Le controversé Tommy Robinson attire une foule à Tel Aviv ; un participant agressé
Ses partisans louent sa liberté d'expression ; ses détracteurs dénoncent son passé antisémite ; un ex-employé du ToI violemment pris à partie après l'avoir qualifié de "raciste"
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Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

L’activiste britannique de droite dure et anti-islam Tommy Robinson a attiré une foule de plus de 1 000 personnes lors d’un événement organisé samedi soir à Tel Aviv. Le rassemblement s’est terminé sur une note violente, lorsqu’un individu a été agressé par des participants.
Robinson, de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon, est arrivé mercredi en Israël à l’invitation du ministre des Affaires de la Diaspora, Amichaï Chikli (Likud), qui assistait à l’événement. Cette invitation a été fustigée par le Board of Deputies of British Jews et le Jewish Leadership Council, qui ont qualifié Robinson de « voyou représentant le pire de la Grande-Bretagne ».
S’adressant aux journalistes avant l’événement – organisé par le Tel Aviv International Salon, un forum de conférenciers se décrivant comme non partisan destiné aux jeunes adultes et qui « offre une plateforme de débat et de discussion avec des personnalités de premier plan issues de tout le spectre politique » – Robinson a déclaré qu’il était en Israël pour une « mission d’enquête » dans le contexte de ce qu’il a qualifié de « campagne de propagande majeure contre l’État d’Israël et contre les Juifs ».
Il a rejeté les accusations de « génocide » à Gaza et indiqué avoir prévu de se rendre, dans le cadre de son voyage, à Jérusalem, dans un camp de réfugiés palestiniens, ainsi qu’en Cisjordanie, qu’il a désignée par son nom biblique : la Judée-Samarie.
Expliquant son soutien à Israël, Robinson a déclaré considérer ce pays comme « un phare de la démocratie entouré d’États totalitaires régis par la charia ».
Lors de cette conférence de presse, Robinson s’en est pris aux dirigeants juifs britanniques, affirmant : « Ils m’attaquent parce qu’ils sont des figures de l’establishment politique. »
« Les membres du Board of Deputies, qui m’attaquent aujourd’hui, ne le font pas parce qu’ils sont juifs, mais parce qu’ils sont des personnalités politiques établies », a-t-il déclaré, affirmant que tous les Juifs qui l’ont condamné travaillent pour une chaîne de télévision ou un journal britannique grand public et qu’ils « ne représentent pas les Juifs britanniques ».
Malgré ses déclarations répétées de solidarité avec Israël et le peuple juif, Robinson a un long passé de rhétorique antisémite. En 2022, il a publié – puis supprimé – un article intitulé « La question juive » sur son site web Urban Scoop, dans lequel il affirmait qu’il existe « un peuple juif puissant, se prétendant sioniste, qui a la mainmise sur les leviers du pouvoir dans l’industrie du divertissement, les grandes technologies, les médias grand public, l’industrie musicale, Hollywood et les gouvernements ».
Dans un autre passage, il écrivait : « Les Juifs (en général, du moins les Juifs européens blancs) ont un QI moyen de 110 ; ces Juifs se hisseront donc inévitablement au sommet des entreprises, des grandes sociétés, hautes technologies, des réseaux d’information, d’Hollywood, du gouvernement, etc. »
Cet article a été fortement critiqué pour avoir diffusé des clichés antisémites sur le contrôle et l’influence des Juifs. Les groupes de veille britanniques affirment que la position pro-Israël actuelle de Robinson contraste fortement avec son passé marqué par la promotion de théories du complot sur les Juifs.
Interrogé sur cet article lors de l’événement organisé samedi soir, Robinson a rejeté les accusations d’antisémitisme, affirmant qu’il visait tous les « élitistes woke » pour leur rhétorique et leur influence, et que ses propos ne reflétaient pas une idéologie antisémite.
« La communauté juive a besoin d’amis, et ce n’est pas à cause des accusations portées contre moi que je vais m’en aller », a-t-il ajouté.
Interrogé sur la décision du club anglais Aston Villa d’interdire aux supporters du Maccabi Tel Aviv d’assister au match de Ligue Europa qui se déroulera le mois prochain, Robinson a déclaré : « Aujourd’hui Birmingham, demain toutes les autres villes. Je pense que le gouvernement doit intervenir. » Il a ajouté qu’il prévoyait d’assister au match afin de « montrer ce que c’est que d’être un supporter juif venant d’Israël pour assister à un match de football ».
Il a également fait l’éloge des dirigeants de la ligne dure tels que le président américain Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, déclarant : « L’avenir des dirigeants européens, ce n’est pas [le président français Emmanuel] Macron, ce n’est pas Keir Starmer, ce sont des hommes forts. Donald Trump en a fait la démonstration. Netanyahu l’a démontré. »
Lorsque Robinson est monté sur scène, il a été accueilli par une standing ovation et des applaudissements tonitruants. S’adressant à la foule, il a souligné que son enfance à Luton, en Angleterre, avait eu une influence majeure sur son soutien au peuple juif, affirmant avoir grandi dans un environnement antisémite, largement alimenté par ses camarades musulmans, et rappelant un incident au cours duquel l’un de ses amis musulmans avait jeté des pierres sur un Juif ultra-orthodoxe.
Il a également évoqué son activisme et son travail sur plusieurs documentaires, notamment un film inédit intitulé Shalom, qui retrace la vie d’Yisroel Shalom, un Juif orthodoxe britannique ayant vécu dans un quartier à majorité musulmane.
Dans une vidéo tournée en 2014 et diffusée à l’auditoire samedi soir, Shalom raconte avoir vécu dans la peur constante après avoir été agressé physiquement et verbalement à plusieurs reprises, et explique qu’il n’invite personne chez lui par crainte pour sa sécurité. Selon Robinson, Shalom a sollicité l’aide des forces de l’ordre et de personnalités politiques britanniques, mais n’a reçu aucune aide concrète jusqu’à sa mort, dont il n’a pas détaillé les circonstances, affirmant toutefois que Shalom avait été « persécuté à mort ».
Robinson a affirmé que ce documentaire n’avait jamais été diffusé parce que, selon lui, le groupe de défense britannique Hope not Hate avait payé deux de ses employés pour détruire les preuves dans le but de nuire à sa crédibilité.
Faisant référence au rassemblement nationaliste « Unite the Kingdom » organisé le mois dernier à Londres et qui, selon lui, aurait réuni plus d’un million de participants, Robinson a déclaré que le prochain événement, « Unite the West », serait « plus grand » et « plus bruyant ». Cependant, selon The Guardian, le rassemblement du 13 septembre a attiré plus de 110 000 participants, soit beaucoup moins que ce qu’affirme Robinson. Il s’agit tout de même de l’une des plus grandes manifestations nationalistes au Royaume-Uni depuis des dizaines d’années.
« Ce n’est pas un problème britannique. Ce n’est pas un problème israélien. Ce n’est pas un problème européen. C’est notre problème à tous… Tous ceux qui défendent la civilisation occidentale, la liberté d’expression, l’égalité, la démocratie, la liberté, nous devons nous unir face au djihad », a-t-il souligné.
Répondant à ses détracteurs, Robinson a déclaré : « J’aime faire réfléchir les gens… À ces groupes et organisations, et peut-être même à certains Juifs, qui me critiquent aujourd’hui, je dis : ‘Vous finirez par vous réveiller. Nous vous tendons les bras, nous ne sommes pas contre vous. Nous ne sommes pas vos ennemis.’ »
Pourtant, quelques minutes seulement après l’entrée en scène de Robinson, un individu qui perturbait son discours a été physiquement agressé par des participants.
Raoul Wootliff, ancien journaliste du Times of Israel, a crié « Tommy Robinson est un raciste ! » et a brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire « Retourne d’où tu viens », peu après le début du discours de Robinson, provoquant des huées et des cris de « Honte à toi » de la part de la foule.
Alors que Wootliff quittait les lieux, Robinson a déclaré : « L’extrémiste d’extrême gauche a quitté le bâtiment. »
Wootliff a ensuite écrit sur le réseau social X qu’il avait été « frappé à la tête plusieurs fois, qu’on lui avait craché dessus et qu’on lui avait donné des coups de pied alors qu’il était à terre » par les personnes présentes. Il a également dit avoir été aspergé de bière.
« Cela vous dit tout ce que vous devez savoir sur le type de haine qui est accueilli dans notre pays ce soir », a-t-il écrit.
Just got repeatedly punched in the head, spat at & kicked while on the floor by Tommy Robinson supporters in Tel Aviv as I protested his presence in Israel. I told him to get out of our country & go back to where he came from. @AmichaiChikli is a disgrace for inviting him here pic.twitter.com/4DKHe0n9Mi
— Raoul Wootliff (@RaoulWootliff) October 18, 2025
Dans un communiqué adressé au Times of Israel, Wootliff a déclaré : « Nous devons nous opposer au racisme répugnant de Tommy Robinson et à l’adhésion croissante du gouvernement israélien à l’extrême droite. »
« Les Israéliens devraient se tenir aux côtés de la communauté juive britannique, qui lutte depuis des années contre la haine de Robinson et de ses semblables, en refusant de lui donner une tribune », a-t-il ajouté.
« J’ai assisté à cet événement pour faire passer ce message. »
La plupart des participants semblaient soutenir Robinson ; certains sont même allés le remercier pour son activisme et son soutien à Israël avant et après l’événement. D’autres arboraient des signes distinctifs de la droite dure, comme des casquettes « Make America Great Again » (Rendre sa grandeur à l’Amérique) ou « Total Victory » (Victoire totale).
Des partisans présents à l’événement ont été interviewés en direct par Robinson pour expliquer les raisons de leur participation.
« Je suis très en colère de ne même pas pouvoir me rendre en Angleterre parce que j’ai peur d’être arrêtée, parce que j’ose, effectivement, dire ce que je pense… Nous devons ressusciter la bonne vieille liberté d’expression », a déclaré une Britannique.
la Communauté du Times of Israël !







