Face aux « chaos et incertitudes » en Iran, Lufthansa réduit ses vols à destination de Tel Aviv
En Europe, des compagnies du groupe Lufthansa ont annulé les vols de nuit vers Tel Aviv, ces prochains jours. La crainte de frappes américaines contre l'Iran perturbe le trafic aérien
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

La décision du groupe Lufthansa d’annuler certains de ses vols à destination et en provenance d’Israël dans les prochains jours, en raison de tensions liées à une possible attaque américaine contre l’Iran, fait craindre que d’autres compagnies aériennes étrangères ne lui emboitent le pas.
« Cette décision ne fait que raviver le chaos et les incertitudes, car nul ne sait ce qui va se passer ni quand quelque chose va se passer », confie au Times of Israel Mark Feldman, PDG de l’agence de voyages Ziontours Jérusalem. « C’est la pagaille pour trouver de la place sur d’autres vols aux passagers qui se retrouvent bloqués, alors qu’il y a très peu de disponibilités et de solutions, ce qui provoque des perturbations et des retards pour les voyageurs. »
C’est en invoquant la « situation actuelle au Moyen-Orient » que le groupe Lufthansa – qui possède les compagnies aériennes SWISS, Austrian Airlines, Brussels Airlines ou encore Eurowings – a annoncé mercredi soir l’annulation de tous ses vols de nuit à destination et en provenance de Tel Aviv et d’Amman du jeudi 15 au lundi 19 janvier.
Ces derniers jours, les tensions se sont exacerbées en raison de la sanglante répression opposée par le régime iranien aux manifestations et du risque imminent de frappes américaines contre la république islamique. Le président américain Donald Trump a, à plusieurs reprises, fait savoir que le recours à la violence contre les manifestants entraînerait une intervention américaine.
L’Iran a rétorqué qu’en cas d’attaque américaine, il s’en prendrait à Israël et aux bases américaines de la région.
Jeudi, des informations ont fait état de tentatives des États du Golfe pour dissuader Trump de mettre ses menaces à exécution.
« Il est inacceptable de prendre une décision sur la base d’une rumeur et d’annuler des vols alors que l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv fonctionne normalement, qu’aucun missile n’a été tiré et qu’il n’existe aucune menace crédible », poursuit Feldman en parlant de la décision de la Lufthansa.
La compagnie aérienne allemande a donc maintenu ses vols de jour mais annulé les vols au départ de grandes villes européennes comme Francfort, Munich, Vienne ou Zurich, supposés arriver à l’aéroport Ben Gurion en soirée ou pendant la nuit. Elle a expliqué que cette réduction de son programme des vols permettrait à ses équipages de rentrer directement d’Israël sans faire escale.
Ces deux dernières années, à la défaveur d’hostilités entre Israël et le Hamas, l’Iran ou d’autres ennemis sur d’autres fronts, les compagnies aériennes étrangères ont, à plusieurs reprises, suspendu leurs vols à destination et en provenance d’Israël, au grand dam des voyageurs réduits à s’adresser aux seules compagnies israéliennes – El Al, Arkia et Israir -. La faible concurrence a fait monter les prix des billets d’avion à des niveaux exorbitants.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu négocié par Trump à Gaza, en octobre dernier, tout a changé. Ces dernières semaines, un grand nombre de compagnies aériennes étrangères qui avaient suspendu leurs vols lors de la guerre ont repris leur activité à l’aéroport Ben Gurion. Du côté des voyageurs israéliens, les tarifs aériens anormalement élevés de ces deux dernières années montrent également des signes de retour à leurs niveaux habituels.
Pour l’heure, la décision prise par le groupe Lufthansa reste isolée, ce qui n’empêche pas les professionnels du voyage et de l’aviation de craindre qu’elle ne gagne d’autres compagnies aériennes étrangères, du fait des incertitudes sur le plan de la sécurité.
« Fort heureusement, nous ne sommes pas encore en haute saison touristique mais nous nous préparons, au cas où d’autres compagnies aériennes étrangères annulent elles aussi », confie Tali Noy, vice-président du marketing et des ventes de l’agence de voyages ISSTA. « Après ces dernières années marquées par la guerre, nous sommes habitués à travailler dans l’urgence. »
De même, Ilana Capauner, vice-présidente commerciale et aviation chez Ofakim FCM, estime que la décision prise par Lufthansa, un des plus grands groupes aériens en Europe, a un « impact » sur l’industrie aéronautique mondiale.
« Si Lufthansa annule des vols, cela va inciter d’autres compagnies étrangères à le faire », souligne Capauner.
Selon Feldman, pour l’heure, il n’existe aucune menace réelle justifiant que les compagnies aériennes étrangères annulent leur desserte d’Israël.
Cette semaine, les autorités du Royaume-Uni et des États-Unis ont revu leurs consignes de sécurité concernant les voyages en Israël mais les compagnies aériennes britanniques et américaines, à commencer par British Airways, Delta ou United Airlines, ont maintenu la desserte d’Israël, avec un programme de vols au départ et à l’arrivée de l’aéroport Ben Gurion.
Le ministère des Affaires étrangères du Royaume-Uni a actualisé ses consignes de voyage vers Israël en conseillant aux ressortissants britanniques d’éviter de s’y rendre « sauf dans des cas importants et urgents ». De son côté, l’ambassade des États-Unis à Jérusalem a revu ses consignes de sécurité et conseille désormais à ses ressortissants, « compte tenu des tensions régionales actuelles », de « différer leurs projets de voyage en cas de perturbations, et de prendre les décisions qui s’imposent pour leur sécurité et celle de leurs proches. »
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