En Syrie, les ambitions sous contraintes de la France
Paris veut entre autres éviter à tout prix que Damas ne s'implique au Liban au moment où les Etats-Unis poussent les autorités syriennes à y intervenir pour "s'occuper du Hezbollah"
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La prochaine visite d’Emmanuel Macron à Damas s’inscrit dans une volonté de Paris de se poser en acteur diplomatique, sécuritaire et économique en Syrie, en pleine transition politique. Mais son action dépend largement de Washington et des monarchies du Golfe, dont les choix continueront de façonner l’avenir du pays.
Soutien à la transition politique
Le président syrien Ahmad al-Chareh est à la tête d’une coalition islamiste qui a renversé le pouvoir de Bachar al-Assad en décembre 2024. Une période de transition de cinq ans a commencé en mars 2025 à l’issue de laquelle des élections doivent se tenir.
Emmanuel Macron a fait le pari d’accompagner la coalition islamiste tout en demandant au président syrien d’assurer « la protection de tous les Syriens sans exception, quelles que soient leur origine, leur religion, leur confession, leurs opinions ».
Les minorités alaouites ont été massacrées en mars 2025 et des affrontements sanglants avec des combattants druzes se sont produits en juillet 2025.
Paris dit se tenir également aux côtés des Kurdes, qui ont joué un rôle-clé pour combattre le groupe Etat islamique (EI) out en semblant désormais encourager leur intégration, tant sur le plan institutionnel que militaire, au sein de l’État syrien.
Lutte antiterroriste
La France reste engagée dans la coalition internationale contre l’EI, redoutant une résurgence du groupe menaçant la sécurité européenne.
Début janvier, elle a ainsi participé conjointement avec le Royaume-Uni à des frappes aériennes contre des infrastructures de l’EI en Syrie.
Après avoir contrôlé de vastes territoires, dont la région de Palmyre, le groupe jihadiste a été défait en 2019 par la coalition. Mais des combattants sont toujours repliés dans le vaste désert syrien et continuent épisodiquement de mener des attaques.
Le président français devrait évoquer le cas particulier des jihadistes français, notamment ceux dirigés par le Franco-Sénégalais Oumar Diaby, alias Omar Omsen, retranchés dans un camp de la région de Harem, près de la frontière turque.
Accompagner la reconstruction
Le coût de la reconstruction du pays a été estimé à plus de 216 milliards de dollars par la Banque mondiale.
« La réalité, c’est qu’on a un pays qui s’enfonce dans la crise économique, qui manque de tout, qui survit grâce à l’argent envoyé par la diaspora syrienne », souligne Fabrice Balanche, chercheur français spécialiste de la Syrie, précisant qu’1,5 million de Syriens résident en Europe, sans compter ceux présents en Turquie, au Liban et ailleurs.
Selon lui, la reconstruction est loin d’avoir commencé. Elle dépend des monarchies du Golfe dont l’attention a été détournée par le conflit en Iran.
Le président français sera néanmoins accompagné de chefs d’entreprise avec à la clé des protocoles d’accord.
« Il y a une volonté politique française depuis l’Ukraine pour motiver les entreprises françaises à aller dans les pays en crise. Et la Syrie en fait partie », souligne Augustin de Castet, dirigeant de Novakamp, entreprise spécialisée dans l’infrastructure vitale (eau et énergie essentiellement) en zones de crise. De leur côté, « les autorités syriennes font tout pour attirer les entreprises ».
Comme CMA-CGM qui a signé en mai 2025 un accord pour la construction d’un nouveau poste d’amarrage au port de Lattaquié, Novakamp fait partie des acteurs français qui entendent faire affaire en Syrie.
« Mais tant qu’il restera des sanctions, la Syrie sera pénalisée », prévient Augustin de Castet, constatant que le Fonds monétaire international « n’a pas encore ouvert les vannes », ce qui reste un frein à l’obtention de tout financement.
Rôle diplomatique limité
Au-delà de la reconstruction pour stabiliser la Syrie, la France veut éviter à tout prix que Damas ne s’implique au Liban au moment où les Etats-Unis poussent les autorités syriennes à y intervenir pour « s’occuper du Hezbollah » pro-Iran en conflit avec Israël.
« Les récents événements montrent que la France est très marginalisée dans toutes les crises au Moyen-Orient », observe Denis Bauchard, ancien ambassadeur et expert à l’Institut français des relations internationales (IFRI). « Il est certainement très difficile pour la France, comme pour tous les pays européens, de revenir dans le jeu, dans le contexte actuel », dit-il. Si ce n’est par le biais de financements de l’Union européenne.
La visite d’Emmanuel Macron en Syrie est « risquée », estime Fabrice Balanche, soulignant que ce déplacement en forme de légitimation du nouveau pouvoir syrien sera scruté notamment par Israël, avec lequel la relation est déjà très dégradée.
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