Floride : défaite d’un Juif d’origine ukrainienne face à une élue anti-Israël
La victoire de la candidate anti-Israël face à Vindman s'expliquerait davantage par les enjeux locaux que par un réel soutien aux Democratic Socialists of America
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JTA — Mardi, lorsque la socialiste démocrate Angie Nixon, vive critique d’Israël, a, contre toute attente, remporté la victoire aux primaires démocrates pour le Sénat américain en Floride face au juif d’origine soviétique Alex Vindman, les défenseurs d’Israël ont tiré la sonnette d’alarme : même dans le Sud, l’élan démocrate semble glisser vers l’aile la plus à gauche.
Mme Nixon a devant elle un combat difficile pour espérer l’emporter sur sa rivale Républicaine, Ashley Moody. Compte tenu de l’ancrage conservateur de la Floride, il est probable que Mme Moody conserve ce siège, obtenu l’an dernier suite à la démission de Marco Rubio (lui aussi Républicain), une démission présentée lorsqu’il a été promu Secrétaire d’État des États-Unis.
Les deux candidates s’affronteront pour effectuer les deux dernières années de ce mandat, dans un État qui n’a plus envoyé de Démocrate au Sénat depuis 2019. Selon le Cook Political Report, ce siège est « solidement » Républicain.
Le triomphe de Mme Nixon, lors de ces primaires, est aussi la première victoire d’une candidate socialiste démocrate lors d’une élection sénatoriale, cette année, toutes les autres victoires de cette tendance au niveau fédéral ayant eu lieu lors d’élections à la Chambre des représentants.
Elle s’est imposée face au favori, et par ailleurs partisan d’Israël, M. Vindman, qui a disposé d’un budget de campagne bien supérieur et qui était donné gagnant.
D’autres candidats de la gauche du parti ont décroché l’investiture pour le Sénat dans le Maine, le Michigan et le Minnesota. La Floride est le premier État conservateur à avoir soutenu une candidate aussi ancrée à gauche pour le Sénat, ce qui pose la question des raisons du succès de Mme Nixon et de ce qu’il révèle des dynamiques internes au sein de l’électorat Démocrate.
Pour autant, les analystes invitent à la prudence, estimant que cette victoire s’explique davantage par des enjeux politiques locaux et par les erreurs stratégiques de M. Vindman et de son équipe que par une tendance nationale.
« Ils n’ont pas pris sa candidature au sérieux », explique à la Jewish Telegraphic Agency Aubrey Jewett, professeur de sciences politiques à l’Université de Central Florida.
Soulignant que M. Vindman et ses équipes « devaient s’en mordre les doigts », M. Jewett rappelle que Mme Nixon a demandé un débat, ce qui lui a refusé son adversaire.
« Je ne sais pas s’il savait vraiment dans quoi il s’engagait », ajoute Jacob Perry, stratège Démocrate qui a, un temps, envisagé de rejoindre la campagne de M. Vindman.
Lieutenant-colonel en retraite de l’armée américaine, M. Vindman a travaillé pour le Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche et il a joué un rôle important au moment de la première procédure d’impeachment de Donald Trump. Né à Kiev, c’est en qualité de réfugié qu’il a quitté l’ex-Union soviétique, en 1979, avec son père et ses frères et sœurs, pour venir s’installer aux États-Unis.
Selon M. Perry, lors de cette campagne, c’est surtout son statut de nouveau-venu en Floride qui a desservi M. Vindman. Installé dans l’État depuis trois ans, une fois retraité de l’armée, M. Vindman n’était pas au fait de toutes les dynamiques politiques et culturelles.
« Il en sait autant sur la politique floridienne que j’en sais sur la politique ukrainienne », souligne M. Perry.
Revenant sur sa défaite mardi soir, M. Vindman a félicité Mme Nixon pour sa « solide campagne », indiquant dans un message sur X qu’il « ser[ait] à ses côtés dans le combat contre Ashley Moody ».
« Qui aurait pu imaginer qu’un réfugié juif effectuerait un tel parcours au sein de l’armée américaine, à la Maison-Blanche, jusqu’à devenir candidat au Sénat des États-Unis ? », a-t-il ajouté.
Le président Donald Trump s’est réjoui de la défaite de M. Vindman mercredi, qualifiant ce résultat sur Truth Social de « défaite la plus réjouissante d’hier soir » et traitant M. Vindman d’« odieux individu et de traître ».
L’ex-président s’en est pris au choix de M. Vindman de témoigner devant le Congrès au sujet d’une demande adressée par M. Trump au président ukrainien Volodymyr Zelensky – Trump était alors désireux d’enquêter sur l’ex-président Joe Biden. M. Trump avait qualifié cet entretien téléphonique d’« appel banal » et « normal », affirant être « totalement innocent ».
« Vindman devrait être poursuivi pour ce qu’il a fait », a ajouté M. Trump, qui a également qualifié l’adversaire de M. Vindman, Mme Nixon, de « folle d’extrême gauche » promise à une « défaite certaine face à Ashley Moody ».
Mardi, Mme Nixon a remercié M. Vindman pour son action au service de la collectivité et ses « efforts pour faire comprendre aux électeurs de Floride que ce qui se passe actuellement à Washington n’est pas normal ».
« J’ai hâte de travailler avec le lieutenant-colonel Vindman et d’autres personnes pour rassembler la population de Floride », a-t-elle déclaré.
Élue à la législature de l’État pour la région de Jacksonville, Mme Nixon s’est fait connaître en s’opposant vivement aux tentatives des Républicains de Floride de redécouper les circonscriptions électorales pour la Chambre des Représentants, dans un sens susceptible de réduire le nombre de sièges Démocrates.
Bien que Mme Nixon ait rejoint les Democratic Socialists of America (DSA) cette année, elle n’a pas obtenu le soutien officiel de l’organisation. Elle a néanmoins bénéficié de l’appui de jeunes progressistes de Floride, ainsi que des Représentantes du Michigan Ilhan Omar et Rashida Tlaib, figures de proue de la DSA et ardentes critiques d’Israël.
Selon le Miami Herald, Mme Nixon a pris la parole vendredi lors d’un rassemblement controversé à Fort Lauderdale, dont Mme Tlaib était l’invitée d’honneur.
S’agissant de l’absence de soutien officiel de la DSA, le média Politico dit avoir pris connaissance d’échanges internes sur Discord exprimant des réserves sur l’« opportunisme » de Mme Nixon, laquelle n’a rejoint le mouvement que très récemment. À l’époque, le porte-parole de la DSA avait précisé que ce message émanait d’une section locale et que Mme Nixon n’avait pas déposé de demande formelle d’investiture.
Le groupe n’a pas répondu immédiatement aux demandes de commentaires de la JTA.
Mme Nixon a, à plusieurs reprises, accusé Israël de commettre un génocide et elle a reproché à M. Vindman son silence sur la situation israélienne. Au sein du parlement de Floride, elle avait déposé une proposition de loi appelant à « une désescalade et un cessez-le-feu dans l’État d’Israël et en Palestine occupée ». Elle s’est également prononcée en faveur de la suppression de l’aide américaine à l’État hébreu et elle a assuré ne pas avoir accepté de fonds de la part de l’AIPAC.
« Ensemble, nous nous sommes attaqués à l’establishment politique et aux millions de dollars dépensés, venus de l’extérieur de l’État », a déclaré Mme Nixon mardi. « Notre budget était 16 fois inférieur à celui de notre adversaire, et pourtant nous avons gagné. »
Au cours de ces primaires, Mme Nixon a récolté moins d’un million de dollars, d’après les documents de la Commission électorale fédérale (FEC). De son côté, M. Vindman a réuni plus de 16 millions de dollars, une somme considérable dans un État à tendance conservatrice.
Les chiffres disponibles ne relient pas directement ces fonds à l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee), ce qui n’empêche pas le site Track AIPAC de traiter M. Vindman de « pro-Israël » tout en indiquant que le montant de ses soutiens issus des groupes de pression pro-israéliens reste « à déterminer ».
Quelle que soit la provenance de ces fonds, M. Jewett estime qu’il reste à M. Vindman des millions de dollars inutilisés.
« Il lui restait des millions qu’il aurait pu investir dans l’achat de publicités ou dans des événements de terrain, en recrutant davantage de bénévoles pour faire du porte-à-porte », explique M. Jewett.
Les publicités diffusées par M. Vindman ont surtout consisté à le faire connaître et à attaquer Mme Moody, au lieu de s’en prendre à Mme Nixon, tant il était « certain de l’emporter », ajoute le professeur.
Selon M. Perry, les photos publiées par M. Vindman sur les réseaux sociaux durant la campagne ont eu tendance à le montrer en compagnie de personnes « qui lui ressemblent », notamment des anciens combattants non Démocrates qui n’allaient certainement « pas voter pour lui aux primaires ».
En revanche, Mme Nixon a su tirer parti de ses compétences d’organisatrice communautaire pour occuper le terrain, précise M. Perry.
« Angie a compris l’électorat des primaires Démocrates, bien mieux qu’Alex ou même son équipe », conclut-il.
Stephen Sussman, professeur d’administration publique à l’Université Barry, se dit finalement peu surpris par la victoire de Mme Nixon sur M. Vindman, grâce à des propositions qui ont « parlé à la gauche progressiste et aux Démocrates ».
Ses messages, ajoute M. Sussman, ont trouvé un écho « chez les Démocrates du terrain », alors que M. Vindman a pâti d’une image de « figure d’envergure nationale ».
M. Jewett partage cette analyse et ajoute que si les politologues en « avaient fait leur favori, c’est en raison de sa notoriété nationale et du rôle qu’il a joué dans la première procédure d’impeachment contre Donald Trump ».
Dans le cadre d’une élection générale, cette notoriété nationale aurait pu lui donner un léger avantage. Les électeurs indécis, explique M. Jewett, auraient pu apprécier son programme plutôt modéré, son statut d’ancien militaire, ses positions pro-Israël et le fait qu’il possède une arme à feu.
Tout en admettant que M. Vindman aurait pu avoir « un léger avantage sur Mme Nixon » lors de l’élection générale, M. Jewett explique que Mme Moody demeure « la grande favorite » dans cet État conservateur.
« Elle rassemble toujours un nombre considérable de suffrages », conclut M. Perry.
« Elle n’a rien de particulièrement captivant ou de remarquable, mais elle parvient toujours à mobiliser les voix. »
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