Festivals britanniques : des Juifs tentent de surfer sur la vague de haine anti-Israël
Malgré le climat d’hostilité envers Israël dans la culture musicale, certains spectateurs juifs assurent qu’ils trouvent aisément d’autres personnes partageant leurs valeurs
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Un festivalier déguisé en pape amuse la foule lors du troisième jour du festival de Glastonbury, à Worthy Farm, dans le Somerset, le 27 juin 2025. (Crédit : Oli Scarff / AFP)
Bobby Vylan, du duo britannique Bob Vylan, se laisse porter par le public pendant sa performance sur la scène West Holts, au quatrième jour du festival de Glastonbury, à Worthy Farm, le 28 juin 2025. (Crédit : Oli Scarff/AFP)
Des festivaliers costumés se massent devant une scène lors du quatrième jour du festival de Glastonbury, à Worthy Farm, le 28 juin 2025. (Crédit : Oli Scarff/AFP)
Le drapeau palestinien est brandi par la foule pendant la prestation du groupe de hip-hop Kneecap, lors du festival de Glastonbury, à Worthy Farm, le 28 juin 2025. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)
Naoise Ó Cairealláin (à gauche) et Liam Óg, du trio de hip-hop Kneecap, sur scène lors du festival de Glastonbury, le 28 juin 2025. (Crédit : Scott A Garfitt/Invision/AP)
Michael Garcia brandit un drapeau du festival Supernova, en hommage aux victimes du 7 octobre 2023, lors du festival de Glastonbury, au Royaume-Uni, en juin 2025. (Crédit : Autorisation)
Le drapeau du festival Supernova de Michael Garcia apparaît sur l’écran géant du festival de Glastonbury, à Worthy Farm, en juin 2025. (Crédit : Autorisation)
LONDRES – Lorsque Michael Garcia a couru le marathon de Brighton l’année dernière, il portait un T-shirt « Bring Them Home » [Ramenez-les à la maison] en hommage aux otages toujours détenus par le groupe terroriste palestinien du Hamas et d’autres groupes terroristes dans la bande de Gaza. Un petit geste, certes, mais significatif pour ce Londonien de 48 ans.
C’est pourquoi, lorsqu’il a obtenu des billets pour le festival de Glastonbury cette année, Garcia a voulu donner davantage de visibilité à sa solidarité en apportant un mât de deux mètres pour y faire flotter le drapeau du festival de musique Nova.
Il souhaitait ainsi rendre hommage aux plus de 360 festivaliers brutalement massacrés le 7 octobre 2023 près du kibboutz Reïm, lors du pogrom perpétré par le Hamas, au cours duquel plus de 1 200 personnes ont été assassinées dans le sud d’Israël et 251 autres ont été enlevées pour être emmenées en otages dans la bande de Gaza.
Malgré une certaine appréhension initiale, Garcia a confié que l’expérience avait été « extrêmement positive » et qu’elle avait agi comme « un signal de ralliement pour les Juifs ».
« J’étais évidemment nerveux et je me demandais si c’était une bonne idée, mais dix minutes après la fin du premier concert, j’ai compris que quelque chose de plus grand était en train de se produire et que c’était en réalité joyeux », a-t-il raconté.
« J’ai rencontré trois ou quatre groupes de jeunes Juifs qui sont venus spontanément vers moi après le concert, ainsi qu’une Autrichienne non juive, amie d’un Israélien, qui s’est montrée très compatissante. »
Pour les Juifs et les soutiens d’Israël, des moments comme celui vécu par Garcia ont offert un contrepoint bienvenu à d’autres scènes autrement plus glaçantes observées à Glastonbury, qui s’est tenu du 25 au 29 juin. Parmi elles, la prestation du duo punk Bob Vylan, qui a hurlé qu’il devait « travailler pour un sioniste » et entraîné la foule dans un chant de « Death to the IDF », après avoir affirmé que « le message doit passer par la violence ».
Inconnu du grand public avant ce dérapage, le groupe a depuis été abandonné par son agent et déprogrammé de nombreux événements à venir. La décision de la BBC de retransmettre sa performance en direct a également suscité un tollé.
L’industrie musicale a « un grave problème d’antisémitisme », a dénoncé Adam Sagir, directeur de The Noise Cartel Limited, une agence britannique de relations publiques spécialisée dans le rock, le métal et la musique alternative.
Plusieurs groupes se sont retirés du Radar Festival de Manchester le week-end dernier en signe de protestation contre l’éviction de Bob Vylan, tandis que des huées ont accueilli David Draiman, chanteur du groupe Disturbed, samedi à Birmingham, lors du concert d’adieu de Black Sabbath – apparemment en raison de son soutien à Israël.
Kneecap a brisé le barrage de la haine
Malgré le fait que l’un de ses membres soit accusé de terrorisme pour avoir publiquement soutenu le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, le groupe irlandais Kneecap s’est récemment produit devant 45 000 personnes dans le parc de Finsbury, à Londres – son plus grand concert à ce jour. Par ailleurs, selon le Mail on Sunday, plusieurs responsables juifs de l’industrie musicale ayant demandé son exclusion du festival de Glastonbury ont fait l’objet d’une campagne de harcèlement en ligne.
« C’est le dernier rebondissement d’une tendance profondément inquiétante », a dit Sagir.
« Kneecap a brisé le barrage de la haine en hurlant depuis la scène de Coachella ‘Fuck Israel, Free Palestine’ », poursuit-il.
« Malgré l’annulation de quelques festivals et concerts, le groupe a redoublé dans sa rhétorique. Leur agent et leur management les ont pleinement soutenus, allant jusqu’à solliciter d’autres artistes pour qu’ils signent en guise de soutien et de solidarité. Les médias, eux, les ont encensés, même après leurs prises de position soutenant le Hamas et le Hezbollah. »
« Il y a quelques années, cela aurait été impensable. Aujourd’hui, il semble ‘tendance’ d’apporter son soutien à des organisations terroristes dont les manifestes appellent à l’élimination des Juifs », a-t-il ajouté.
Sagir ne considère pas que les festivals soient devenus intrinsèquement dangereux, mais il observe une forme de malaise grandissant.
« J’ai discuté avec des gens qui ont quitté des concerts en plein milieu choqués par les propos tenus par certains artistes », témoigne-t-il. « Personnellement, j’ai évité certains concerts lors de festivals, et cette année, je renonce à un événement où se produisent des artistes figurant sur la même affiche qu’un groupe particulièrement haineux et obtus, dont je n’ai aucune envie de côtoyer le public. »
Créer des « bulles de lumière
Debs Armstrong est productrice d’événements et organise des festivals de musique depuis plus de vingt ans.
Elle a expliqué que Glastonbury se compose de multiples zones, chacune gérée par différents collectifs, dont deux qu’elle a cofondés. Cette année, elle s’est investie dans une petite zone en coulisses, qu’elle décrit comme un « petit mini club ». Le vendredi soir, elle y a organisé une célébration de Shabbat à la façon de Glastonbury, avec des hallot fait maison.
« J’étais là pour créer une bulle de lumière dans un espace sombre », explique Armstrong. « J’ai choisi de me consacrer pleinement au soutien des autres Juifs que je connaissais sur place, passer un bon Shabbat ensemble, de nous retrouver, et de faire en sorte que chacun sache qu’il y avait des personnes à qui parler en cas de besoin. »
« L’antisémitisme est omniprésent », a-t-elle conclu, ajoutant que « les festivals sont à l’image de la société et de la culture dans laquelle ils s’inscrivent. »
Elle estime toutefois que se tenir à l’écart n’est pas une solution.
« On ne peut pas lutter contre la marée, mais on peut surfer dessus », affirme-t-elle. « Il y a beaucoup de gens formidables qui n’ont pas cédé à l’hystérie collective. Il suffit d’être à leur écoute, qu’ils soient juifs ou non. C’est la même chose pour tout. »
On ne peut pas lutter contre la marée, mais on peut la surfer
C’est également la philosophie adoptée par Romy Pikoos, blogueuse spécialisée dans la cuisine casher, qui a déclaré que « 99,9 % des Juifs ont évité comme la peste cette scène [où se produisaient Kneecap et Bob Vylan] ».
Le concert de Kneecap sur la scène West Holts, samedi après-midi, avait suscité une forte attente, au point que les organisateurs ont dû en fermer l’accès en raison de la foule. Bob Vylan s’y était produit juste avant.
Mais selon Pikoos, il était facile d’éviter cette scène, car des dizaines d’artistes se produisaient ailleurs au même moment. Australienne vivant à Londres, elle explique qu’elle n’a appris ce qui s’était dit sur scène qu’en lisant les réseaux sociaux le lendemain.
« L’ambiance était vraiment différente », raconte Pikoos, 38 ans. « Mais, avons-nous été victimes de discriminations ou avons-nous été traités de manière ignoble parce que nous étions juifs ? Non. »
Elle a passé le week-end avec son mari et des amis, majoritairement juifs. Ensemble, ils portaient des pin’s en soutien aux otages, brandissaient des drapeaux « Ramenez-les à la maison », et ont partagé leur ressenti tout au long du festival.
Les conversations ont pris un autre tour après le concert de Bob Vylan. Le dimanche, en discutant avec des gens dans les files d’attente pour les toilettes ou les rafraîchissements, Pikoos et ses amis ne pouvaient s’empêcher de se demander « s’ils avaient eux aussi chanté ‘Death to the IDF’ la veille » ?
Même si elle décrit son expérience du festival comme globalement positive, Pikoos admet que « la barre est tellement basse pour les Juifs en ce moment ».
Ce n’est pas le moment de se cacher, c’est le moment d’être fier
« Parfois, c’était un groupe obscur, dont on n’avait jamais entendu parler, et on y allait juste pour la musique. Et soudain, ils faisaient un commentaire sur Israël sans même s’être présentés », raconte-t-elle. « À chaque fois qu’un concert se terminait sans aucune prise de position politique, on se regardait tous et on poussait un soupir collectif de soulagement. »
Ces expériences partagées ont créé des liens entre festivaliers, dit-elle. « Je portais une étoile de David pendant tout le week-end. Un homme s’est approché, a sorti la sienne de sa poche, et m’a dit : ‘Je l’ai retirée parce que j’avais peur de la réaction des gens.’ Je lui ai dit : ‘Remets-la. Ce n’est pas le moment de se cacher, c’est le moment d’être fier.’ »
Un partisan d’Israël brandissant un drapeau
Michael Garcia, lui, ne pouvait ni se cacher ni passer inaperçu. Pendant trois jours, ce père de trois enfants a arpenté les vastes terrains de Glastonbury en brandissant un immense drapeau du festival Nova.
« Je ne pouvais pas m’amuser sans rappeler l’événement le plus marquant survenu lors d’un festival de musique dans le monde », a-t-il confié. « Même s’il s’agit d’un geste symbolique, je voulais m’assurer que je représentais celles et ceux qui sont allés à un festival et ne sont jamais revenus. »
Garcia raconte s’être attendu à voir une mer de drapeaux palestiniens. Mais sur place, il n’en a aperçu « qu’un tout petit pourcentage ». En revanche, d’autres causes lui ont paru totalement absentes.
« Je n’ai vu aucun drapeau ukrainien. Aucun drapeau ‘Just Stop Oil’. Rien sur les droits des personnes transgenres. Aucune autre cause ne semble plus avoir d’importance pour la gauche. Rien sur le Soudan, rien sur le Yémen. Rien ».
Puis, le samedi, est venu le discours anti-israélien de Bob Vylan.
« Le dimanche, je marchais entre les scènes en le tenant bien haut. C’est un peu compliqué de schlepper cette grande perche – comme on dit en yiddish – mais je la brandissais partout, et les gens n’arrêtaient pas de m’arrêter. C’était incroyable. »
« C’était très beau de rencontrer des gens et de discuter avec eux », a-t-il ajouté. « Je m’attendais à quelques salutations, mais pas à recevoir des remerciements, ni à entendre à quel point ce geste les aidait. »
Reviendra-t-il à Glastonbury ? « Sans hésitation », affirme Garcia. « Et la prochaine fois, ce sera avec un drapeau encore plus grand et un mât encore plus haut. »
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