Hadera : Les habitants refusent de prolonger l’exploitation de la centrale au charbon Orot Rabin
Entre 50 et 250 décès prématurés par an sont attribués à la pollution de la centrale, dont la fermeture prévue d'abord en 2022 pourrait être reportée de trois à dix ans
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Les habitants de la région de Hadera, considérée comme la ville la plus polluée d’Israël, où jusqu’à 250 personnes meurent prématurément chaque année de maladies liées à la combustion du charbon, se mobilisent pour empêcher l’État de prolonger à nouveau l’exploitation de la gigantesque centrale électrique d’Orot Rabin, malgré la décision du gouvernement prise en juin 2018 de mettre fin à ses activités d’ici la mi-2022.
Yves Yakobovski, membre du conseil municipal de la ville côtière de Hadera, dans le nord du pays, a déclaré mardi à la commission des Affaires intérieures et de l’Environnement de la Knesset que dans le quartier de Hefsiba, « les gens étendent leur linge et celui-ci devient noir en quelques minutes. Les maisons et les voitures sont recouvertes de poussière de charbon ».
« Nous ne pouvons qu’imaginer les conséquences sur leurs poumons et leur espérance de vie », a-t-il ajouté.
Des études universitaires menées au cours des 25 dernières années ont établi un lien entre la pollution générée par cette centrale et 50 à 250 décès prématurés par an dans la région. Le chiffre le plus bas, également le plus récent, a été avancé en 2016 par Itamar Grotto, alors directeur général du ministère de la Santé.
Hadera est arrivée en tête du classement publié l’an dernier par le ministère de l’Environnement dans son enquête sur la pollution.
Malgré cela, l’Autorité de l’électricité – chargée de définir la politique énergétique nationale – demande une prolongation de trois ans pour les unités au charbon. L’opérateur indépendant du réseau électrique, responsable de la gestion du réseau et de la répartition de la production entre les centrales, plaide pour une prolongation pouvant aller jusqu’à dix ans.
Tous deux affirment vouloir garantir la continuité de l’approvisionnement énergétique.
Ces vingt dernières années, le ministère de l’Énergie s’est concentré sur le développement des réserves de gaz naturel d’Israël, au détriment de l’énergie solaire. Cette dernière ne représente aujourd’hui que 14 % du bilan énergétique national.
Le ministère a ignoré les nombreux avertissements des organisations de la société civile selon lesquels la dépendance à trois principaux gisements de gaz, qui couvrent 70 % des besoins énergétiques du pays, rendait Israël vulnérable.
Au début de la guerre entre Israël et le Hamas, déclenchée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, les champs gaziers de Tamar et de Leviathan avaient dû être fermés temporairement pour des raisons de sécurité. Les champs de Leviathan et de Karish ont également été interrompus pendant la guerre de douze jours contre l’Iran, en juin 2025.
Un monument toxique
Avec ses quatre cheminées géantes, cette centrale électrique emblématique, la plus grande et la plus polluante d’Israël, comprend six unités alimentées au charbon, à raison de deux unités par cheminée.
La cheminée la plus haute n’est plus en service, ayant été remplacée par une cheminée moderne équipée de filtres anti-pollution qui émettent ce qui ressemble à de la fumée, mais qui est en réalité de la vapeur d’eau. Les deux unités modernes utilisent encore du charbon, mais passeront à terme au gaz naturel.
Les quatre unités reliées aux deux cheminées restantes sont ce que Yaniv Deri, membre du conseil municipal de Hadera, a qualifié de « meurtriers silencieux ».
Construites dans les années 1980, elles émettent non seulement du dioxyde de carbone, qui contribue au dérèglement climatique, mais aussi du dioxyde de soufre, des oxydes d’azote et des particules fines invisibles, qui provoquent des maladies respiratoires.
Au fil des ans, l’Autorité de l’électricité a renoncé à installer des épurateurs coûteux pour éliminer les polluants des gaz d’échappement des deux anciennes cheminées, arguant que ces unités devaient bientôt fermer.
Après avoir décidé en 2016 de fermer Orot Rabin conformément aux directives européennes, le gouvernement a approuvé en 2018 une résolution visant à construire deux centrales au gaz naturel à Hadera afin de remplacer les unités au charbon d’ici au 1er juin 2022.
Un an plus tard, le ministre de l’Énergie a repoussé cette échéance à décembre 2025.
L’une des nouvelles centrales à gaz est déjà opérationnelle, la seconde devant entrer en service dans les semaines à venir.
Interrogée sur la date de fermeture des unités au charbon, une représentante du ministère de l’Énergie a expliqué que le charbon resterait nécessaire comme « solution de secours » pour garantir la sécurité énergétique, au cas où les installations au gaz ou solaires seraient touchées par des missiles hostiles. Le ministère envisage, a-t-elle ajouté, une prolongation de trois ans.
À cela, la militante écologiste et ancienne députée Yael Cohen-Paran a rétorqué que le meilleur moyen d’assurer la sécurité énergétique n’était pas de concentrer autant de centrales électriques dans une même région (il existe déjà plusieurs centrales au gaz, en plus de celle d’Orot Rabin), mais d’encourager les ménages à installer des panneaux solaires et des batteries de stockage, créant ainsi des milliers de producteurs d’énergie répartis sur tout le territoire.
Dépassement des émissions
Pour compliquer encore la situation, en mai 2023, le gouvernement a modifié la loi sur la qualité de l’air afin d’autoriser le dépassement des permis d’émission délivrés par le ministère de l’Environnement en cas d’urgence. Le terme « urgence » n’a pas été précisé.
Lors de la réunion de mardi, Shiki Fisher, directeur général de l’Independent Systems Operator (connu sous son acronyme hébreu, NOGA), a révélé que le système électrique avait dépassé ses permis d’émission à 49 reprises depuis le début de l’année, dont dix fois à Orot Rabin, le plus souvent pour éviter des coupures de courant lors d’épisodes météorologiques extrêmes.
La commission a également appris que l’Autorité de l’électricité, absente de la discussion, avait initialement prévu que 3,5 % du mix électrique de cette année proviendraient du charbon. En pratique, cette part a atteint 10 % au cours des trois premiers trimestres, selon les données du cabinet de conseil BDO.
Un représentant du ministère de la Santé a fait remarquer que si les « facteurs économiques, comme la nécessité de maintenir la continuité énergétique, étaient évoqués, jusqu’à présent, personne n’avait mentionné les coûts sanitaires » liés à la poursuite de l’utilisation du charbon.
Le député Yorai Lahav-Hertzano (Yesh Atid) a estimé que le coût pour la santé et l’environnement du maintien en activité d’Orot Rabin, au lieu de la fermer en 2022 comme prévu, s’élevait à près de 6 milliards de shekels.
Aryeh Wenger, scientifique en chef de l’organisation de défense environnementale Adam Teva V’Din, a reproché au ministère de l’Énergie de continuer à dépendre du charbon, estimant qu’il aurait dû prévoir des alternatives.
Il a ajouté qu’Israël ne pourrait pas respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre sans fermer Orot Rabin.
La députée Yael Ron Ben-Moshe (Kakhol Lavan), qui avait demandé la tenue de cette discussion et l’a présidée, a indiqué qu’une nouvelle réunion aurait lieu dans un mois.
Aucun membre de la coalition au pouvoir n’y a participé.
la Communauté du Times of Israël !







