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Décès de Jane Yolen, autrice du roman « The Devil’s Arithmetic » devenu un classique sur la Shoah

Yolen, qui était aussi une illustratrice primée, a publié son premier livre à 22 ans et a produit 450 ouvrages

Jane Yolen et son livre le plus célèbre, « The Devil's Arithmetic » (Crédit : Autorisation de Jason Stemple et Penguin Random House via JTA)
Jane Yolen et son livre le plus célèbre, « The Devil's Arithmetic » (Crédit : Autorisation de Jason Stemple et Penguin Random House via JTA)

(JTA) — Jane Yolen était déjà une autrice et illustratrice primée, avec à son actif plus de 100 titres destinés aux jeunes lecteurs, lorsque son éditeur lui a proposé d’écrire un livre pour enfants sur le thème du judaïsme.

Dans un premier temps, elle a rejeté cette idée. Certes, elle était juive. Mais elle n’avait pas grandi dans une famille pratiquante, et elle affirmait ne pas en savoir assez sur le judaïsme pour se lancer dans un tel projet.

Mais elle a fini par céder. À partir d’une première idée de roman fantastique mêlant voyage dans le temps et Shoah, Yolen a remis la première version de ce qui allait devenir « The Devil’s Arithmetic » [l’arithmétique du diable], son roman pour jeunes adultes publié en 1988. « Je me suis dit : OK, je vais essayer », a-t-elle confié à la Jewish Telegraphic Agency des années plus tard.

Dès sa sortie, le livre a été salué par la critique et a remporté de nombreux prix. Il est aujourd’hui considéré comme un classique du genre – une œuvre qui figure toujours sur les listes d’ouvrages interdits.

Pour Jane Yolen, décédée jeudi à l’âge de 87 ans chez elle, dans l’ouest du Massachusetts, « The Devil’s Arithmetic » est devenu l’œuvre emblématique d’une carrière. Toujours disponible en librairie, le livre a également été adapté en téléfilm par Showtime, avec Kirsten Dunst dans le rôle principal, et il a été récompensé par un Emmy Award. Il a marqué un tournant dans son œuvre titanesque pour la littérature jeunesse, a indiqué sa famille dans un communiqué.

« C’est avec une profonde tristesse que moi-même, ainsi que mes frères, Adam Stemple et Jason Stemple, nous vous annonçons le décès de notre mère, Jane Yolen », a écrit sa fille Heidi Stemple sur Facebook, ajoutant que Jane Yolen était « partie paisiblement, sans douleur ni détresse », et entourée de sa famille, qui lui lisait l’un de ses livres.

Jane Yolen est née le 11 février 1939 à New York. Son père était journaliste et sa mère, assistante sociale en psychiatrie, jusqu’à la naissance de Jane Yolen.

Ancienne élève du Smith College, où elle a remporté plusieurs prix de poésie et de journalisme, Jane Yolen a d’abord travaillé comme rédactrice à New York, écrivant pendant ses pauses et ses moments de loisirs. C’est à l’âge de 22 ans qu’elle a publié son premier ouvrage, « Pirates in Petticoats », un essai sur les femmes en haute mer.

Elle s’est rapidement tournée vers la littérature pour enfants, devenant l’une des autrices les plus prolifiques du genre. Elle a ainsi publié 450 ouvrages pour la jeunesse, dont plusieurs sur le thème du judaïsme. Surnommée « la Hans Christian Andersen américaine », elle a remporté la prestigieuse médaille Caldecott pour son livre illustré de 1987, « Owl Moon » ; sa série « How Do Dinosaurs… » est un incontournable de nombreuses classes de maternelle. Cette série comporte d’ailleurs un titre sur le thème du judaïsme : « How Do Dinosaurs Say Happy Chanukah ? » Son 450e titre a été publié cette année, ont indiqué ses enfants.

Mais c’est « The Devil’s Arithmetic », selon les spécialistes, qui a confirmé son statut d’autrice de référence pour les jeunes Juifs. Cette œuvre a révolutionné le genre, en mêlant voyage dans le temps et véracité historique, selon Norman H. Finkelstein, lauréat du National Jewish Book Award et lui-même bibliothécaire pour enfants.

« C’était un livre sur la Shoah différent des autres », a déclaré Finkelstein à la JTA en 2018, à l’occasion du 30e anniversaire de l’ouvrage. « Il ne s’agissait pas d’un récit strictement factuel, ni d’une œuvre autobiographique. Jane a fait un travail remarquable en adaptant l’histoire de la Shoah pour la rendre accessible à des enfants américains ordinaires. Ses personnages étaient très réalistes, pas du tout caricaturaux. »

Parmi ses autres ouvrages, « Meet Me at the Well: The Girls and Women of the Bible », coécrit avec Barbara Diamond Goldin, et « Jewish Fairy Tale Feasts », coécrit avec sa fille Heidi, qui a mis au point et illustré les recettes pratiques.

Yolen affectionnait particulièrement ces collaborations avec sa fille. Toutes deux vivaient côte à côte, tout comme la famille de Stemple, dont les deux petits-enfants servaient de goûteurs et critiques gastronomiques pour les recettes de Stemple.

« Jane était un trésor. Il est difficile d’imaginer le monde des livres – et même le monde tout court – sans elle », a écrit sur Facebook Richard Michelson, auteur primé de livres pour enfants juifs, ami et voisin de Yolen. La décrivant comme une mentor très appréciée des jeunes écrivains, il a ajouté : « Jane était capable de créer des classiques avec une facilité déconcertante. »

S’ils sont souvent étudiés dans les écoles dans le cadre des cours sur la Shoah, les ouvrages de Yolen ne sont toutefois pas exempts de controverse. En 2025, un district scolaire du Texas, s’appuyant sur l’intelligence artificielle, a signalé « The Devil’s Arithmetic » pour qu’il soit retiré des rayons, au motif qu’il contenait des éléments liés à la « DEI » (diversité, équité et inclusion). Le livre est ainsi devenu l’un des nombreux ouvrages reconnus sur la Shoah à avoir été interdit dans les écoles ces dernières années.

Après avoir initialement résisté à l’idée d’être une autrice spécialiste de la Shoah, Yolen a fini par publier une trilogie de romans non conventionnels pour jeunes adultes sur le sujet, incorporant des thèmes issus de « La Belle au bois dormant » dans « Briar Rose » (1992), et s’inspirant librement de « Hansel et Gretel » dans « Mapping the Bones » (2018).

« Chaque fois que nous pensons à la Shoah, nous pensons au souvenir », a déclaré Yolen à la JTA lors de cette même interview en 2018. « « Nous nous disons qu’il ne faut jamais oublier. Bientôt, il ne nous restera plus que les histoires. »

Outre ses enfants, Yolen laisse derrière elle six petits-enfants. Son mari, David Stemple, avec qui elle a été mariée pendant 44 ans, est décédé en 2006.

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