Face aux tensions en Cisjordanie, le chef de Tsahal ordonne un renfort de troupes
Une division d’active placée en alerte en vue d’un déploiement ; Zamir dénonce aussi les "caisses vides" du ministère des Finances sur fond de conflit budgétaire
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamir, a annoncé jeudi matin avoir ordonné un important renforcement des effectifs en Cisjordanie, en raison des récentes tensions dans la région, et il a exigé que le Trésor alloue des fonds supplémentaires à l’armée.
« De nombreux défis nous attendent. Nous poursuivons nos préparatifs opérationnels sur tous les théâtres, de l’Iran au Liban en passant par Gaza, et maintenons un niveau d’alerte maximal face à l’instabilité sur plusieurs fronts », a-t-il déclaré lors d’une réunion d’évaluation avec les hauts responsables de l’armée israélienne.
Zamir a indiqué qu’en raison des tensions en Cisjordanie et à l’approche des fêtes du Nouvel An juif, il avait ordonné à l’état-major d’une division d’active de se tenir prêt à renforcer les troupes dans la région si nécessaire. Une division d’active compte généralement plusieurs dizaines de milliers de soldats.
En temps normal, deux divisions sont déployées en Cisjordanie : la division de Judée-Samarie, responsable de la majeure partie du territoire, et la 96ᵉ division Gilad, chargée de la frontière avec la Jordanie.
« Il faut également se préparer à déployer immédiatement des unités et des bataillons supplémentaires afin de renforcer le secteur », a-t-il ajouté.
Les violences en Cisjordanie se sont fortement intensifiées ces derniers mois, principalement sous la forme d’attaques menées par des habitants d’implantations contre des Palestiniens, mais aussi de plusieurs attaques palestiniennes contre des Israéliens. Les détracteurs de Tsahal et du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu les accusent de fermer les yeux sur les violences commises par des Israéliens contre des Palestiniens, voire de les encourager.
Le plus haut gradé de Tsahal en Cisjordanie aurait averti lundi, lors d’une réunion à huis clos consacrée à la situation sécuritaire, que la recrudescence des violences commises par des habitants d’implantations risquait de provoquer une escalade plus large en Cisjordanie.
Mardi, le député d’extrême droite Zvi Souccot a saccagé un monument dédié aux « martyrs » palestiniens dans un village de Cisjordanie, en présence de soldats de Tsahal.
Lors de la réunion d’évaluation de jeudi, Zamir a déclaré que Tsahal, « dans toutes ses composantes, restera en état d’alerte maximale sur plusieurs fronts pendant toute la période des fêtes », et qu’aucune réduction des effectifs n’était prévue.
Tsahal affirme devoir composer avec des « caisses vides »
Abordant d’autres sujets, Zamir a déclaré : « Malheureusement, nous devons aussi, ces jours-ci, livrer bataille sur le front budgétaire. »
« Alors que Tsahal et ses effectifs sont fortement sollicités sur tous les fronts, nous devons composer avec des ‘caisses vides’. Une telle situation nuit à notre capacité opérationnelle », a-t-il affirmé.
Zamir a souligné que Tsahal avait « pour mission de défendre la sécurité de l’État d’Israël ; c’est notre seule préoccupation ».
« Nous ne nous laisserons pas entraîner dans des questions susceptibles de détourner notre attention de notre mission et de nuire à notre capacité opérationnelle », a-t-il ajouté.
Le ministère des Finances a réagi aux propos de Zamir en affirmant être « pleinement mobilisé en faveur de l’effort militaire » et avoir financé « toutes les opérations de l’armée sur l’ensemble des fronts, à hauteur de centaines de milliards [de shekels], conformément aux besoins de la Défense », précisant qu’il continuerait à le faire.
Le Trésor a indiqué que le budget de la Défense avait triplé en l’espace de deux ans et « que le ministère des Finances a respecté tous les accords conclus ».
« Les responsables de la Défense doivent entendre les appels à une gestion rigoureuse des milliards de shekels dépensés chaque année, afin que ces fonds soient consacrés efficacement à la sécurité de l’État et gérés de manière responsable », a ajouté le ministère.
Les propos de Zamir interviennent également sur fond de différend entre le chef d’état-major de Tsahal et le ministère des Finances au sujet du gel de la pension de l’ancienne avocate générale de l’armée Yifat Tomer-Yerushalmi.
En mai, Zamir avait officiellement démis de ses fonctions Tomer-Yerushalmi en raison de son implication dans le scandale des fuites de Sde Teiman. Tsahal avait alors indiqué qu’elle continuerait à percevoir une pension militaire, mais qu’elle perdrait le bénéfice d’une prime que les chefs d’état-major accordent habituellement aux officiers supérieurs à l’issue de leur service.
Ynet a rapporté jeudi que le comptable général du ministère des Finances avait gelé la majeure partie de la pension de Tomer-Yerushalmi, allant ainsi à l’encontre de la décision de Zamir, dans le cadre de la procédure pénale visant l’ancienne avocate générale de l’armée.
À la suite de ces révélations, le ministre de la Défense Israel Katz a appelé Zamir, dans un communiqué adressé aux médias, à priver Tomer-Yerushalmi de l’ensemble de ses avantages financiers.
Katz a déclaré que « toutes les procédures possibles à l’encontre de l’avocate générale militaire destituée doivent être menées à leur terme et qu’aucune décision susceptible d’alléger sa situation ne doit être prise à ce stade, compte tenu de la possibilité qu’elle soit condamnée et ait à répondre de ses actes avec toute la rigueur de la loi ».
« Il vous appartient d’agir en vertu de l’autorité qui vous est conférée et conformément à la politique que je mène en ma qualité de ministre de la Défense, responsable de Tsahal au nom du gouvernement israélien », a ajouté Katz.
« Des mesures immédiates doivent être prises pour priver l’avocate générale militaire destituée Yifat Tomer-Yerushalmi de l’ensemble de ses avantages financiers », a-t-il demandé à Zamir dans le communiqué transmis aux journalistes par son cabinet.
Les dépenses militaires ont explosé depuis le pogrom perpétré le 7 octobre 2023 par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël, qui a déclenché une guerre sur plusieurs fronts. Depuis, Israël mène des guerres coûteuses à Gaza, au Liban et en Iran, ainsi que des opérations au Yémen. Tsahal cherche également à renforcer considérablement ses effectifs, qui s’étaient révélés insuffisants pour empêcher le massacre du 7-Octobre et les guerres qui ont suivi.
Le budget de l’État adopté en mars, alors que la guerre contre l’Iran, déclenchée le 28 février, était en cours, allouait déjà au ministère de la Défense un montant record de 143 milliards de shekels, soit environ 17 % de l’ensemble des dépenses publiques.
En juillet, le ministère des Finances a annoncé avoir conclu un accord avec le ministère de la Défense prévoyant le transfert immédiat de 15 milliards de shekels supplémentaires au budget de l’armée, alors que Tsahal affirmait être sur le point de mettre à l’arrêt toute une série d’unités.
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