Israël prévoit de ralentir ou arrêter l’acheminement de l’aide humanitaire vers le nord de Gaza
La Croix-Rouge estime que l'évacuation de Gaza-ville est "impossible" et Israël, que 10 000 personnes sur un million seulement ont quitté la ville ; Tony Blair aurait dit à Trump que les Gazaouis voulaient de nouveaux dirigeants
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Israël va bientôt ralentir voire totalement suspendre l’acheminement de l’aide humanitaire dans certaines pans du nord de Gaza, a fait savoir samedi un responsable israélien, avant l’offensive prochaine à Gaza-ville destinée à paralyser le Hamas.
Ce responsable, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat – n’étant pas autorisé à s’adresser aux médias – a fait savoir qu’Israël allait cesser les largages aériens au-dessus de Gaza-ville dans les prochains jours. L’État juif compte également limiter l’arrivée de camions d’aide dans le nord de l’enclave, au moment-même où Tsahal commence à encourager l’évacuation de centaines de milliers d’habitants vers le sud.
Israël a déclaré vendredi que Gaza-ville était entrée dans la catégorie des « zones de combat » en tant que « bastion » du Hamas toujours parcouru par un réseau de tunnels malgré plusieurs raids à grande échelle menés dans le secteur au cours de cette guerre qui dure depuis près de 23 mois.
Il est difficile de dire à quel moment la suspension de l’acheminement de l’aide prendra effet et quand les largages aériens cesseront complètement. Il n’y a pas eu de largages aériens depuis plusieurs jours à Gaza alors qu’ils ont été quasi-quotidiens ces dernières semaines.
L’armée n’a pas répondu à une demande de commentaires à propos des parachutages d’aide ou de la manière dont elle entend fournir de l’aide aux Palestiniens au moment où Israël va intensifier son offensive.
Vendredi, le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a exhorté les Palestiniens à fuir vers le sud, qualifiant l’évacuation « d’inévitable », mais les organisations humanitaires ont averti qu’une évacuation à grande échelle de Gaza-ville ne ferait qu’aggraver une crise humanitaire déjà dramatique.
Samedi, la Croix Rouge a déclaré que toute tentative israélienne d’évacuer la ville de Gaza mettrait la vie de centaines de milliers de personnes en péril, qualifiant cette idée « d’irréaliste » et « incompréhensible ».
« Il est impossible que l’évacuation massive de Gaza-ville puisse être menée à bien de manière sûre et digne dans les conditions actuelles », a fait savoir la présidente du Comité international de la Croix Rouge, Mirjana Spoljaric, dans un communiqué.
La situation désastreuse en matière de logement, de soins de santé et de nutrition à Gaza rend l’évacuation « non seulement irréaliste mais aussi incompréhensible dans les circonstances actuelles ».
Israël a déjà appelé les résidents de Gaza-ville à évacuer, les informant que la localité était « une zone de combat » mais les responsables de la sécurité ont déclaré samedi devant les caméras de la chaîne N12 que l’évacuation se déroulait beaucoup plus lentement que prévu.
Israël estime à 10 000 personnes le nombre de personnes effectivement parties vers le sud dans les trois semaines qui ont suivi l’annonce par Israël de son intention de vider la ville de sa population civile, a déclaré un responsable.
Les plans visant à conquérir Gaza-ville ont entraîné une opposition farouche de la part des familles des otages, qui craignent que l’opération prévue ne mette en danger la vie de leurs proches – ainsi qu’un tollé à l’international, les gouvernements et organisations humanitaires mettant en garde contre des conséquences potentiellement catastrophiques pour les civils de Gaza.
L’armée israélienne accentue la pression sur Gaza City
Samedi, l’agence de défense civile dirigée par le Hamas a fait état de frappes israéliennes intenses dans les quartiers de Sabra et Zeitoun à Gaza, et d’une « escalade » dans la zone de Sheikh Radwan, au nord du centre-ville.
Abu Mohammed Kishko, un habitant du quartier de Zeitoun, a déclaré à l’AFP que les bombardements de la nuit précédente avaient été « insensés « , ajoutant : « Cela n’a pas cessé une seule seconde et nous n’avons pas dormi de la nuit ».
« Nous ne pouvions pas non plus respirer correctement à cause des bombes fumigènes — nous suffoquions », a-t-il ajouté.
Kishko a expliqué que, comme beaucoup d’autres résidents, il n’avait pas obéi aux ordres d’évacuation israéliens car il n’a nulle part où aller.
Un journaliste travaillant pour l’AFP à la périphérie nord de la ville a signalé qu’il avait reçu l’ordre d’évacuer de la part de l’armée, ajoutant que les conditions étaient devenues de plus en plus difficiles, les bombardements se rapprochant de sa position et des coups de feu et des explosions se faisant entendre à proximité.
Mariam Yassine, une habitante de Sheikh Radwan, a déclaré que les bombardements incessants avaient empêché ses enfants de dormir toute la nuit.
« Mon mari est parti il y a quelques jours pour nous trouver un autre endroit, mais il n’a rien trouvé et nous ne savons pas quoi faire. Nous n’avons nulle part où aller », a déploré cette femme âgée de 38 ans. ‘Nous vivons dans la misère quotidienne ici à Gaza, comme si le monde ne nous entendait pas, qu’il ne nous voyait pas ».
Selon les responsables de l’hôpital Al-Awda, situé à Jabalia, dans le nord de Gaza, les tirs israéliens ont tué samedi quatre personnes qui tentaient de se procurer de l’aides.
Le ministère de la Santé de Gaza, qui est placé sous l’autorité du Hamas, a ajouté que 15 personnes avaient perdu la vie et qu’au moins 206 autres avaient été blessées en tentant de se procurer de l’aide ces dernières 24 heures.
Le ministère de la Santé a également indiqué que dix personnes étaient mortes de faim et de malnutrition au cours des dernières 24 heures, dont trois enfants. Il a annoncé qu’au moins 332 Palestiniens étaient morts de causes liées à la malnutrition depuis le début de la guerre, dont 124 enfants.
Israël nie prendre pour cible des personnes venues chercher de l’aide humanitaire – mais Tsahal a reconnu des coups de semonce en direction de Gazaouis qui semblaient représenter un danger pour les soldats.
Blair dit à Trump que les Gazaouis veulent de nouveaux dirigeants
L’ancien Premier ministre britannique Tony Blair a déclaré au président américain Donald Trump, lors d’une récente réunion, que les Gazaouis souhaitaient de nouveaux dirigeants et espéraient que l’enclave se développe de la même manière que les Émirats arabes unis, a rapporté samedi le quotidien londonien The Times.
Trump a présidé mercredi une réunion politique consacrée à la guerre à Gaza – au cours de laquelle il a accueilli Blair et son ancien envoyé spécial pour le Moyen-Orient, Jared Kushner. Un responsable de la Maison Blanche a précisé qu’ils avaient discuté de tout, concernant Gaza, y compris de l’augmentation de l’aide alimentaire, de la crise des otages et des projets d’après-guerre, entre autres.
Selon le Times, Blair a confié à Trump qu’il était encore possible de parvenir à un accord de paix, avec des Palestiniens unis sous un seul gouvernement.
Selon le journal, Blair a présenté à Trump un sondage réalisé en mai dernier par son institut Tony Blair Institute for Global Change, révélant que le pays modèle, pour 27& des Gazaouis, est les Émirats arabes unis, suivi de la Turquie (15 %) et de Singapour (14 %).
L’article n’a donné aucun détail sur la méthodologie de ce sondage selon lequel 35 % des Gazaouis estiment que l’Autorité palestinienne devrait gouverner la bande de Gaza dans l’après-guerre et 27 % que ce soit une coalition internationale transitoire travaillant avec les autorités locales qui le fasse.
Toujours selon ce sondage, 22% des habitants de la bande de Gaza souhaitent un gouvernement d’union nationale incluant à la fois le Hamas et le Fatah, 4 % seulement d’entre eux estimant que le Hamas devrait rester seul au pouvoir.
L’article du Times a précisé que Tony Blair n’était pas favorable au déplacement des Gazaouis – sans se prononcer, par ailleurs, sur la perspective d’un déplacement temporaire au cours d’une éventuelle période de reconstruction.
Peu après son accession à la présidence en début d’année, Trump avait suscité la perplexité en se disant favorable à ce que des alliés des États-Unis – l’Égypte et la Jordanie – accueillent les habitants de Gaza, que les États-Unis « prennent le contrôle » de la bande et en fassent une « Riviera du Moyen-Orient ».
Les deux pays en question avaient refusé cette perspective – qui avait suscité une vague de condamnations dans le monde – affirmant qu’elle équivaudrait à un nettoyage ethnique. Trump a depuis assuré qu’aucun habitant de Gaza ne serait expulsé. Israël aurait mené des discussions avec plusieurs pays au sujet de l’accueil des Gazaouis, mais jusqu’à présent, aucun plan de ce type n’a été annoncé.
Pour sa part, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’Israël avait l’intention de prendre le contrôle de toute la bande de Gaza, puis de la remettre à des « forces arabes » non affiliées au Hamas ou à l’Autorité palestinienne, « qui la gouverneront correctement, sans nous menacer, et qui offriront une bonne vie aux Gazaouis », a-t-il précisé.
Si les États arabes se disent depuis longtemps prêts à prendre part à la reconstruction de Gaza dans l’après-guerre, ils la conditionnent souvent à l’inclusion de l’Autorité palestinienne, dont ils estiment que le rôle est essentiel dans la perspective d’une solution à deux États, en confiant la même instance dirigeante à la Cisjordanie et à Gaza.
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