Israël demande aux hôpitaux de Gaza de se préparer à des évacuations massives
Le Hamas a rejeté ces appels de Tsahal ; Netanyahu a réuni ses ministres pour approuver ses plans ; les humanitaires craignent le déplacement de Gazaouis déjà affaiblis
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

Jeudi, les autorités israéliennes ont demandé aux hôpitaux et aux organisations internationales du nord de la bande de Gaza de se préparer à des évacuations massives de civils, alors même qu’elles poursuivent leur campagne visant à prendre le contrôle de la ville de Gaza.
Cette annonce de Tsahal est intervenue alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’apprête, selon certaines informations, à rencontrer de hauts responsables militaires et quelques ministres de premier plan afin d’approuver des plans de guerre, alors même que les médiateurs et les familles des otages font pression sur Jérusalem pour une reprise de ses initiatives en vue d’un cessez-le-feu.
Ces appels à l’évacuation ont été rejetés par le ministère de la Santé dans la bande de Gaza, qui est placé sous l’autorité du Hamas.
Dans un communiqué, le ministère géré par le groupe terroriste « exprime son rejet de toute mesure qui affaiblirait ce qui reste du système de santé après sa destruction systématique » par l’armée israélienne, en réponse à « la demande des autorités d’occupation (Israël, ndlr) de transférer les ressources du système de santé du gouvernorat de Gaza vers le sud » du territoire.
« Une telle mesure priverait plus d’un million de personnes de leur droit aux soins médicaux et exposerait la vie des résidents, des patients et des blessés à un danger imminent », a assuré le ministère, qui a appelé les « organisations internationales et onusiennes à agir pour protéger ce qui reste du système de santé ».
Jeudi soir, Netanyahu a indiqué avoir « ordonné d’entamer immédiatement des pourparlers » pour la libération de « l’ensemble des otages » détenus à Gaza, tout en s’efforçant parallèlement de faire approuver le plan du gouvernement visant à prendre le contrôle de la ville de Gaza. Le cabinet du Premier ministre a toutefois précisé qu’Israël n’enverrait pour l’instant pas d’équipe de négociateurs dans les pays médiateurs, l’Égypte et le Qatar.
Jeudi, en déplacement dans le sud de Gaza, le chef d’état-major de Tsahal, le lieutenant-général Eyal Zamir, a annoncé que l’armée poursuivait l’offensive prévue visant à prendre le contrôle de la ville et à chasser le Hamas de ses derniers bastions dans la région.
« Nous intensifions nos efforts en vue d’intervenir dans la ville de Gaza. Certains de nos combattants opèrent déjà en périphérie de la ville. Des renforts les rejoindront plus tard », a fait savoir Zamir aux soldats présents à Khan Younès, qui avaient repoussé une attaque du Hamas contre leur campement mercredi.
L’offensive prévue a suscité une levée de boucliers internationale. Gouvernements et organisations humanitaires ont mis en garde contre les conséquences potentiellement catastrophiques pour les civils de Gaza, à l’instar de la malnutrition généralisée durant les 22 mois de guerre, qui s’est récemment aggravée de manière considérable.
Fait rare et signe d’un désespoir croissant face à la situation à Gaza, les habitants ont organisé jeudi une manifestation contre la guerre.
Lors d’une manifestation organisée par plusieurs associations civiles, des centaines de personnes ont défilé dans les rues de la ville de Gaza, brandissant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire « Sauvez Gaza, ça suffit » et « Gaza meurt sous les balles, la faim et l’oppression ».
Au début du mois, le cabinet de sécurité a approuvé un plan général visant à prendre le contrôle de la ville de Gaza. Mercredi, Tsahal a entamé le processus d’appel des 60 000 réservistes qui devraient être mobilisés pour mener à bien cette offensive, après que le ministre de la Défense, Israel Katz, a validé les plans de l’armée.
Selon une source proche du Premier ministre, l’objectif de la réunion de jeudi était de permettre à Netanyahu et au cabinet de sécurité d’approuver des plans opérationnels spécifiques.
On ignore si les ministres discuteront également de la proposition d’accord de libération progressive des otages acceptée lundi par le Hamas, à laquelle Israël n’a pas encore donné de réponse officielle. Netanyahu a indiqué ne pas être intéressé par cet accord, qui prévoit un cessez-le-feu de 60 jours et la libération d’environ la moitié des otages, puis la tenue de négociations sur le sort des autres otages et la fin du conflit. Il a affirmé qu’Israël n’accepterait désormais qu’un accord global prévoyant la libération de l’ensemble des otages.
Au début du mois, le cabinet a autorisé Netanyahu et Katz à prendre des mesures sur la prise de contrôle de la ville de Gaza sans avoir à convoquer le cabinet à chaque fois.
Zamir a fait savoir aux soldats que les responsables militaires « échangeaient avec les dirigeants politiques au sujet des plans à venir, et s’efforçaient d’obtenir les meilleurs résultats opérationnels sur le terrain afin de leur présenter le plus large éventail d’options possible », selon un communiqué publié jeudi par l’armée israélienne.
Cette offensive devrait obliger jusqu’à un million de civils palestiniens habitant la ville de Gaza et ses environs à fuir vers le sud.
Pour préparer ce déplacement de masse, l’armée israélienne a annoncé jeudi avoir commencé à émettre des « avertissements préliminaires ». Des officiers du COGAT, l’unité du ministère de la Défense chargée de la coordination avec les civils de Gaza, ont demandé aux responsables médicaux et aux organisations humanitaires du nord de l’enclave « de se préparer au déplacement de la population vers le sud de la bande de Gaza ».
« Je vous informe de la possible arrivée de l’armée dans la ville de Gaza. Une évacuation complète de la ville est prévue, vers le sud de la bande », a transmis un officier du COGAT lors d’un appel téléphonique avec un responsable de la santé à Gaza, selon une transcription fournie par l’armée israélienne.
Le haut responsable a recommandé aux autorités de prévoir l’envoi de matériel médical dans le sud, et de préparer les hôpitaux à accueillir ceux qui seront contraints de quitter la ville de Gaza.
« Nous allons vous fournir un endroit où vous installer. Il pourra s’agir d’un hôpital de campagne ou de tout autre type d’établissement médical », a-t-il ajouté.
Selon l’armée israélienne, les officiers ont insisté auprès des responsables médicaux de Gaza sur le fait que « les infrastructures hospitalières du sud de l’enclave sont actuellement en cours d’adaptation, afin de pouvoir accueillir les malades et les blessés, parallèlement à l’augmentation des livraisons du matériel médical nécessaire, conformément aux demandes des organisations humanitaires internationales ».
Mercredi, l’armée a signalé le début des mesures visant à mettre en place des infrastructures humanitaires dans le sud de la bande de Gaza, notamment avec l’autorisation, ces derniers jours, de l’entrée de tentes et de matériel d’hébergement dans l’enclave.
Des milliers de Palestiniens de la ville de Gaza ont déjà abandonné leurs maisons, alors que l’armée israélienne a intensifié ses bombardements sur les quartiers de Sabra et Tuffah. Selon des informations des habitants, certaines familles se sont réfugiées dans des abris le long de la côte ; d’autres se sont déplacées vers le centre et le sud de l’enclave.
« Nous sommes confrontés à une situation extrêmement difficile : mourir chez nous, ou partir et mourir ailleurs. Tant que cette guerre se poursuivra, notre survie restera incertaine », a déploré Rabah Abu Elias, 67 ans, père de sept enfants.
Jeudi, une roquette a été tirée en direction d’un corridor utilisé pour acheminer l’aide humanitaire, dans le sud de la bande de Gaza, depuis une zone proche de l’hôpital Nasser à Khan Younès, a informé Tsahal, ajoutant que la roquette a été tirée alors qu’un convoi de camions se dirigeait vers le point de passage de Kerem Shalom pour récupérer l’aide.
Selon l’armée, la roquette est tombée à environ 300 mètres de l’itinéraire du convoi. L’incident n’a fait aucun blessé.
« Ce tir est un nouvel exemple des tentatives incessantes de l’organisation terroriste de systématiquement et brutalement saboter le passage de l’aide humanitaire fournie par les organisations internationales, et de perturber la distribution de cette aide aux Gazaouis », a expliqué l’armée israélienne.
« Fragilité extrême »
Les organisations humanitaires internationales ont averti que l’offensive aggraverait la situation déjà désastreuse dans la bande de Gaza.
Jeudi, Philippe Lazzarini, directeur de l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA), a fait part de ses inquiétudes sur le fait que les enfants souffrant de malnutrition à Gaza risquent de mourir si des mesures d’urgence ne sont pas immédiatement mises en place durant l’offensive sur la ville de Gaza.
Selon lui, les données de l’UNRWA montrent que le nombre d’enfants souffrant de malnutrition dans la ville de Gaza a été multiplié par six depuis mars.
« Nous avons une population dans un état de fragilité extrême, qui va être confrontée à une nouvelle offensive militaire de grande envergure », a-t-il déclaré lors d’une réunion du Club de presse de Genève. « Nombre d’entre eux n’auront tout simplement pas la force de supporter un nouveau déplacement. »
Et d’ajouter : « Beaucoup ne survivront pas. »
Sans citer Israël, Lazzarini a qualifié ce qui se passe à Gaza de « famine organisée », soulignant une utilisation de la nourriture « comme arme de guerre ».
La Croix-Rouge, quant à elle, a parlé d’une offensive à venir « intolérable ».
« Une intensification de l’offensive à Gaza signifie davantage de morts, de déplacements, de destructions et de panique », a indiqué à l’AFP Christian Cardon, porte-parole en chef du Comité international de la Croix-Rouge.
« Gaza est un espace fermé, dont personne ne peut s’échapper (…) et dans lequel on assiste à une réduction drastique de l’accès aux soins médicaux, à la nourriture et à l’eau potable », a poursuivi Cardon. « Par ailleurs, la sécurité des travailleurs humanitaires se détériore d’heure en heure. »
La Croix-Rouge est vivement critiquée en Israël depuis le massacre perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023, pour n’avoir apporté aucune aide significative aux 251 otages enlevés lors de l’attaque, qu’il s’agisse de surveiller leurs conditions ou de leur fournir une aide humanitaire de base, notamment des médicaments.
Jeudi, les autorités en charge de la santé contrôlées par le Hamas ont annoncé jeudi la mort de deux personnes supplémentaires en raison de la famine et de la malnutrition, portant à 271 le nombre de Palestiniens, dont 112 enfants, décédés de ces causes depuis le début de la guerre.
Israël conteste ces chiffres, qui sont invérifiables.
Le COGAT a précédemment fait savoir qu’il déployait des efforts considérables pour s’assurer que l’aide arrive à Gaza, et a nié avoir restreint les approvisionnements. Jeudi, il a affirmé que des avions provenant de Jordanie, des Émirats arabes unis, d’Allemagne, des Pays-Bas, de France, de Singapour et d’Indonésie avaient procédé au largage de 155 palettes d’aide humanitaire au-dessus de la bande de Gaza.
Chaque palette transporte plusieurs centaines de kilos de denrées alimentaires, a précisé l’armée. L’Indonésie, qui abrite la plus importante communauté musulmane au monde, n’a aucune relation avec Israël.
Israël autorise également l’entrée quotidienne dans l’enclave de plusieurs centaines de camions d’aide humanitaire. L’ONU estime toutefois que ce chiffre est inférieur de plus de moitié à ce qui serait nécessaire pour subvenir aux besoins des Gazaouis.
En Israël, les familles des otages retenus à Gaza depuis le 7 octobre 2023 ont mis en garde que la nouvelle offensive risquait de « torpiller » les chances de parvenir à un accord pour sauver leurs proches, mettant ainsi les captifs en danger direct.
« Après trois jours, celui qui n’a toujours pas réagi à [l’acceptation par le Hamas] d’un accord déjà approuvé par le gouvernement et qui n’a pas convoqué le cabinet de sécurité ni le cabinet [général], celui-là a fondamentalement choisi de sacrifier les otages », a constaté Bar Goddard, fille de Manny Goddard, tué le 7 octobre et dont la dépouille fait partie des 28 corps d’otages décédés retenus à Gaza.
Jeudi, un soldat de l’armée israélienne a été blessé par balle dans la région de Zeitoun, en périphérie de la ville de Gaza, a rapporté l’armée, qui soupçonne qu’il a été touché par un tireur embusqué du Hamas.
Ce soldat a été évacué vers un hôpital, pour y recevoir les soins nécessaires.
la Communauté du Times of Israël !







