Rechercher

Guerre, femmes, démocratie : le regard de deux films sur les manifestations

« In Protest » et « Rising » suivent des militantes, des familles endeuillées et des spécialistes du traumatisme, faisant des rassemblements un prisme sur la société israélienne

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Extrait de « Rising - Voices of Protest and Hope », le documentaire d'Esther Takac de 2026 sur le mouvement de protestation israélien (Autorisation)
Extrait de « Rising - Voices of Protest and Hope », le documentaire d'Esther Takac de 2026 sur le mouvement de protestation israélien (Autorisation)

Deux récents documentaires en langue anglaise braquent leurs caméras sur les mouvements de contestation en Israël, des manifestations contre la refonte judiciaire aux rassemblements hebdomadaires pour exiger un accord sur les otages suite au pogrom du Hamas du 7 octobre 2023.

Ces deux films voient dans ces manifestations des caractéristiques de la vie israélienne, depuis trois ans et demi, mais aussi un des symboles de la force de la société civile.

« In Protest », de Paula Kweskin, parle du mouvement de contestation des femmes en Israël, apparu dès avant le 7-Octobre et qui a pris une urgence nouvelle après le pogrom du Hamas et la guerre qui s’en est suivie à Gaza, alors que surgissaient des informations sur des violences sexuelles perpétrées par des terroristes lors de l’attaque mais aussi sur des otages retenus dans la bande de Gaza.

Mme Kweskin est une avocate américaine spécialiste des droits humains devenue réalisatrice de documentaires. Elle a fondé The 49 %, une organisation à but non lucratif qui utilise le cinéma et les médias pour sensibiliser la population sur les droits des femmes.

Pour les besoins de ce film, sa partenaire de réalisation, Carly Fogel, et elle s’étaient penchées sur les mouvements de protestation des femmes un peu partout dans le monde : à un certain moment, Mme Kweskin a pris conscience qu’un mouvement de cet ordre prenait forme en Israël, dans sa ville natale, à Raanana.

Au final, le film, d’une durée de 52 minutes, suit Moran Zer Katzenstein, fondatrice de Bonot Alternativa (« construire une alternative »), un mouvement de contestation porté par des femmes qui s’est fait connaître lors des manifestations anti-gouvernementales de 2023.

Le groupe s’est notamment fait connaitre par ses « manifestations de servantes », au cours desquelles des femmes vêtues des robes rouges et coiffes blanches des personnages de la dystopie de Margaret Atwood, « La Servante écarlate », ont manifesté contre les violences faites aux femmes et les atteintes à leurs droits.

Extrait de « In Protest », le film de 2026 de Paula Kweskin sur le mouvement de protestation féminin en Israël (Avec l’autorisation de l’auteur)

Mme Zer Katzenstein et Bonot Alternativa ont par ailleurs contribué à mener les appels à reconnaître les violences sexuelles infligées à des Israéliennes par le Hamas, le 7-Octobre, notamment en publiant des encarts publicitaires pleine page dans le New York Times.

Mme Zer Katzenstein a également présenté des preuves concernant ces violences sexuelles lors d’une réunion spéciale aux Nations unies, en décembre 2023.

La réalisatrice de documentaires Paula Kweskin, par ailleurs fondatrice de The 49%, une organisation à but non lucratif dirigé par des femmes qui promeut les droits des femmes dans le monde entier grâce au cinéma et aux médias (Autorisation)

Après que Mme Fogel a filmé Mme Zer Katzenstein en train de témoigner lors de cette réunion à l’ONU, elle a dit à Mme Kweskin : « Nous avons notre film, continue de tourner. »

Le film est devenu l’histoire d’une femme et de la contestation, mais aussi celui d’une femme et de la guerre, dans un geste pour témoigner des mutations du militantisme face à une catastrophe d’une telle magnitude, explique Mme Kweskin.

Ce fut un film difficile à tourner, confie Mme Kweskin, qui a souvent pensé à abandonner le projet.

« On vit la guerre et on la filme aussi ; nul d’entre nous ne savait si les otages allaient rentrer chez eux, nous étions en train d’écrire une histoire dont nous ne connaissions pas la fin », poursuit-elle.

Mais la féministe qu’elle est savait bien que les femmes sont souvent exclues des décisions prises en matière de guerre ou de paix, et qu’un récit sur les femmes, raconté par des femmes, était nécessaire.

Le film est sorti en début d’année, et Mme Zer Katzenstein est aujourd’hui candidate à la Knesset sous la bannière du parti de gauche HaDemocratim, dirigé par Yair Golan.

Au moment d’envoyer son documentaire à des festivals internationaux dans un contexte de boycott culturel larvé contre les films israéliens, elle insiste sur la dimension universelle du militantisme féminin, de la société civile et du parcours d’une femme, entre manifestations de rue et responsabilités publiques.

« Nous désespérément besoin qu’il y ait davantage de femmes à des postes de pouvoir, au cœur de l’appareil législatif », explique-t-elle. « Je suis très fière de ce film qui montre la trajectoire d’une personne ordinaire qui accomplit des choses extraordinaires. »

Portraits de contestations

« Rising: Voices of Protest and Hope », d’Esther Takac, suit la même logique en parlant des rassemblements citoyens nés en 2023 en réaction aux velléités gouvernementales de refondre le système judiciaire, qui ont ensuite muté en des manifestations soutien aux otages.

Mme Takac, psychologue australienne, a passé des mois en Israël à s’occuper de ses proches et travailler. Elle est en effet venue en Israël, début 2024, avec son mari, lui aussi psychologue, pour offrir son aide au lendemain du 7-Octobre.

En arrivant, ils ont été frappés par l’ampleur du mouvement de protestation, au moment où des centaines de milliers d’Israéliens descendaient chaque semaine dans la rue pour manifester en faveur des otages, et que le pays était encore sous le choc du pogrom perpétré par des milliers de terroristes qui ont brutalement assassiné plus de 1 200 personnes, essentiellement des civils, et fait 251 otages, enlevés pour être séquestrés dans la bande de Gaza.

La psychologue traumatologiste et cinéaste Esther Takac en 2023. (Autorisation)

« C’était extraordinaire de voir ces gens trouver la force de se lever et de s’entraider, portés par un sentiment de responsabilité mutuelle », témoigne Mme Takac.

« Rising » suit le parcours de cinq Israéliens, dont deux parents endeuillés, un thérapeute survivant du 7-Octobre, un spécialiste des situations de crise et une psychologue spécialiste des traumatismes.

Compte tenu de son budget très limité, Mme Takac explique avoir filmé des personnes qu’elle connaissait et d’autres, rencontrées sur place, en croisant leur histoire pour dresser le portrait du mouvement de contestation.

Le montage du film s’est fait à un moment où les manifestations étaient encore d’actualité, ce qui explique que chacun des chapitres corresponde à des états émotionnels, et non à des événements.

Chaque chapitre est en effet relié à un verbe qui reflète une étape émotionnelle distincte, au gré des transitions entre cinq histoires personnelles.

En tant que ressortissante d’un pays – l’Australie – en proie à l’antisémitisme et à un fort sentiment anti-Israël, comme en atteste l’attentat terroriste de Bondi Beach de décembre 2025, Mme Takac espère que le film donnera à voir la diversité d’Israël grâce à son récit, tout en nuances, des tensions qui le traversent.

« Il y a une forme de parallélisme, en dépit de la distance, entre l’Australie et Israël », estime Mme Takac. « Je voulais montrer au reste du monde qu’Israël ne se résumait pas à son gouvernement extrémiste. »

« ‘Rising’ est une sorte de document historique », conclut Mme Takac.

« Idéalement, j’aimerais qu’il soit perçu comme un film sur la façon dont une démocratie se défait mais aussi sur ce que la société civile peut faire pour s’y opposer. »

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.