« Honteux » : Kariv reproche à Chikli d’avoir invité un provocateur britannique
Selon le député de l'opposition, la venue de Tommy Robinson est la preuve que le ministre de la Diaspora "ne s'intéresse pas à la lutte contre l'antisémitisme" ; des représentants de son ministère et de celui des Affaires étrangères nient toute participation
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Mardi, à la Knesset, le président de la commission des affaires de la diaspora a reproché au ministre de la Diaspora, Amichai Chikli, d’avoir invité le militant britannique anti-islam et d’extrême droite Tommy Robinson et d’avoir eu des mots durs envers les organisations juives britanniques qui s’étaient opposées à cette visite.
La venue de Robinson en Israël, la semaine passée, a été vécu comme « un camouflet envers les Juifs britanniques et la diaspora », ce qui montre bien que Chikli « ne s’intéresse pas à la lutte contre l’antisémitisme au renforcement de la communauté juive mondiale », a déclaré le président de la commission de l’immigration, de l’intégration et des affaires de la diaspora, Gilad Kariv, membre du parti HaDemocratim.
C’est à l’occasion d’une audience de la commission des relations d’Israël avec « les partis politiques extrémistes aux racines antisémites » que le député de l’opposition libérale a dénoncé ce qu’il a décrit comme des « tentatives hypocrites de la part des politiciens israéliens de faire primer la politique sur l’intérêt supérieur de nos frères et sœurs de la diaspora ».
« Et quand cela vient de la personne en charge des relations avec les communautés juives du monde entier, c’est honteux », a-t-il ajouté.
Membre du parti Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu, Chikli avait fait savoir, début octobre, qu’il avait invité Robinson dans le sillage de l’attentat terroriste contre une synagogue de Manchester, le jour de Yom Kippour, qui a fait deux morts au sein de la communauté juive.
Samedi soir, Robinson a pris la parole lors d’un événement auquel ont assisté un millier de personnes à Tel Aviv, Chikli en tête. Dans la foule, la personne qui a traité Robinson de raciste a été violemment pris à partie.
De son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, Robinson a fondé l’English Defense League, un groupe d’extrême droite anti-immigrés dont les membres sont taxés de racisme, de xénophobie et de terrorisme. Il a été emprisonné à cinq reprises ces 20 dernières années pour des faits allant de la fraude à des infractions liées à la drogue en passant plus récemment par la diffamation d’un jeune réfugié syrien âgé de 15 ans.
« Nous continuerons à lutter contre les politiciens israéliens qui tentent de ‘cashériser’ des personnages ou organisations douteux, d’extrême droite ou d’extrême gauche, notamment ceux ayant des antécédents antisémites. Nous ne laisserons pas l’État des Juifs se transformer en conseil de certification casher des abominations morales de quelque parti que ce soit », a déclaré Kariv mardi.
Il a également déploré le fait que le ministère de la Diaspora n’ait pas délégué de représentant à cette commission et exigé de savoir s’il avait participé au financement de cette visite.
Un représentant du ministère des Affaires étrangères a déclaré en commission qu’il n’avait aucun élément attestant de l’organisation de cette visite avec ses services ; quant-au porte-parole du ministre de la Diaspora, il a déclaré au Times of Israel que Robinson était un invité du ministre, et non du ministère.
Combats contre les Juifs du Royaume-Uni
L’invitation de Chikli, et ses propos élogieux envers Robinson, qualifié de « leader courageux » et de « véritable ami d’Israël et du peuple juif », lui ont valu de sévères condamnations de la part des organisations communautaires juives du Royaume-Uni.
Le Board of Deputies of British Jews, la principale organisation représentative de l’Anglo-Jewry, fondée en 1760, et le Jewish Leadership Council du Royaume-Uni y ont réagi par une déclaration commune qualifiant Robinson de « voyou qui incarne le pire de la Grande-Bretagne ».
Ce n’est pas la première fois que Chikli fait l’objet de critiques de la part des organisations juives de l’étranger et il a, cette fois, répondu aux organisations juives britanniques en accusant le Board of Deputies of British Jews d’être devenu une « organisation politique – ouvertement de gauche, woke et pro-palestinienne ».
Malgré les éloges de Chikli et les nombreux témoiganges de solidarité de Robinson envers Israël et le peuple juif, l’activiste britannique s’est, par le passé, illustré par ses prises de position antisémites.
En 2022, il a publié sur son site Internet Urban Scoop – avant de le supprimer – un article intitulé « La question juive », dans lequel il affirmait qu’il y avait « des Juifs puissants, prétendument sionistes, qui avaient le doigt sur les commandes du pouvoir dans l’industrie du divertissement, les grandes technologies, les médias grand public, l’industrie de la musique, Hollywood et les gouvernements ».
Abordant la visite de Robinson via Zoom lors de la réunion du comité de mardi, le directeur général du Board of Deputies of British Jews, Michael Wegier, a déclaré que les Juifs britanniques « étaient choqués » par l’invitation de Chikli, et que cela avait causé à la communauté juive « un grand embarras ».
“Tommy Robinson is a thug who represents the very worst of Britain. His presence undermines those genuinely working to tackle Islamist extremism and foster community cohesion. Minister Chikli has proven himself to be a Diaspora Minister in name only. In our darkest hour, he has… https://t.co/BswfB4mXZ6 pic.twitter.com/LZ1rkPFzOe
— Board of Deputies of British Jews (@BoardofDeputies) October 4, 2025
Yigal Palmor, le porte-parole de l’Agence juive pour Israël, a lui aussi critiqué le principe de cette visite en déclarant que « seuls les Juifs du Royaume-Uni peuvent dire qui est antisémite ou qui ne l’est pas. En Israël, nous n’avons pas à leur dire que nous savons mieux qu’eux ».
« Ils savent qui est en danger et qui ne l’est pas. Ils savent qui leur est hostile et qui ne l’est pas. Ce n’est certainement pas à nous, depuis notre distance de sécurité, de leur dire qui est à gauche et qui est à droite, ce qui est bien et ce qui est mal », a-t-il ajouté.
Une extrême droite sensibilisée
Depuis qu’il a pris la tête du ministère de la Diaspora, Chikli a fait en sorte de renforcer les relations d’Israël avec les partis d’extrême droite européens, que l’État juif a longtemps boycottés en raison de leurs liens avec l’antisémitisme et le nazisme. Ce soutien ouvert a été condamné par les pays européens.
En mars dernier, le philosophe français Bernard-Henri Lévy et deux membres des autorités allemandes ont annulé leur participation à une conférence sur la lutte contre l’antisémitisme organisée par Chikli, en Israël après avoir appris que des personnalités européennes d’extrême droite avaient également été invitées.
En décembre dernier, c’est l’ambassadeur de Roumanie en Israël qui s’était ému que Chikli se soit entretrenu téléphoniquement avec le candidat à la présidence, Calin Georgescu, adepte des dirigeants roumains qui ont supervisé la mort de près de 280 000 Juifs au moment de la Shoah.
L’an dernier, c’est le président français, Emmanuel Macron, qui s’était plaint de Chikli auprès de Netanyahu après en raison de son soutien ouvert à la candidature de Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national, aux élections présidentielles.
S’adressant au Times of Israel dans le sillage de la réunion de mardi, Kariv a demandé à Chikli de présenter des excuses aux Juifs britanniques, estimant que la visite avait été organisée « pour les besoins politiques du ministre Chikli et du président de la Knesset, Amir Ohana ».
« Le fait que plusieurs ministres et le président de la Knesset se permettent de mener leur propre politique étrangère sans en référer au ministère des Affaires étrangères est un signe de plus de l’absence de stratégie de l’actuel gouvernement. Un signe de plus de la faiblesse du Conseil des ministres du Premier ministre et du Premier ministre lui-même. Israël mérite une politique étrangère plus coordonnée et établie, et non celle des cavaliers seuls de ce gouvernement », a-t-il déclaré.
Interrogé sur la question, le porte-parole de Chikli a rappelé que « depuis des années, l’État d’Israël tente de rallier ceux qui ne lui sont pas favorables – parfois au mépris de ceux qui le soutiennent – tout simplement parce qu’ils ne s’alignent pas sur les vues des anciennes élites occidentales ».
« Le ministère de la Diaspora est fier d’apporter le changement et de renforcer les liens avec les forces conservatrices en Europe et ailleurs dans le monde – à commencer par Tommy Robinson, pour la Grande-Bretagne, le parti VOX en Espagne, le Rassemblement national en France et d’autres encore », a-t-il indiqué.
« Ils ont de la sympathie pour Israël, se sont débarrassés des symboles négatifs du passé et sont l’avenir de l’Europe, en même temps que la solution à l’isolement politique d’Israël. Ils comprennent la menace que représente l’islam radical et la place d’Israël en première ligne de la défense du monde libre », a poursuivi le porte-parole en ajoutant que Robinson était « l’une des voix les plus éminentes de l’Europe en faveur de l’État d’Israël et contre l’islam radical ».
L’équipe du Times of Israel et Stav Levaton ont contribué à cet article.
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