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Analyse

Global Sumud Flotilla : Ben Gvir fustigé par ses collègues de droite pour sa vidéo. Était-ce voulu ?

Les images du ministre de la Sécurité nationale humiliant des activistes lui ont permis de se démarquer des éléments plus modérés de son camp - même si elles ont suscité l'indignation tant en Israël qu'à l'étranger

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors d'un débat dit « à 40 signatures », à la Knesset, le 10 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir lors d'un débat dit « à 40 signatures », à la Knesset, le 10 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Quand Itamar Ben Gvir a publié la semaine dernière une vidéo le montrant en train d’humilier des activistes de la Global Sumud Flotilla, ligotés et à genoux, les critiques ont fusé de la part des gouvernements étrangers, des ONG de défense des droits de l’Homme et de l’opposition à la Knesset. Mais elles sont également venues de ses propres alliés de droite au sein du gouvernement, qui ont pris leurs distances avec ce tyran grossier et ont dénoncé le tort qu’il a causé, sans y être contraint, à l’image internationale d’Israël, déjà bien mal en point.

C’était peut-être précisément le but recherché.

Depuis ses débuts en tant que militant d’extrême-droite à l’adolescence, Ben Gvir a toujours eu l’instinct d’un homme de scène, et cela n’a pas changé depuis qu’il occupe un poste de ministre d’État, bien qu’il soit à la tête de certaines des agences de sécurité les plus sensibles d’Israël.

À l’approche des élections législatives, cette propension au théâtre politique a offert à Ben Gvir un moyen évident de montrer aux électeurs qu’il se distingue non pas de ses adversaires de gauche, mais de ses alliés de droite qui ont longtemps fait cause commune avec lui – qu’il est prêt à s’en prendre aux ennemis d’Israël, quelles qu’en soient les conséquences pour la réputation du pays.

Et cela s’inscrit dans le contexte d’un effondrement plus général du concept que les Israéliens appellent « mamlachtiyut » – un mot difficile à traduire, dérivé de « mamlacha » (royaume) -, qui renvoie à l’idée que la politique du pays devrait être intègre, digne d’hommes d’État et axée sur l’intérêt national.

« Il existe une crise de confiance envers les institutions israéliennes et un sentiment largement répandu selon lequel rares sont les dirigeants israéliens, voire aucun, qui prennent des décisions ‘mamlachti’ », a déclaré Dahlia Scheindlin, sondeuse, analyste politique et chroniqueuse pour le journal Haaretz, au Times of Israel.

Extraits d’une vidéo diffusée par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, montrant ce dernier en train de narguer des activistes de la Global Sumud Flotilla, ligotés et placés en détention, au port d’Ashdod, le 20 mai 2026. (Crédit : Ben Gvir via X)

Selon Scheindlin, « la population considère que les dirigeants sont intrinsèquement à la solde de partis et d’intérêts sectoriels spécifiques, et non qu’ils agissent pour le bien de l’ensemble du peuple ».

Depuis l’entrée en fonction de la coalition Netanyahu en décembre 2022, le mandat de Ben Gvir à la tête du ministère de la Sécurité nationale a été marqué par ses coups d’éclat : agiter un drapeau d’Israël sur le mont du Temple, effectuer des visites provocatrices dans les villages bédouins ou encore porter un pin’s en forme de nœud coulant à la Knesset lorsqu’il a fait pression pour faire adopter une loi instaurant la peine de mort pour les terroristes palestiniens auteurs d’attentats meurtriers. Une fois la loi adoptée, le nœud coulant a fait son retour – sur le gâteau d’anniversaire de Ben Gvir.

« Tout ce que fait Ben Gvir relève de la campagne électorale, peu importe que nous soyons à trois ans, deux ans, un an ou six mois du jour du scrutin », a déclaré Shmuel Rosner, analyste politique et rédacteur en chef de Madad, un institut israélien spécialisé dans les données et les sondages, au Times of Israel.

« Il n’a jamais vraiment réussi à passer du statut de provocateur, quelqu’un qui se livre à des actes symboliques de défiance, etc., à celui de ministre de type gestionnaire. »

Itamar Ben Gvir montrant l’emblème de la voiture de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, lors d’une interview en octobre 1995. (Crédit : Capture d’écran/YouTube/IBA)

Selon Rosner et Scheindlin, sa base est particulièrement sensible à ce type de discours. Ben Gvir obtient régulièrement entre huit et neuf sièges dans les sondages, tandis que son homologue, le ministre des Finances Bezalel Smotrich, se situe en bas du classement.

« Il existe aujourd’hui une frange de la société israélienne pour laquelle de tels gestes sont un signe d’audace, une marque de rébellion et de jeunesse, un défi lancé aux non-juifs, au monde et aux conventions », a déclaré Rosner.

« Il veut arriver au jour du scrutin pour pouvoir dire : ‘Si vous voulez une droite modérée, votez pour le Likud. Si vous voulez une véritable personnalité de droite, votez pour moi.’ »

Ben Gvir n’est pas le seul homme politique à prendre des décisions politiques pour améliorer sa propre position. Les Israéliens parlent souvent de la mise en œuvre par le gouvernement d’une « économie électorale » à l’approche d’un scrutin, et les opposants au Premier ministre Benjamin Netanyahu l’accusent depuis longtemps de faire passer sa propre survie politique avant l’intérêt d’Israël.

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir (au centre) agitant le drapeau d’Israël lors d’une visite du mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, à l’occasion des célébrations de la Journée de Jérusalem, le 14 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« La majorité des Israéliens a toujours considéré que les décisions de Netanyahu liées à la guerre de Gaza, en particulier le refus d’un cessez-le-feu, étaient motivées par ses intérêts politiques », a déclaré Scheindlin.

« Cela indique une brèche majeure, voire une rupture profonde du contrat social en Israël à cette époque, et cela a touché tout le monde. »

L’opposition anti-Netanyahu a tenté de critiquer le Premier ministre pour avoir négligé le bien-être des Israéliens moyens et s’est emparée de la vidéo de Ben Gvir pour illustrer les dégâts causés à Israël par la coalition.

Va-t-il s’aliéner les électeurs du bloc Netanyahu ?

La question est de savoir si cette vidéo constituera une arme efficace pour les adversaires de Netanyahu à une époque où l’électorat israélien est si polarisé. Les camps pro- et anti-Netanyahu se disputent une poignée de voix, et certaines personnes de ce groupe pourraient adhérer à l’idée de punir les activistes de la flottille, qu’ils considèrent comme des ennemis, même si la méthode employée par Ben Gvir les rebute.

« La vidéo touche peu de monde », a déclaré Scheindlin.

« La plupart des Israéliens s’en moquent, ou ont peut-être trouvé cela de mauvais goût ou nuisible à l’image d’Israël, mais n’éprouvent rien si ce n’est du mépris envers les activistes de la flottille. »

Selon Rosner, le bloc anti-Netanyahu pourrait toutefois convaincre les électeurs indécis en mettant en avant l’idée que Ben Gvir incarne une tendance extrémiste qui « embarrasse » Israël et lui nuit.

« C’est une très petite fraction de personnes encore indécises qui déterminera l’issue de l’élection », a déclaré Rosner.

Parmi elles, a-t-il expliqué, se trouvent « des personnes qui veulent clairement des positions de droite bellicistes, mais qui ne veulent pas de démonstrations d’extrémisme et de polarisation, ni d’une capitulation face aux intérêts particuliers des Haredim ».

Selon Scheindlin, l’impact réel de la vidéo ne se fera probablement pas sentir en Israël, mais à l’étranger. Les images du ministre israélien de la Sécurité nationale harcelant des activistes étrangers ont déjà eu des répercussions internationales qui pourraient hanter Israël à long-terme, quel que soit le vainqueur des prochaines élections.

« Je pense qu’il se comporte simplement comme il l’a toujours fait : comme un voyou et un tyran, et il semble considérer les relations étrangères d’Israël comme une vaste plaisanterie, qu’il peut exploiter pour satisfaire sa base », a-t-elle ajouté.

« Je ne surestimerais pas cet incident survenu en Israël. Comme bien d’autres choses, il semble revêtir davantage d’importance pour les anciens alliés étrangers d’Israël, aujourd’hui en déclin. »

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