France : Après l’adoption de la loi sur l’aide à mourir, Emmanuel Hirsch et Laurent Frémont lancent un observatoire
La structure aura notamment pour mission de documenter les effets de l’application de la loi et d’alerter sur d'éventuelles dérives ; différents rabbins français se sont exprimés contre le texte voté cette semaine
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Aussitôt après l’adoption définitive de la loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté en France, mercredi 15 juillet, deux universitaires opposés au texte ont annoncé la création d’un observatoire de la fin de vie, destiné à documenter les effets de l’application de la loi et à alerter sur d’éventuelles dérives.
Le professeur émérite d’éthique médicale Emmanuel Hirsch et l’enseignant en droit constitutionnel Laurent Frémont ont présenté cette initiative dans un entretien accordé au Figaro. Selon eux, l’entrée en vigueur de la loi ouvre « une nouvelle ère » qui nécessite un suivi indépendant des autorités publiques.
« Alors que l’interdit de tuer se délite, nous ne pouvons pas déserter l’espace public », affirme Emmanuel Hirsch. Il estime que la France vient d’adopter « un des textes les plus permissifs au monde » en matière d’euthanasie et de suicide assisté.
Leur observatoire entend recueillir des données scientifiques, des témoignages anonymisés de patients, de proches et de soignants, et suivre les conséquences concrètes de la loi sur le terrain. Les deux universitaires souhaitent notamment étudier les disparités sociales et territoriales dans l’accès aux soins palliatifs et aux procédures d’aide à mourir, ainsi que soutenir les professionnels de santé qui viendraient invoquer leur clause de conscience.
Pour Laurent Frémont, les futures instances officielles de contrôle ne suffiront pas. « L’approche statistique ne suffit pas. Il s’agit de donner une figure humaine à ce qui, pour certains, se résume à des chiffres », explique-t-il. Selon lui, « aucune instance officielle n’a alerté sur les risques de dérives ».
Les deux hommes craignent notamment une extension progressive du recours à l’aide à mourir, comme ils estiment l’avoir observée dans d’autres pays. Emmanuel Hirsch redoute que cette pratique puisse, à terme, être proposée « comme une alternative au soin » et que son caractère exceptionnel s’efface progressivement.
Ils s’inquiètent également des conséquences pour les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les patients atteints de maladies psychiatriques ou neurodégénératives, ainsi que pour les établissements de santé refusant de pratiquer l’euthanasie.
Une loi adoptée après un long parcours parlementaire
Leur annonce est intervenue aussitôt après l’adoption définitive de la loi par l’Assemblée nationale, au terme d’un parcours législatif de plus de deux ans marqué par de vifs débats.
Le texte a été adopté par 291 voix contre 241, avec 29 abstentions, après plusieurs lectures au Parlement et plusieurs rejets successifs au Sénat. Conformément à la Constitution française, l’Assemblée nationale a eu le dernier mot.
Le président Emmanuel Macron a salué l’aboutissement d’un engagement pris en 2022, évoquant un « modèle français » de la fin de vie et remerciant les parlementaires ayant participé au débat.
La loi ouvre, sous conditions strictes, un droit à l’aide à mourir pour certains patients atteints d’une affection grave et incurable engageant leur pronostic vital, souffrant de douleurs réfractaires ou jugées insupportables, et capables d’exprimer une volonté libre et éclairée.
Ses défenseurs la présentent comme un nouveau droit destiné à répondre à des situations exceptionnelles de souffrance. Ses opposants, parmi lesquels de nombreuses associations de soins palliatifs, des représentants religieux et une partie du corps médical, craignent au contraire une évolution progressive des critères d’éligibilité et une modification durable du rapport de la société à la vulnérabilité, au handicap et à la fin de vie.
La mise en œuvre de la loi est désormais attendue d’ici la fin de l’année, sous réserve de l’examen de plusieurs dispositions par le Conseil constitutionnel, saisi notamment par le Premier ministre et par le président du Sénat.
Avant l’adoption de la loi, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, avait fait partie des responsables des principaux cultes français ayant signé une tribune appelant à « une vigilance éthique » face au projet de loi. Sur Franceinfo, il avait assuré que cette opposition relevait d’une « position humaniste » et non d’une démarche confessionnelle. Défendant l’esprit de la loi Leonetti de 2005, il avait regretté le manque de moyens consacrés aux soins palliatifs et estimé qu’« une société qui ne propose que la mort comme alternative à la souffrance ne peut pas vivre », mettant en garde contre les conséquences d’une banalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.
D’autres responsables religieux, tels Alain Shlomo Senior, grand rabbin de paris, et Gabriel Farhi, rabbin libéral de Judaïsme en mouvement, ont défendu cette semaine des positions similaires. « L’être humain a des limites dans ces domaines d’intervention », a déclaré, vendredi 17 juillet, Alain Shlomo Senior sur Radio J. « Lorsqu’une loi comme celle qui vient d’être votée autorise le suicide assisté, c’est une manière pudique de dire qu’aujourd’hui, un citoyen dispose un choix personnel sur sa vie […]. Il y a ce qu’on appelle les soins palliatifs. Plutôt que de lever cette barrière qui touche à la vie, investissons dans la recherche, trouvons des moyens – qui existent – afin d’atténuer la douleur… Lorsque vous commencez à autoriser l’intervention sur la fin de vie, nécessairement, dans l’évolution de la loi, les choses iront en s’allégeant. »
« La loi Leonetti est amplement suffisante pour autant que l’accès aux soins palliatifs puisse couvrir l’ensemble du territoire national », a quant à lui écrit Gabriel Farhi sur X.
Tout à fait d’accord avec le Professeur @philippejuvin à la fois en tant que rabbin, Aumônier des hôpitaux, citoyen et patient très directement concerné par ces dispositions. La loi Leonetti est amplement suffisante pour autant que l’accès aux soins palliatifs puisse couvrir… https://t.co/VL4Udqi9q7
— Gabriel Farhi גבריאל פרחי (@ravgab) July 15, 2026
la Communauté du Times of Israël !







