Israël rejette la demande d’immigration d’une Américaine convertie à l’ère de Zoom
Le rejet d'Isabella Vinci, qui a passé les Shabbat dans une famille orthodoxe et enseigné l'anglais dans une école publique israélienne, est contraire à une décision rendue en 2005 par la Haute Cour
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JTA — Le 11 novembre 2021, lorsque Isabella Vinci est sortie du mikvé, elle pensait avoir fait tout ce qui était nécessaire pour devenir juive. Un beit din, ou tribunal rabbinique, avait approuvé sa conversion après près d’un an d’études avec le rabbin Andrue Kahn au Temple Emanu-El, une congrégation réformée de New York, incluant un cours communautaire et des entretiens individuels.
En moins d’un an, elle s’est rendue en Israël dans le cadre du programme Birthright, y retournant ensuite pour suivre un programme d’immersion et enseigner l’anglais dans une école publique orthodoxe à Netanya. Ses amis, rabbins et collègues l’ont, dit-elle, acceptée comme juive.
Mais pas l’Autorité israélienne de la population et de l’immigration.
Dans deux décisions rendues en janvier et le mois dernier, les autorités chargées de l’immigration ont rejeté la demande de Vinci d’immigrer en Israël en vertu de la Loi du retour. Elle ont ensuite rejeté son recours administratif.
Les lettres invoquent deux problèmes principaux : Vinci a suivi des cours de conversion en ligne pendant la période de la pandémie de COVID, et elle n’a pas prouvé qu’elle avait suffisamment participé à la vie d’une communauté, dans une synagogue, après sa conversion, et en particulier durant son séjour en Israël.
Vinci, 31 ans, a dû abandonner la vie qu’elle s’était construite à Tel Aviv et retourner aux États-Unis. Elle prépare actuellement, avec l’aide de l’Israel Religious Action Center (IRAC), la branche juridique du judaïsme réformé en Israël, une requête qu’elle prévoit de déposer auprès du tribunal.
Depuis des décennies, l’IRAC et d’autres groupes de défense non orthodoxes dénoncent les tentatives des partis religieux en Israël de bloquer la reconnaissance des conversions en dehors de l’orthodoxie. Les défenseurs de Vinci affirment pour leur part qu’elle s’est vu refuser la citoyenneté malgré une décision de la Cour suprême de 2005 autorisant les conversions à l’étranger, quelle que soit la confession.
Le rejet subi par Vinci reflète également le fossé qui sépare la diaspora et Israël, ajoutent-ils, dans tous les domaines, de la pratique religieuse aux adaptations rendues nécessaires par la pandémie.
« Tout le monde, des rabbins aux inconnus qui découvrent mon histoire, me dit que je suis juive. Tous voient que je mets tout en œuvre pour faire partie de notre peuple. Les seules personnes qui affirment que je ne suis pas juive sont les membres de cette agence gouvernementale », a déclaré Vinci dans une interview, décrivant les mois de silence et ce qu’elle considère comme le refus du gouvernement d’examiner de nouveaux documents justificatifs. « Pourquoi est-ce qu’ils n’essaient même pas de comprendre d’où je viens ? »
Vinci a grandi dans une grande famille catholique multiculturelle. Elle a passé ses premières années en Floride et la majeure partie de son enfance à Omaha, dans le Nebraska. Elle ne s’est jamais sentie attachée à l’Église, développant sa propre spiritualité durant son adolescence. Au contact de parents et d’amis juifs, elle se sentait de plus en plus attirée par cette religion.
Une fois adulte, lorsqu’elle s’est installée à New York, elle a décidé de se convertir au judaïsme avec l’aide du Temple Emanu-El de Manhattan, l’une des plus importantes congrégations du judaïsme réformé.
Ni les services de l’immigration ni le ministère de l’Intérieur, qui les supervisent, n’ont donné suite à notre demande de commentaires.
Mais ce que montrent les réponses officielles reçues par Vinci, c’est que les décisions, dans son cas, se concentrent sur la question de savoir si son parcours est conforme aux règlements internes élaborés en 2014 pour contrôler les conversions effectuées à l’étranger. En 2005, la Cour suprême israélienne a statué que ces conversions, quelle que soit la confession, devaient être reconnues, laissant au ministère le soin de définir les critères.
Ces règles prévoient des études en présentiel au sein d’une congrégation ; si le cours est suivi « en dehors » d’une congrégation, alors un parcours plus long, de 18 mois, est exigé. Dans le cas de Vinci, les autorités ont considéré que ses cours, auxquels elle avait assisté sur Zoom en 2020-2021, avaient été suivis en dehors d’une congrégation. Elles ont donc conclu que Vinci n’avait pas satisfait aux critères de durée et d’implication dans la communauté.
La directrice juridique de l’IRAC pour les nouveaux immigrants, l’avocate Nicole Maor, a fait appel du rejet initial en envoyant une note détaillée, arguant que les cours dispensés par la congrégation sur Zoom pendant la pandémie devaient être considérés comme des cours internes à la congrégation – plutôt qu’en dehors -. Elle a fait valoir que l’objectif des critères était d’empêcher les conversions fictives, et non de pénaliser les candidats sincères qui avaient suivi les règles édictées par leur synagogue pendant la pandémie de COVID.
« L’objectif premier de ces critères est de fournir une protection contre les abus du processus de conversion. Une personne qui s’est convertie en 2021, qui est venue en Israël dans le cadre d’un programme Masa pour contribuer à l’effort national en 2022-2023, et qui est restée en Israël pour travailler et soutenir le pays dans les moments les plus difficiles après le 7-Octobre mérite un meilleur traitement, et davantage de compréhension », a-t-elle affirmé.
Et d’ajouter que le ministère avait ignoré les preuves de la vie communautaire juive de Vinci en Israël, depuis les prières à l’école avec les élèves jusqu’aux repas hebdomadaires orthodoxes du Shabbat dans la famille qui l’accueillait.
Kahn a en outre joint au dossier d’appel une lettre décrivant le rythme des études de Vinci : environ cinq mois dans le cours d’introduction au judaïsme du Temple Emanu-El, parallèlement à ses entretiens individuels, qui ont commencé le 21 décembre 2020 et se sont poursuivis « 1 à 3 fois par mois, pendant 2 à 3 heures » jusqu’à sa conversion en novembre 2021, soit un total de 11 mois environ. Il a énuméré les livres et les pratiques clés qu’il lui avait assignés, attestant en outre de sa participation active au programme pour jeunes adultes de la synagogue.
Une famille d’accueil à Netanya a fourni une lettre, dans laquelle elle racontait que Vinci passait « le Shabbat avec notre famille tous les week-ends, ainsi que la plupart des fêtes », évoquant une année de pratique orthodoxe dans leur foyer, ainsi qu’une relation continue à la suite du déménagement de Vinci à Tel Aviv, après Masa. L’école où elle enseignait a également rédigé une lettre de soutien.
Mais le ministère est encore resté de marbre.
Dans une interview, Maor, qui gère de très nombreux dossiers de candidats à l’immigration, a expliqué que le cas de Vinci était emblématique d’un phénomène plus large.
« Ce n’est pas uniquement une question de bureaucratie », a déclaré Maor. « On constate un élément récurrent : une attitude méfiante au sein du ministère, qui s’est aggravée ces dernières années, et qui rend la vie beaucoup plus difficile aux convertis. »
Le cas de Vinci se situe sur la ligne qui sépare les pratiques de la diaspora après la pandémie de COVID et la bureaucratie israélienne. Partout dans le monde, les congrégations réformées et conservatrices ont procédé à un transfert de leurs cours et, dans certaines communautés, de leurs services, sur Zoom. Beaucoup ont conservé ces modèles hybrides, qui conviennent parfaitement aux étudiants très occupés ou éloignés.
« Avec cette réalité, le fossé s’est encore creusé entre le fonctionnement des congrégations de la diaspora et les exigences du ministère de l’Intérieur », a poursuivi Maor.
Un décalage philosophique est également présent : pour le ministère, s’engager dans la vie de la communauté juive après la conversion semble impliquer d’adhérer à une synagogue et de tenir un registre de présence. Pour les courants non orthodoxes, a expliqué Maor, la vie juive peut toutefois s’exprimer de multiples façons : rituels à la maison, cercles d’étude, travail pour la justice sociale — et tout particulièrement en Israël, où les rythmes juifs imprègnent la vie publique.
Durant l’année qu’elle a passée à Netanya, la vie de Vinci était émaillée d’activités telles que la prière quotidienne à l’école, les fêtes au sein d’une famille d’accueil pratiquante, et l’enseignement dans un environnement religieux. Maor estime que tout cela devrait être pris en compte.
Kahn, qui affirme que deux de ses autres convertis ont pu immigrer en Israël sans incident, s’est dit attristé par le rejet de Vinci, compte tenu de sa foi, ainsi que des obstacles qu’elle a dû surmonter pour satisfaire aux exigences administratives et aux délais.
« Ce n’est pas comme si elle s’était contentée de traîner en Israël. Elle a vraiment fait le travail, et elle s’est légitimement consacrée à devenir juive », a-t-il indiqué.
Après la perte de son statut juridique et le rejet de son appel, Vinci est retournée aux États-Unis. Elle a accepté un poste d’assistante juridique à Kansas City, et s’attelle désormais à rassembler les fonds nécessaires pour déposer une requête auprès du tribunal.
Maor ne se prononce pas sur l’issue de l’affaire. Elle explique toutefois que, souvent, les affaires se règlent avant qu’un précédent ne soit établi. L’État accepte un compromis, par exemple des mois d’étude supplémentaires, plutôt que de risquer une décision qui obligerait à modifier sa politique.
Vinci espère aujourd’hui que cette affaire, non seulement déterminera le lieu de ses prochaines vacances, mais aussi qu’elle améliorera la façon dont Israël traite les candidats de plus en plus nombreux à l’immigration, dont le parcours juif a commencé sur un ordinateur portable pendant un confinement sans précédent, et dans un contexte d’antisémitisme croissant.
« J’espère que mon histoire mettra en évidence les notions d’amour et d’acceptation entre les communautés », a-t-elle déclaré. « Dans le climat politique et social actuel, la meilleure chose que nous puissions faire est de rester unis. »
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