Impasse sur des fonds supplémentaires nécessaires au budget de l’armée
Le Likud accuse le chef de Yesh Atid de « tenter de tromper les citoyens » ; la réunion entre le Premier ministre et le chef de l'opposition aurait « mal tourné »
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Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le chef de l’opposition Yaïr Lapid se sont rencontrés lundi à Jérusalem lors d’une réunion sur la sécurité.
Le chef de l’opposition reçoit traditionnellement, une fois par mois, des informations du Premier ministre sur des questions sensibles liées à la sécurité nationale. Toutefois, Netanyahu et Lapid, dont les relations sont tendues, n’ont pas toujours suivi ce calendrier.
Selon une source de l’opposition, la réunion a débuté par un point de situation habituel sur la sécurité présenté par Netanyahu. Ensuite, le chef du Directorat de la Planification de l’armée israélienne, le major-général Hidai Zilberman, et le conseiller à la sécurité nationale, Shmuel Ben Ezra, ont rejoint la réunion. La comptable générale, Michal Abadi-Boiangiu, était présente par téléphone.
Selon le bureau de Lapid, Netanyahu a également sollicité le soutien de l’opposition pour reprendre les négociations sur le budget israélien, afin d’allouer davantage de fonds à la défense nationale.
Lapid a répondu qu’il était favorable à une augmentation du financement de Tsahal, mais que ces fonds ne devaient pas provenir de taxes supplémentaires imposées à la classe moyenne ou aux réservistes, a rapporté son bureau. Il a demandé à Netanyahu de prélever ces fonds sur les budgets alloués à ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes.
« Incluez plutôt dans votre proposition la suppression des fonds de coalition détournés et les dizaines de milliards de shekels que vous versez actuellement pour financer l’exemption de service militaire accordée aux Haredim », a lancé Lapid à Netanyahu.
« Dans ce cas, nous soutiendrons également votre proposition à la Knesset. »
Le cabinet du Premier ministre n’a fait aucun commentaire sur cette rencontre.
Le Likud, le parti de Netanyahu, a pour sa part accusé le chef de l’opposition de « vouloir tromper les citoyens » en laissant entendre que la demande du Premier ministre d’octroyer des fonds supplémentaires à la défense pourrait entraîner une hausse des impôts.
« Les affirmations de Yaïr Lapid sont sans fondement et inexactes », a affirmé le parti de Netanyahu dans un communiqué.
« Les politiques économiques menées par le gouvernement ont permis à l’État de percevoir des recettes supérieures aux prévisions. Par conséquent, le déficit s’est également révélé inférieur aux estimations. Dans ces conditions, il est possible d’augmenter le budget de la défense sans recourir à une hausse des impôts. »
Le Likud a précisé que l’augmentation demandée est bien supérieure aux sommes allouées aux fonds de coalition ou aux budgets des communautés ultra-orthodoxes.
« Lapid sacrifie la sécurité d’Israël pour des considérations politiques mesquines », a estimé le Likud.
Ce communiqué du Likud semble toutefois contredire un reportage de la chaîne N12 selon lequel Netanyahu aurait admis, au cours de la réunion, ne disposer d’aucune source de financement supplémentaire pour l’armée israélienne et aurait déclaré que le déficit devrait donc être revu à la hausse. D’après ce reportage, qui ne cite pas ses sources, la réunion aurait « mal tourné » après que Lapid eut demandé une réduction des fonds alloués à la coalition.
À noter que ce communiqué émane du Likud et non du cabinet du Premier ministre, habituellement chargé de diffuser les déclarations officielles de Netanyahu.
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a pour sa part publié un communiqué dans lequel il exhorte Lapid à soutenir l’augmentation du budget de l’armée israélienne, répétant l’affirmation de son parti, le Likud, selon laquelle Israël dispose de suffisamment de fonds pour financer cette mesure.
Katz a expliqué qu’Israël est confronté à « des défis sécuritaires majeurs qui exigent des décisions immédiates ». Il a assuré que le pays disposait des fonds nécessaires à cette hausse budgétaire, qui, selon lui, permettrait d’augmenter les salaires des réservistes, de renforcer la sécurité aux frontières et d’accroître la production d’armes.
Cet octroi de fonds supplémentaires, a précisé Katz, nécessite la tenue d’une session de la Knesset ; il a accusé Lapid de se livrer à des manœuvres politiques.
« Pour dissiper tout doute, la situation économique est bonne et les fonds nécessaires sont disponibles auprès du ministère des Finances. Ce qu’il faut, c’est une loi formelle votée par la Knesset, sans lien avec une quelconque hausse d’impôts ou autre disposition budgétaire », a indiqué Katz.
Et d’ajouter : « Il n’est pas juste de mêler la question de la sécurité au jeu politique habituel entre le gouvernement et l’opposition concernant diverses dispositions budgétaires. »
Les dépenses militaires ont explosé avec les guerres coûteuses menées par Israël à Gaza, au Liban et en Iran, ainsi qu’avec les opérations au Yémen, depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023. Tsahal tente également de renforcer significativement ses effectifs, qui se sont révélés insuffisants pour empêcher le 7-Octobre et les guerres qui ont suivi.
Le budget de l’État adopté en mars, dans le contexte de la guerre contre l’Iran qui a débuté le 28 février, allouait déjà au ministère de la Défense un montant record de 143 milliards de shekels, soit environ 17 % du total des dépenses prévues.
En juillet, le ministère des Finances a déclaré avoir conclu un accord avec le ministère de la Défense prévoyant le transfert immédiat de 15 milliards de shekels supplémentaires de ressources budgétaires à l’armée, alors que Tsahal avait annoncé être sur le point de mettre à l’arrêt plusieurs unités.
Depuis des mois, l’armée réclame 40 milliards de shekels supplémentaires pour financer l’acquisition d’armement et d’équipements.
Le mois dernier, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a déclaré : « Nous sommes malheureusement aujourd’hui engagés dans une bataille autour du budget. »
« À l’heure où l’armée israélienne et son personnel sont mobilisés sur tous les fronts, nous devons faire face à des ‘caisses vides’. Une telle situation nuit à la préparation opérationnelle de l’armée », a-t-il affirmé.
La chaîne N12 a rapporté lundi que les fonds supplémentaires n’ayant pas encore été versés au ministère de la Défense, l’acquisition d’une escadrille de 12 hélicoptères Apache, que Tsahal sollicite depuis le début de l’année 2024, pourrait être retardée de trois ans maximum, car un autre client prendra la place d’Israël si celui-ci ne conclut pas l’accord.
De telles menaces ont déjà été utilisées par des responsables militaires et du ministère de la Défense lors de points presse avec les médias afin d’obtenir des financements supplémentaires.
Fin janvier, les États-Unis ont approuvé la vente potentielle d’Apache pour un montant de 3,8 milliards de dollars.
Selon des responsables israéliens de la défense, l’acquisition des hélicoptères Apache fait suite aux enseignements tirés du 7-Octobre et des combats dans la bande de Gaza.
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