Entre complots et critiques virulentes à l’égard de la justice, Tally Gotliv exige d’être entendue
Connue pour ses interventions bruyantes, la nouvelle députée lorgne le ministère de la Justice tout en critiquant les juges et la Constitution ; elle affirme être au-dessus de toute critique.
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Le mois dernier, Tally Gotliv a été expulsée de force d’une audience qui était consacrée au scandale dit « du Qatargate » dans une salle du tribunal de Lod, après avoir interrompu les débats à plusieurs reprises.
Invitée à quitter la salle par un juge, la députée incendiaire du Likud a refusé, affirmant qu’elle bénéficiait de l’immunité parlementaire, obligeant les agents de sécurité à lui faire quitter physiquement les lieux malgré sa résistance. Hurlant depuis un banc placé dans le couloir, Gotliv a comparé l’un des agents au « Judenrat », les conseils administratifs juifs qui avaient été mis en place par le régime d’Adolf Hitler, pendant la Seconde guerre mondiale, et qui étaient contraints de veiller à ce que les ordres donnés par les nazis soient bien exécutés.
Même pour ceux qui sont habitués aux propos sulfureux de la députée, cette insulte a été inacceptable. Les condamnations ont afflué, tant de la part de ses adversaires que de ses alliés, y compris le ministre de la Justice Yariv Levin. Mais Gotliv n’a pas présenté d’excuses, accusant l’agent d’avoir utilisé la violence à son encontre avant « d’aller se plaindre dans les médias ».
Cela n’a pas été la première fois que la nouvelle députée, avocate de carrière, a fait parler d’elle. Elle a fait les gros titres des journaux à plusieurs reprises pour avoir perturbé des procédures judiciaires, notamment à la Haute Cour de Justice ; elle a été sanctionnée pour avoir attribué la responsabilité d’un attentat terroriste au président du prestigieux tribunal et elle a appelé Washington à imposer des sanctions à la procureure-générale.
Elle a également suscité la controverse avec ses publications sur les réseaux sociaux et avec son comportement agressif à la Knesset, partageant des théories du complot et interpellant fréquemment avec violence ses adversaires politiques et les détracteurs du gouvernement. Cela avait notamment été le cas lorsqu’elle s’en était pris avec virulence au représentant d’une famille en deuil lors d’une session parlementaire.
Son approche combative de la politique a fait d’elle l’une des députées les plus reconnaissables de la Knesset – et elle pourrait avoir été à l’origine de son ascension au sein du Likud, le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Un récent sondage réalisé auprès des membres du parti, dont les résultats ont été révélés par le site d’information Walla, a établi que Gotliv, qui était entrée à la Knesset en 25e position sur la liste de la formation, arriverait en deuxième position dans le cas d’une élection primaire hors leadership, juste après l’actuel président du parlement israélien, Amir Ohana.
S’exprimant auprès du Times of Israel lors de deux interviews distinctes, la semaine dernière, Gotliv minimise ce résultat, affirmant qu’elle ne se laisse « pas impressionner par les sondages ».
Elle insiste sur le fait qu’elle consacre tous ses efforts à la lutte contre « la très forte domination bureaucratique dans le pays », dit-elle, et qu’elle se bat aussi contre un système judiciaire qui, selon elle, « fait tout ce qu’il peut » pour porter atteinte à Netanyahu et à son gouvernement de droite.
La plus grande ambition de l’autorité judiciaire, selon Gotliv, est d’abroger la loi sur l’État-nation, une loi fondamentale adoptée en 2018 qui désignait Israël comme foyer juif. Jusqu’à présent, la Cour a rejeté plusieurs requêtes déposées à l’encontre de cette loi, estimant qu’elle n’était pas contraire au caractère démocratique d’Israël.
Gotliv indique que si sa popularité devait lui permettre d’atteindre la première place au Likud après les prochaines élections – le scrutin est actuellement prévu pour l’année prochaine – elle pourrait être « une très bonne ministre de la Justice » qui s’opposera au pouvoir judiciaire.
Sous la direction de Levin, la coalition a tenté de promulguer une législation de grande envergure qui visait à réformer le système judiciaire et à neutraliser son pouvoir de passer outre la Knesset et le gouvernement – un plan de refonte radical qui avait été à l’origine de manifestations massives qui avaient ébranlé le pays avant que cette initiative ne soit mise de côté pour cause de guerre à Gaza.
Gotliv approuve cette tentative de réforme avec enthousiasme, indiquant qu’elle prendra le relais de Levin si l’occasion doit se présenter.
« Je suis sûre qu’il n’y a pas de perspective plus effrayante pour les juges de la Haute Cour et pour les responsables du système judiciaire que de me voir occuper le poste de ministre de la Justice », s’exclame-t-elle.
Équilibre des pouvoirs
Gotliv rejette l’idée que les tribunaux puissent faire partie du système d’équilibre des pouvoirs, insistant sur le fait que l’autorité judiciaire « n’a pas le pouvoir d’annuler les lois ». Elle rejette de la même manière les affirmations faites par ses détracteurs qui ont estimé que le tribunal devait avoir la possibilité d’annuler les lois de la Knesset qui portent atteinte aux droits individuels car, selon elle, « ces droits n’ont jamais été violés ».
Elle accuse le système judiciaire de s’occuper de « problématiques politiques et diplomatiques » – comme les conditions de vie des prisonniers incarcérés pour atteinte à la sécurité nationale au sein de l’État juif – et de « nullifier le pouvoir du gouvernement ».
C’est le pouvoir des tribunaux qui devrait être restreint, soutient-elle.
« La Cour suprême s’est érigée en souveraine, en violation totale de la loi, elle se conduit d’une manière qui ne fait l’objet d’aucun contrôle, il n’y a pas d’équilibre », dit-elle.
Israël n’a jamais adopté de constitution, s’appuyant plutôt sur un système de lois fondamentales malléables auxquelles les magistrats ont donné un statut quasi constitutionnel. Gotliv déclare préférer le système ad-hoc actuel à l’adoption d’une charte démocratique, craignant qu’elle ne rende l’État vulnérable aux changements démographiques.
« Pourquoi suis-je défavorable à une constitution en Israël ? Parce qu’Israël se trouve dans une situation particulière », explique-t-elle. « L’État d’Israël a été créé dans le sillage de la Shoah en Europe… et cet État doit être l’État de la nation juive. S’il y avait une constitution… la loi sur l’État-nation serait abrogée, tout comme la loi du retour [qui garantit la citoyenneté aux Juifs et à leurs familles] ».
Selon Gotliv, les droits fondamentaux des Israéliens sont d’ores et déjà placés sous la protection des lois fondamentales quasi-constitutionnelles existantes.
« L’Histoire a prouvé qu’aucune loi violant les droits de l’Homme n’a été promulguée », assure-t-elle.
Plutôt que d’être limités par les tribunaux, les ministres du gouvernement doivent « être plus assertifs et ils doivent utiliser les pouvoirs dont ils disposent », insiste-t-elle.
« Je ne crie pas »
Membre de la communauté sioniste religieuse, originaire de Bnei Brak, Gotliv, qui est âgée de 49 ans, avait d’abord tenté d’entrer à la Knesset en 2019, en fondant un parti axé sur les droits parentaux qui n’avait recueilli que quelques centaines de voix. Après s’être fait connaître du grand public grâce à sa participation régulière à un panel d’information sur la Treizième chaîne, elle s’était présentée aux primaires du Likud en 2022, se classant à la 30e place. Finalement propulsée à la 25e place sur la liste du parti à la Knesset, elle avait fait son entrée dans les coulisses du pouvoir.
Avant d’être élue, Gotliv était une avocate connue pour s’être spécialisée dans la défense de personnes accusées de crimes sexuels. Elle avait déjà, à l’époque, la réputation d’être virulente.
En 2017, elle avait brièvement fait la Une des journaux après que le juge de la Cour suprême Menahem Mazuz, ancien procureur-général, l’a interpellée à voix forte, pendant une audience, lui intimant de « la fermer ». Mazuz avait ensuite présenté ses excuses pour son accès de colère mais la Cour avait indiqué, dans un communiqué, qu’il était survenu « après les éclats répétés d’une avocate… qui a agi avec effronterie et avec un manque de respect flagrant à l’égard de la Cour ».
À part son titre, les choses ne semblent guère avoir changé. En tant que députée au sein du Parlement israélien, Gotliv s’est taillé une réputation de provocatrice, interrompant les audiences, les réunions des commissions et les débats parlementaires, criant et haranguant ses adversaires.
C’est du moins ce que disent ses détracteurs.
« Je ne crie pas. Pas même un peu », s’étonne Gotliv lors de son entretien avec le Times of Israel.
« Si vous participez aux commissions, vous allez constater qu’en définitive, je ne fais que répondre de manière factuelle. Quand on dit que je hurle, c’est une méthode utilisée par la gauche pour me forger une mauvaise réputation ».
Revenant sur son expulsion récente du tribunal de Lod, Gotliv déclare qu’en vertu de la loi, elle bénéficie non seulement d’une « immunité parlementaire substantielle » à l’encontre de toute responsabilité pénale et civile, mais aussi que les limitations à la liberté de déplacement des citoyens ne s’appliquent pas aux députés. En ayant été expulsée pour avoir perturbé les débats, ce sont ses droits individuels qui ont été violés lorsqu’elle a été sortie de force de la salle, ajoute-t-elle.
« Et avant que vous ne disiez que je crie, sachez que je ne crie pas. J’ai le droit de faire des remarques. C’est exactement la signification du terme d’immunité. J’ai un plus grand nombre de droits qu’un citoyen ordinaire. Pourquoi ? Parce que c’est ça que veut dire : ‘Être un élu’. Quand vous êtes un élu, vous bénéficiez des droits supplémentaires afin de pouvoir mener des activités importantes et appropriées pour le compte de vos électeurs et pour l’ensemble de la population », explique-t-elle.
Affirmant que Levin a commis une « erreur très grave » en condamnant son comportement, Gotliv s’engage à continuer à se faire entendre, ajoutant qu’elle continuera « à utiliser mon immunité, et tous ceux qui me craignent auront des raisons d’avoir peur ».
Immunité parlementaire et théories du complot
La question de l’immunité a été un leitmotiv récurrent dans la courte carrière politique de Gotliv, la députée insistant à plusieurs reprises sur le fait que la police et les autres autorités n’avaient pas le pouvoir nécessaire pour contrôler son comportement – même lorsque ses propos ont débordé sur la calomnie.
Au mois de janvier 2024, le chef du Shin Bet de l’époque, Ronen Bar, avait accusé Gotliv d’avoir délibérément porté atteinte à la sécurité nationale après qu’elle a partagé une théorie du complot affirmant qu’une opposante de premier plan au programme de refonte radicale du système judiciaire qui était avancé par le gouvernement a été surprise en train de s’entretenir avec le chef du Hamas, Yahya Sinwar, avant le pogrom du 7 octobre.
Une affirmation qui avait donné lieu à un procès en diffamation à hauteur de 2,6 millions de shekels. Mais lors d’une audience qui s’était tenue au mois de septembre 2024, Gotliv avait opté pour la provocation, interrompant à plusieurs reprises le juge et lui disant qu’il n’avait aucune compétence à son endroit.
Gotliv avait également affirmé que le Shin Bet avait été impliqué d’une manière ou d’une autre dans le dossier et elle avait révélé que le conjoint de cette responsable du mouvement de protestation travaillait pour les services de sécurité, enfreignant apparemment une loi protégeant l’identité des agents.
Au cours de l’été, le bureau de la procureure-générale a fait savoir que cette dernière, Gali Baharav-Miara, envisageait de déposer une mise en examen contre Gotliv pour avoir rendue publique cette information, sous réserve d’une audience.
Gotliv a refusé de comparaître lorsqu’elle a été convoquée par la police dans le cadre de ce dossier. Elle dit au Times of Israel qu’elle « ne peut être placée dans l’obligation de se présenter en vue d’un interrogatoire » dans la mesure où ses déclarations ont été faites dans le cadre de l’exercice de ses fonctions de députée. Elle accuse le système judiciaire de tenter de « réduire au silence et de terroriser les membres de la Knesset ».
Tentant apparemment de « se défendre » face à ce qu’elle a considéré comme une « attaque », Gotliv exerce actuellement des pressions en faveur de l’adoption d’une loi qui viendrait renforcer l’immunité parlementaire. Les législations en place n’accordent aux parlementaires une immunité automatique contre les poursuites judiciaires que si la Knesset en fait la demande, immunité qui est accordée lorsque le cas est pertinent.
Son projet de loi interdirait les auditions dans le cadre de poursuites civiles lancées à l’encontre des députés – ou l’ouverture de simples enquêtes – à moins que la Knesset ne détermine, avec le soutien de 90 des 120 membres du Parlement, que les faits reprochés au législateur ne se sont pas produits dans le cadre de son travail.
Gotliv a également repris sur Internet des théories du complot concernant l’ancien général Yair Golan, chef du parti d’opposition Les Démocrates, qui affirmaient qu’il était impliqué dans des activités d’espionnage contre Israël dans le sillage du pogrom commis par le Hamas.
Interrogée sur une accusation régulièrement lancée par ses détracteurs, qui déplorent sa tendance accrue à diffuser des infox, Gotliv répond que « nous ne saurons jamais quelle a été l’étendue de la trahison qui a eu lieu le 7 octobre ».
« Je refuse d’accepter que tous les hauts responsables se soient simplement montrés à la fois négligents et stupides », dit-elle. « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il y a eu trahison ».
Ceux qui cherchent à dissimuler leur rôle présumé dans le massacre du 7 octobre ont « un intérêt » à la qualifier de « conspirationniste », continue Gotliv, sans apporter d’élément permettant d’étayer cette affirmation.
« C’est donc moi qui suis visée », indique-t-elle. « Cela dérange les gens que je puisse influencer l’opinion publique – mais si Dieu le veut, je continuerai à agir, à avoir un impact sur l’opinion publique et à soutenir les partisans de la droite de l’échiquier politique dans le pays ».
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







