Face au refus général, Trump fait machine arrière et le projet de relocalisation des Gazaouis vire à la chimère
Aucun pays, sauf l'Indonésie, ne s'est dit prêt à accueillir les Palestiniens ; les autorités israéliennes admettent que le projet soutenu par Netanyahu et l'extrême droite ne se réalisera pas
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Le plan de migration volontaire des habitants de la bande de Gaza, qui a tourné en boucle en Israël et un peu partout dans le monde pendant plusieurs mois lors de la guerre, est bel et bien mort et enterré.
Les autorités israéliennes admettent que ce plan – que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a soutenu avec enthousiasme comme stratégie du « jour d’après » et a même conditionné la fin de la guerre à sa mise en œuvre – est désormais hors de propos. Les hauts responsables proches du dossier reconnaissent qu’il est désormais totalement hors de portée.
Le « service administratif de la migration », dont le ministre de la Défense Israel Katz avait annoncé la création prochaine, en mars dernier, n’existe que sur le papier. Totalement inactif, il sera sans doute prochainement jeté aux oubliettes.
Si le plan a échoué, c’est surtout parce que le président américain Donald Trump s’en est progressivement retiré depuis février dernier, sur fond de refus de la communauté internationale d’accueillir des réfugiés palestiniens venus de Gaza.
Actuellement, l’Indonésie est le seul pays prêt à accueillir des réfugiés – voire toute la population de Gaza, selon certains. Une source politique de haut rang note que tout dépend de la rémunération offerte par les États-Unis.
« Les Indonésiens sont prêts à conclure un accord d’un montant astronomique : tout dépend du président Trump, qui a sérieusement envisagé une migration volontaire. Bien sûr, cela dépend aussi du désir de la population gazaouie », a déclaré la source à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel.
Les incitations au départ volontaire étaient très populaires au début de la guerre. Netanyahu en a même parlé lors de réunions du Likud, et la ministre de la Science et de la Technologie, Gila Gamliel, a rédigé un plan d’action et diffusé des vidéos générées par l’IA de ce à quoi pourrait ressembler la vie à Gaza après ce mouvement de migration.
Par l’intermédiaire de son ministère des Affaires étrangères et du Mossad, Israël a cherché des pays prêts à accueillir les Gazaouis, menant des pourparlers avec des pays africains en développement. Le Congo, la Somalie, le Rwanda, l’Éthiopie ont, entre autres, refusé. Les efforts se poursuivent aujourd’hui encore, en vain.
Vendredi dernier, Israël a, le premier, reconnu la république séparatiste du Somaliland, un temps envisagée comme destination d’accueil, sans que l’on sache si ce mouvement était lié à leur acceptation des Gazaouis.
Selon une source politique proche du dossier, si la plupart des Palestiniens de Gaza souhaitent partir, ils préfèreraient s’installer dans des pays occidentaux, et non en Afrique.
Il y a actuellement environ 2,1 millions de Palestiniens à Gaza.
Selon les autorités israéliennes, un tiers d’entre eux continuent de soutenir le Hamas, un autre tiers soutient le Fatah et le reste est neutre. Leurs options sont limitées car l’Égypte a catégoriquement refusé d’autoriser un exode massif de Palestiniens par le passage de Rafah.
Par ailleurs, Trump – qui avait officiellement annoncé le concept de migration volontaire lors de la visite de Netanyahu à Washington en février dernier – a fait machine arrière suite aux vives critiques de la communauté internationale et même de ses proches collaborateurs. Le monde a en effet interprété ce plan comme une expulsion forcée et non comme une migration.
Entre-temps, la guerre a pris fin et le plan de paix en 20 points de Trump pour Gaza prévoit la création de smart cities et la reprise économique, pas la migration, tout en permettant aux Gazaouis de partir avec des incitations économiques et de revenir à leur convenance, une fois la reconstruction terminée.
L’article 12 du plan Trump stipule : « Personne ne sera contraint de quitter Gaza : ceux qui souhaitent partir seront libres de le faire et libres de revenir. Nous encouragerons les habitants à rester sur place et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza. »
Israël accorde peu de crédit à cette vision utopique et doute de la faisabilité du plan complet en 20 points, avec à la clef le désarmement du Hamas via une Force internationale de stabilisation que Trump déploierait lors de la seconde phase.
Par ailleurs, Israël se refuse catégoriquement à accéder aux demandes de Trump et de l’Union européenne de financer le déblaiement des décombres ou la remise en état de Gaza, estimant qu0il appartient aux pays arabes de le faire.
Du côté des hauts responsables de la sécurité israélienne, on pense que le désarmement ne se fera pas car le Hamas, convalescent, ne déposera pas les armes. Ce qui amènera Trump à admettre que son plan est irréaliste, une erreur stratégique, et le poussera à accepter – à contrecœur – une nouvelle offensive israélienne pour faire capituler le Hamas.
Les autorités israéliennes assurent que le sénateur Républicain américain Lindsey Graham, qui s’est rendu en Israël cette semaine, est lui aussi tenant de ce scénario. Graham s’est entretenu avec Netanyahu, Katz et des chefs militaires et du renseignement : tous les paramètres lui ont été exposés.
Ce qui permettrait à Israël de garder le contrôle sur la moitié de la bande de bande de Gaza pendant encore des années.
Par ailleurs, Katz envisage l’établissement d’implantations composées de soldats dans la zone tampon nord de la Bande de Gaza, dans le but de relancer les implantations d’Elei Sinaï, Nisanit et Dugit, évacuées lors du mouvement de désengagement de 2005, mesure à laquelle Katz s’était opposé.
Dans le but de ne pas irriter les Américains, déjà agacés par ses précédentes déclarations, Katz ne plaide pas explicitement en faveur de la création de nouvelles implantations, expliquant qu’il s’agirait uniquement de postes militaires – semblables aux avant-postes de la péninsule du Sinaï avant la conclusion de l’accord de paix avec l’Égypte.
Jeudi, Katz a déclaré lors de la conférence « Makor Rishon » que l’armée ne se retirerait pas en-deça des lignes d’avant-guerre mais se déploierait sur un vaste périmètre pour prévenir toute menace envers les communautés frontalières de Gaza.
Si cela ne tenait qu’à lui, Katz ferait une réalité du rêve de Bezalel Smotrich et d’autres membres de l’extrême droite de saturer la région d’implantations israéliennes.
Selon eux, cela serait possible après la prochaine guerre – inévitable – à Gaza, dont ils espèrent qu’elle permettra de relancer une bonne fois pour toutes la migration définitive des Palestiniens hors de Gaza.
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