Israël accuse l’ONU de ne pas avoir collecté l’aide à Gaza et affirme travailler à faciliter son acheminement
Selon le groupe Gisha, l'État se soustrait à ses obligations légales, et le tribunal a laissé faire en autorisant l'État à retarder sa réponse de plus de deux mois
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Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Vendredi, avec plus de deux mois de retard, l’État a envoyé sa réponse à une requête adressée à la Haute Cour de justice demandant une aide humanitaire « importante » pour Gaza. Dans sa réponse, l’État a largement blâmé les agences des Nations unies pour ce qu’il a qualifié d’échec dans la distribution de l’aide sur le territoire.
Malgré cet échec présumé de l’ONU, l’État a déclaré que l’armée israélienne avait oeuvré ces derniers jours « pour permettre et faciliter l’acheminement de l’aide vers sa destination », tout en recherchant « des solutions supplémentaires » pour la collecte et la distribution de l’aide.
L’État a en outre suggéré de transmettre à la cour « les informations les plus récentes » sur la situation de l’aide humanitaire dans trois semaines, laissant entendre que la tenue d’audiences sur la requête n’était pas nécessaire à ce stade.
La réponse de l’État intervient alors que l’armée israélienne a, pour la première fois depuis le début de la guerre contre le Hamas, largué des vivres sur Gaza. Elle a de surcroît annoncé dimanche matin qu’elle observerait quotidiennement une trêve humanitaire de 10 heures dans ses opérations militaires, afin de permettre la distribution de l’aide.
Ces mesures surviennent dans le contexte d’une situation humanitaire de plus en plus grave dans la bande de Gaza. On signale notamment une augmentation des cas de malnutrition sévère et aiguë, ainsi que des décès d’enfants dus à la famine.
L’organisation de défense des droits humains Gisha, à l’origine de la requête, a accusé l’État de ne présenter « qu’une description partielle de la réalité » et « de tenter d’échapper à ses responsabilités concernant sa politique de restriction et d’entrave à l’entrée de l’aide humanitaire ».
Le groupe a également accusé le tribunal d’avoir « facilité » les agissements de l’État. Il a notamment fait valoir que le juge Yosef Elron, qui préside l’affaire, a accordé à l’État un délai de plus de 2 mois pour répondre à la requête, affirmant que de ce retard avait résulté « la catastrophe humanitaire dans la bande de Gaza dont le monde est témoin ».
L’ONU a rejeté la semaine dernière des accusations similaires à celles formulées par l’État dans sa réponse à la requête, alléguant que les autorités israéliennes avaient rejeté une grande partie des demandes de collecte et de distribution d’aide, et ajoutant que des obstacles bureaucratiques, logistiques et administratifs – ainsi que les hostilités en cours – avaient entravé la capacité de l’ONU à acheminer l’aide à l’intérieur de la bande de Gaza.
Selon la réponse donnée par l’État à la requête, 4 242 camions d’aide humanitaire ont été déchargés au poste frontière de Kerem Shalom, dans le sud de Gaza, entre le 19 mai et le 24 juillet. Quelque 2 086 autres camions d’aide destinés aux centres de distribution de la Fondation humanitaire de Gaza ont été déchargés, et 1 890 ont été collectés.
« Parallèlement, on constate aussi des lacunes, principalement la collecte partielle par l’ONU du contenu des camions déchargés du côté gazaoui de la frontière », a précisé l’État.
« L’armée israélienne travaille actuellement en coopération avec des organisations internationales afin de permettre et de faciliter l’acheminement de l’aide jusqu’à sa destination. Elle s’efforce également de trouver des solutions supplémentaires pour la collecte, la distribution et le transport de l’aide à l’intérieur de la bande de Gaza », a-t-il poursuivi.
Concernant les nombreuses informations selon lesquelles des soldats de l’armée israélienne auraient tiré et tué des Palestiniens qui cherchaient à obtenir les colis d’aide humanitaire fournis par la GHF, l’État a fait savoir que les « autorités compétentes de l’armée israélienne » examinaient ces incidents, et que « toute allégation de violation de la loi et des ordres ferait l’objet d’une enquête approfondie ».
Ces incidents ont également été examinés et présentés aux hauts responsables de l’armée israélienne « dans le cadre du processus d’apprentissage opérationnel », afin « d’améliorer la réponse opérationnelle » et « de réduire autant que possible les tensions entre les soldats de Tsahal et la population civile ».
Selon l’ONU, près de 1 000 Palestiniens ont été tués alors qu’ils tentaient d’accéder à l’aide fournie par la GHF. L’armée israélienne a contesté ce chiffre, mais n’a pas communiqué ses propres estimations.
L’organisation Gisha a dénoncé la réponse donnée par l’État, affirmant que ce dernier tentait de se soustraire à ses responsabilités en vertu du droit international.
« L’État ne présente qu’une description partielle de la réalité, et essaie d’échapper à ses responsabilités quant à sa politique de restriction et d’obstruction de l’entrée de l’aide », a rapporté l’organisation Gisha, soulignant que la réponse de l’État « dissimule l’échec cuisant » de la GHF et la mort de nombreux Palestiniens tués alors qu’ils tentaient d’obtenir l’aide distribuée par la Fondation.
« L’État attribue la responsabilité de la situation catastrophique en cours dans la bande de Gaza aux organisations internationales, et se soustrait aux obligations que lui confère le droit international de faciliter la distribution sécurisée de l’aide à la population », a ajouté Gisha.
Le groupe a fait savoir qu’il renouvellerait sa requête, afin que la Haute Cour ordonne l’ouverture complète des points de passage, et qu’Israël « garantisse un fonctionnement sûr et sans entrave des Nations Unies et des autres organisations humanitaires dans toute la bande de Gaza ».
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