Fermeture d’une start-up israélienne spécialisée dans la culture de viande en laboratoire
Believer Meats, qui cultive de la viande à partir de cellules animales, fait l'objet d'un procès pour plus de 34 millions de dollars de factures impayées
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

La start-up israélienne Believer Meats, une entreprise de biotechnologie qui cultive des produits à base de poulet, d’agneau et de bœuf à partir de cellules animales, a été contrainte de mettre la clé sous la porte après avoir épuisé ses fonds.
Cette décision a été annoncée sur LinkedIn par Anne Schubert, responsable mondiale des ressources humaines et des talents chez Believer Meats : « Après deux ans passés à construire quelque chose de vraiment audacieux et spécial, Believer Meats a pris, la semaine dernière, la décision difficile de mettre un terme à ses activités. »
« Même si le résultat n’est pas celui que nous espérions tous, je suis extrêmement fière de tout ce que nous avons accompli ensemble », a déclaré Schubert.
Believer Meats, anciennement Future Meat Technologies, est présente en Israël et aux États-Unis. La start-up n’a fourni ni explications ni détails supplémentaires sur cette fermeture, et n’a pas répondu aux demandes de commentaires du Times of Israel.
Cette crise financière survient alors que la start-up spécialisée dans la viande cultivée est poursuivie devant la justice américaine par un partenaire de construction de son site de production à grande échelle, en Caroline du Nord, pour un montant présumé de 34 millions de dollars de factures impayées.
Ces derniers mois, Believer Meats est devenue la première entreprise non américaine à obtenir l’autorisation réglementaire de la Food and Drug Administration (FDA) pour démarrer la production commerciale et la vente de son poulet cultivé aux États-Unis, ainsi que pour lancer des exportations vers les marchés internationaux.
Au début de l’année, la start-up a achevé la construction de son site en Caroline du Nord, le seul site au monde dédié à la production à grande échelle de viande de culture, capable de cultiver au moins 12 000 tonnes de poulet par an, sans jamais abattre un seul animal.
La technologie de Believer Meats est basée sur les travaux de son fondateur et scientifique en chef Yaakov Nahmias, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem. Elle a été brevetée par Yissum, la société de transfert de technologie de l’université.
L’entreprise cultive des cellules animales dans des bio-réacteurs, qui sont combinées à des ingrédients d’origine végétale pour aboutir à un produit final qui, dit la start-up, est impossible à distinguer de la viande animale. Les cellules ne subissent aucune modification génétique et peuvent se multiplier indéfiniment. Elles sont exemptes d’antibiotiques, ainsi que de conservateurs et colorants artificiels. Selon la société, ce processus est plus respectueux de l’environnement que l’élevage : il produit 80 % moins d’émissions de gaz à effet de serre, utilise 99 % de moins de terrain et 96 % de moins d’eau douce que la production traditionnelle de viande.
« Après avoir débuté comme une start-up technologique israélienne prometteuse et innovante, Believer Meats, ces deux dernières années, et pour une bonne raison, a transféré une grande partie de ses activités aux États-Unis afin d’accélérer sa mise sur le marché et de construire sa chaîne de production en Caroline du Nord », a fait savoir Tammy Meiron, directrice technique de l’incubateur spécialisé dans les technologies alimentaires Fresh Start, basé à Kiryat Shmona, au Times of Israel. « Ils sont des pionniers dans ce secteur. Avec la charge inhérente de créer à partir de rien une industrie entièrement nouvelle, et de construire des installations de production, alors que les dépenses d’investissement et les opérations sont onéreuses, et entraînent des coûts élevés. »
« Ils ont décidé de cesser leurs activités parce que la période, aujourd’hui, n’est pas propice à la commercialisation. Mais cela finira par arriver, car le besoin est là – et nous ne pouvons l’ignorer -, une fois que les technologies nécessaires seront disponibles », a-t-elle ajouté.
Ces dernières années, les entreprises de viande cultivée ont attiré des investissements importants, grâce à l’engouement et à la dynamique qui entourent ce secteur, sur le point de prendre son essor, lorsqu’il passera de la phase de développement à la production commerciale et à la viabilité économique. En tant qu’unique entreprise de viande cultivée disposant d’une usine de production de masse, Believer Meats a cherché à prouver que la technologie peut fonctionner à grande échelle pour apporter de la viande cultivée aux consommateurs.
« Les coûts d’exploitation courants d’une usine de fabrication biotechnologique, en raison de l’importance de ses équipements, de ses infrastructures et de ses exigences, ne semblent plus, je pense, correspondre au goût du risque de leurs investisseurs actuels », a indiqué Meiron.
À ce jour, Believer Meats a levé 390 millions de dollars auprès d’investisseurs. En 2021, l’entreprise a obtenu 347 millions de dollars lors d’un tour de financement de série B, salué à l’époque comme le plus gros investissement jamais réalisé par une entreprise de culture de viande.
Parmi ses investisseurs figurent ADM Ventures, la branche d’investissement de la multinationale agroalimentaire Archer-Daniels-Midland, basée à Chicago ; la société américaine Tyson Foods, deuxième transformateur et distributeur de produits carnés ; S2G Ventures, un fonds de capital-risque basé à Chicago ; et BitsXBites, le premier fonds de capital-risque chinois spécialisé dans les technologies alimentaires.
Believer Meats a consacré les fonds levés à la construction d’une usine de production à grande échelle en Caroline du Nord, avec la promesse de commercialiser sur le marché américain une viande cultivée similaire à la viande animale en termes d’apparence, d’odeur, de goût, de cuisson et de grésillement.
« Peut-être existait-il un écart entre les promesses et les résultats réels, même si Believer Meats a franchi plusieurs étapes importantes pour se lancer sur le marché. Mais il est devenu clair aujourd’hui que les coûts vont dépasser ceux initialement prévus », a déclaré Meiron.
« Le financement des entreprises de technologie alimentaire a chuté de 70 % par rapport au pic de 2021, et les taux d’intérêt ont grimpé, les investisseurs étant devenus plus sélectifs et exigeant des tests de réalité, après des années d’hyperoptimisme et d’argent facile. »
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