Gallant: « Les soldats étaient en première ligne, Netanyahu les a poignardés dans le dos »
"Il n'est pas surprenant que Netanyahu s'oppose à une commission d'enquête nationale. Un tel panel ne manquerait pas de révéler ses mensonges", a dit l'ancien ministre de la Défense
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L’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’avoir trahi les soldats israéliens, lui reprochant également d’avoir menti au sujet des événements du 7 octobre 2023.
« Nous avons un Premier ministre qui ment. Qui manipule l’opinion publique », a déclaré Gallant lors de l’émission Meet The Press, sur la chaîne N12. « Les soldats étaient en première ligne et Netanyahu les a poignardés dans le dos. »
L’ex-député du Likud, limogé de son poste de ministre de la Défense fin 2024, a accusé Netanyahu d’avoir laissé entendre que le retard pris pour entrer dans la ville de Rafah, au sud de Gaza, était dû à la peur supposée des chefs de l’armée israélienne – alors qu’en réalité, il était dû à une pénurie de munitions.
Ces critiques de Gallant à l’égard de Netanyahu interviennent peu après que le Premier ministre a tenté de se distancier des défaillances du 7-Octobre, en publiant l’intégralité du document de 55 pages qui contenait ses réponses au contrôleur de l’État dans le cadre de l’enquête menée par le médiateur sur l’attaque sanglante.
Parmi les citations choisies par Netanyahu figuraient des propos qui semblaient viser à attribuer l’échec de la prévention de l’attaque à ses rivaux politiques et aux responsables de la sécurité, y compris au ministre de la Défense de l’époque, Gallant. Le document mentionnait en outre des délibérations ayant eu lieu au cours du mois qui avait précédé le 7-Octobre, notamment une réunion du cabinet le 12 septembre 2023, au cours de laquelle Gallant aurait dit que la situation sécuritaire à Gaza était « stable », et qu’Israël devait « retenir ses forces » contre le Hamas.
« Netanyahu, même aujourd’hui, ne manque pas une occasion de mentir, d’inciter à la haine et de nuire à l’armée israélienne et au Shin Bet », a indiqué Gallant jeudi après la publication du document. « C’est moi-même qui ai pris la décision de mobiliser l’ensemble du système de réservistes, dès 9 heures du matin le 7-Octobre. Netanyahu s’est contenté de répéter mon ordre plus tard. »
« Il n’est pas surprenant que Netanyahu s’oppose à une commission d’enquête nationale. Un tel panel ne manquerait pas de révéler ses mensonges », a ajouté Gallant.
Netanyahu et Gallant se sont fréquemment affrontés depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement, à la fin de 2022. Le Premier ministre l’avait licencié en mars 2023 — après qu’il a mis en garde contre les dangers pour la sécurité causés par la fracture nationale provoquée par le programme de réforme judiciaire du gouvernement — pour ensuite, face à l’opposition intense de l’opinion publique, revenir sur sa décision.
De son côté, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et ancien membre de la Knesset, Gadi Eisenkot, a adressé vendredi une lettre au contrôleur général Matanyahu Englman, accusant le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’avoir présenté une « défense fabriquée de toutes pièces » en réponse à l’enquête qui avait été lancée par le contrôleur général.
Le Premier ministre a le pouvoir, sous réserve d’une procédure appropriée et d’un recours juridique, de rendre publics des documents initialement confidentiels.
Dans ses réponses à Englman, Netanyahu a cherché à établir, à l’aide de citations partielles et sélectionnées qui avaient été tirées des procès-verbaux du cabinet, qu’il avait à plusieurs reprises poussé à l’assassinat des chefs du Hamas, mais que les responsables de la sécurité s’étaient systématiquement opposés à cette idée.
Une affirmation qui est venue contredire les informations qui laissaient entendre, jusqu’à présent, qu’il avait lui-même refusé à plusieurs reprises d’assassiner le chef du Hamas de l’époque, Yahya Sinwar.
Dans sa lettre à Englman, Eisenkot a accusé Netanyahu d’avoir « construit et publié une défense fabriquée de toutes pièces et adaptée à ses besoins à partir de procès-verbaux confidentiels, tout en abusant de son autorité exclusive an matière de consultation et de publication des procès-verbaux de réunions sensibles. »
« Une situation dans laquelle l’un des principaux responsables, sinon le principal et le plus important, peut diffuser des déclarations trompeuses et fausses et obtenir un avantage sur tous les autres témoins, est inacceptable », a poursuivi Eisenkot, qui, depuis qu’il a quitté le parti HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz, a formé son propre parti politique pour se présenter aux élections, à la fin de l’année.
Eisenkot a ensuite accusé Netanyahu d’avoir utilisé délibérément des documents secrets en cette année électorale « dans le but d’améliorer son image, de se distancier des reproches et de nuire aux autres candidats qui se présentent contre lui ».
Eisenkot a demandé au bureau du contrôleur général de l’État d’autoriser les personnes concernées à examiner l’intégralité des procès-verbaux des réunions mentionnées par le Premier ministre dans sa réponse « partielle et manipulatrice », et il a dit à Englman qu’il serait heureux de « rétablir la vérité » concernant ses propres actions pendant son mandat à la tête de l’armée israélienne.
La lettre d’Eisenkot a fait suite à des critiques similaires formulées par des figures de l’opposition.
L’ancien ministre de la Défense et chef du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, a réagi à ce document en republiant une vidéo datant du 28 septembre 2023, dans laquelle on le voit visiter la zone frontalière de Gaza et critiquer la réponse apportée aux récentes violences le long de la frontière.
De son côté, le chef de l’opposition, Yair Lapid, a déclaré que « contrairement à ce qu’il prétend, Netanyahu a été averti à plusieurs reprises avant le 7 octobre, y compris par moi-même, et il a ignoré tous ces avertissements ».
Et dans une réponse de 12 pages difusée samedi dans la soirée – qu’il a présentée comme le point de vue d’un homme politique chevronné recevant régulièrement des informations en matière de sécurité – Lapid a affirmé avoir assisté à une réunion d’information avec Netanyahu le 21 août 2023, au cours de laquelle les renseignements « indiquaient clairement un risque de flambées de violence à des niveaux totalement différents de tout ce que nous avions connu depuis des années ».
Ce qui l’avait conduit à lancer un avertissement le mois suivant lors d’une conférence de presse, au cours de laquelle il avait indiqué que « nous nous rapprochons d’une confrontation violente sur plusieurs fronts », sans toutefois prédire une invasion totale depuis Gaza.
« Si le chef de l’opposition était au courant, comment le Premier ministre peut-il prétendre qu’il ne savait pas ? », s’interroge Lapid dans son document.
Le leader de Yesh Atid accuse aussi Netanyahu, dans sa réponse, d’avoir mené une politique destructrice visant à renforcer le Hamas en tant que force opposée à l’Autorité palestinienne, une ligne de conduite qui, selon lui, a entraîné les événements du 7 octobre et que Netanyahu a tenté de dissimuler dans sa déclaration au contrôleur de l’État en « s’appuyant sur une série de manipulations de documents secrets, de tromperies délibérées, de fausses versions et sur une tentative constante de rejeter la responsabilité sur ses subordonnés ».
Selon lui, la politique de Netanyahu l’a conduit à ignorer ou à manquer des occasions d’éliminer les dirigeants du Hamas, à acheminer des fonds qataris vers Gaza et à ignorer les avertissements des services de renseignement qui affirmaient que cet argent servait à financer la branche militaire du Hamas.
Dans son document, Lapid demande également où se trouvait Netanyahu entre le moment où il avait été informé de l’attaque à 6 h 29 et celui où il avait procédé à une première évaluation, trois heures et demie plus tard, affirmant que si le Premier ministre avait déclaré être arrivé au quartier général de l’armée israélienne à 8 h, son propre bureau avait indiqué qu’il venait seulement de quitter son domicile à cette heure-là.
Lapid a, de plus, accusé Netanyahu d’avoir omis les recommandations de sécurité du Shin Bet et des dirigeants de l’armée israélienne visant à se préparer à des scénarios d’escalade à Gaza dans les documents soumis au contrôleur de l’État.
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