître le coût pour Téhéran, mais si cette pression peut rendre un compromis précis plus avantageux aux yeux du régime que la poursuite de la confrontation.

Si, en revanche, Washington cherche à obtenir des concessions plus importantes sur le programme nucléaire iranien, les missiles balistiques ou les capacités régionales de la République islamique, « les sanctions seules ont peu de chances de contraindre le régime à capituler », a fait valoir Saeid Golkar, spécialiste de l’Iran et maître de conférences à l’université du Tennessee.

Un homme transporte un rouleau de vêtements au Grand Bazar de Téhéran, en Iran, le 25 août 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

La République islamique a depuis longtemps appris à résister aux sanctions et à les contourner, tout en préservant les institutions dont dépend la survie du régime, a déclaré Golkar. Selon lui, la pression doit donc viser le régime lui-même plutôt que l’économie dans son ensemble.

Pour y parvenir, a-t-il expliqué, il faudrait maintenir une menace crédible de nouvelles frappes militaires et continuer à affaiblir les appareils militaire, de renseignement et de répression du régime, afin de « convaincre Téhéran que la poursuite de la confrontation représente une menace plus grande pour la survie du régime que des concessions significatives ».

Une telle stratégie n’est toutefois pas sans risque : elle pourrait convaincre Téhéran que Washington cherche à détruire le régime, quelles que soient les concessions qu’il serait prêt à consentir.

L’objectif devrait simplement être de maintenir une pression constante et d’affaiblir le régime par tous les moyens possibles

Des dizaines d’années de pression ont souvent eu pour effet de resserrer les rangs du régime et de renforcer les tenants de la ligne dure, a souligné Vakil. Compte tenu des antécédents de l’administration Trump, a-t-elle averti, toute pression supplémentaire risque de conforter Téhéran dans sa conviction que l’objectif ultime de Washington est un changement de régime, l’incitant à durcir sa position plutôt qu’à faire preuve de davantage de souplesse.

Renoncer à un accord

Si Washington conclut qu’il ne peut obtenir de Téhéran les concessions minimales qu’il juge nécessaires, la stratégie change une nouvelle fois.

Plutôt que de fonder sa politique sur l’espoir de parvenir à un accord, les États-Unis auraient davantage intérêt à poursuivre une stratégie d’affaiblissement à long terme de la République islamique, a fait valoir Michael Makovsky, président du groupe de réflexion Jewish Institute for National Security of America.

« L’objectif devrait simplement être de maintenir une pression constante et d’affaiblir le régime par tous les moyens possibles », a-t-il déclaré.

De la fumée s’élevant à la suite de frappes sur Téhéran, le 7 avril 2026 (Crédit : Atta Kenare/AFP)

Dans le cadre de cette stratégie, le succès ne se mesurerait plus à la conclusion d’un accord, mais à la diminution des revenus du régime, de ses capacités militaires et de son influence régionale, ainsi qu’à l’accroissement de sa fragilité intérieure.

Golkar a souligné que « l’élimination de hauts responsables militaires et de commandants des forces de sécurité [iraniens] peut désorganiser les chaînes de commandement et rendre plus coûteuse la reconstruction de l’appareil répressif du régime ».

Mais une stratégie d’affaiblissement militaire et économique prolongé exige du temps. Elle suppose également de convaincre Téhéran que Washington ne sera pas le premier à céder.

Or, le régime iranien sait parfaitement que, lors des précédents épisodes d’escalade, la crainte de Trump de voir les cours du pétrole s’envoler, sa réticence à accepter des pertes américaines, les pressions politiques liées aux prochaines élections de mi-mandat aux États-Unis et son aversion pour un conflit militaire prolongé ont contribué à hâter la désescalade.

Pour qu’une telle stratégie fonctionne, Trump « devrait faire preuve d’une persévérance et d’une patience » qui, pour l’instant, « semblent lui faire défaut », a déclaré Makovsky.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.