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Jérusalem : Pour pouvoir s’asseoir dans la soucca, certains habitants vivent dangereusement

Les balcons arborant les cabanes temporaires festive sont très prisés, même dans les appartements chics, mais beaucoup font fi des questions de sécurité et les construisent sans accord de la ville

  • Une soucca construite sur un balcon temporaire dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Une soucca construite sur un balcon temporaire dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
  • Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
  • Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025.(Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025.(Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
  • Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
  • Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)
    Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Pour les habitants du quartier ultra-orthodoxe Mea Shearim à Jérusalem, la fête de Souccot est l’un des moments les plus forts de l’année. Qualifiée par les rabbins de « période de joie », elle est marquée par une musique qui envahit les rues commerçantes historiques que les familles arpentent vêtues de leurs plus beaux habits : les hommes en manteaux noirs, les femmes en robes longues et les enfants en tenues assorties. Un grand nombre d’entre eux tiennent à la main les quatre espèces, notamment les longues branches de palmier et les cédrats jaunes qui sont utilisées dans les prières de la fête.

Et elle est, bien sûr, également marquée par les souccot, ces cabanes festives qui ont donné leur nom à ces réjouissances.

Avec un commandement biblique qui ordonne de manger et de dormir dans ces cabanes en plein air pendant sept jours, et avec l’espace limité dont disposent les résidents dans les zones urbaines densément peuplées telles que celle-ci, avoir une soucca sur son balcon est un luxe ultime. La condition exigeant que le toit de la soucca soit directement orienté vers le ciel, sans autre balcon ni autre obstacle entre lui et le firmament, ajoute un niveau de complexité aux choses et constitue un défi technique passionnant.

« Chaque bâtiment a sa propre empreinte et quand vous concevez un bâtiment appelé à être construit, un balcon, quel qu’il soit, réduit l’espace disponible à l’intérieur des appartements », explique Josh Skarf, architecte à Jérusalem et auteur d’un livre qui explore les concepts bibliques à travers le prisme de son art. « Si vous souhaitez laisser les balcons ouverts sur le ciel, alors chaque espace que vous allez utiliser pour un balcon éliminera non seulement cet espace, mais aussi l’espace au-dessus. Vous allez finir par construire en gradins – des gradins qui se rétrécissent vers le haut, comme la pièce montée d’un mariage – ce qui diminuera le nombre d’appartements que vous allez pouvoir vendre ».

Des souccas dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Mais tout le monde n’a pas la chance de vivre dans un appartement optimisé pour accueillir les fameuses huttes de Souccot. Partout en Israël, et en particulier dans les communautés haredim densément peuplées comme celles qui sont installées autour de Mea Shearim, des souccot sont construites sur des balcons temporaires improvisés et non autorisés partout – souvent édifiées grâce à des techniques rudimentaires qui sont loin de respecter les meilleures pratiques en matière de construction. Celles qui reposent sur des piliers sont généralement plus sûres que celles qui sont construites en porte-à-faux, fait remarquer Skarf.

Certaines semblent prêtes à s’effondrer, leurs occupants intrépides vivant dans l’espoir d’un miracle.

« Après que les péchés du peuple juif ont été pardonnés lors de la fête de Yom Kippour, s’asseoir dans la soucca est le signe que nous avons toute confiance en la protection du Saint contre le malheur », commente un passant en regardant une soucca suspendue au-dessus de la rue depuis un balcon prolongé par un échafaudage en acier. « Il n’y a aucune raison d’avoir peur ».

Une soucca construite sur un balcon temporaire dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025.(Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Mais tout le monde ne compte pas uniquement sur la providence divine. La municipalité de Jérusalem affirme que, si elle ne délivre pas d’autorisations pour ces cabanes temporaires, elle en surveille la sécurité, avec une équipe de policiers qui est chargée de vérifier l’intégrité de ces balcons rudimentaires. Un dispositif de contrôle qui est en place depuis de nombreuses années et qui donne de bons résultats, affirme un porte-parole de la ville.

« Nous n’avons pas connaissance d’une seule soucca, à Jérusalem, qui mette en danger la vie humaine », a noté la municipalité dans une déclaration faite auprès du Times of Israel. « Si c’était le cas, la municipalité prendrait immédiatement des mesures pour la faire démolir, et ce conformément à la loi ».

Un secouriste de l’organisation bénévole Tzevet Hatzalah, qui travaille dans le quartier, ajoute qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Tous ceux qui construisent de telles cabanes font appel aux services d’un ingénieur qualifié et, jusqu’à présent, aucune tragédie impliquant l’effondrement d’une soucca ne s’est produite, fait-il remarquer.

Une soucca construite sur un balcon temporaire dans le quartier de Meah Shearim à Jérusalem, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

À quelques blocs d’immeubles, le long des rues anciennes, bondées et désordonnées du centre commercial de Mea Shearim, de nouvelles résidences d’appartements de luxe scintillent au soleil, soulignant les profondes divisions économiques au sein de la communauté haredi.

Un balcon-soucca avec des espaces vides au-dessus, permettant à la soucca d’être directement sous le ciel, dans la promenade commerciale Cardo du Jerusalem Estates, le 8 octobre 2025.(Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Aux Jerusalem Estates, de grands jardins avec des aires de jeux bien entretenues se nichent entre des immeubles conçus pour les résidents ultra-orthodoxes. Des souccas spacieuses, qui ont été édifiées individuellement, se dressent devant les bâtiments, dans l’espace public, tandis que d’autres sont installées sur des balcons stratégiquement conçus pour optimiser l’espace, comme l’a décrit Skarf.

Dans la galerie marchande Cardo, de l’autre côté de la rue, les appartements situés plusieurs étages en dessous du penthouse disposent de balcons avec des espaces vides au-dessus, créant ainsi des couloirs uniques qui permettent de construire une soucca casher – au détriment de plusieurs balcons situés au-dessus.

Pour les acheteurs ultra-orthodoxes fortunés, un balcon est une ressource non négociable qui peut parfois augmenter la valeur d’un logement de près de 5 %. Même dans les lotissements moins exclusifs, un balcon peut ajouter jusqu’à 100 000 shekels à la valeur d’un appartement, selon Nachi Paris, propriétaire de Nachi Realty à Jérusalem.

« Tout le monde devrait s’efforcer d’avoir une belle soucca, en fonction de la taille de sa famille et de ses moyens financiers », s’exclame Isser Oppenheim, un habitant de Beit Shemesh venu rendre visite à des amis aux Jerusalem Estates. « C’est une belle mitzvah dont la joie apporte un caractère sacré accru » à la fête.

Isser Oppenheim au Jerusalem Estates, le 8 octobre 2025. (Crédit : Zev Stub/Times of Israel)

Les balcons susceptibles d’accueillir des souccot avaient commencé à devenir plus populaires en Israël dans les années 1990 et ils sont aujourd’hui très demandés dans de nombreuses villes du pays, et pas seulement dans les villes ultra-orthodoxes. A Herzliya et à Tel Aviv, certains immeubles de 15 étages ont été conçus en tenant compte de la nécessité d’installer de tels balcons et à Or Yehuda, une ville de 40 000 habitants située au centre du pays, la commission locale chargée de la construction et de l’urbanisme a récemment décidé que jusqu’à 30 % des balcons des nouveaux projets de rénovation urbaine devaient pouvoir accueillir la fameuse hutte.

Une innovation qui n’est toutefois pas nouvelle et qui n’est pas propre à Israël. À Brooklyn, à New York, les hassidim du quartier de Williamsburg vivent depuis des décennies dans des immeubles en grès brun dotés de balcons en quinconce conçus pour accueillir la fête de Souccot.

Selon l’historien et podcasteur ultra-orthodoxe Yehuda Geberer, ces balcons existaient également dans le Cracovie d’avant-guerre et dans certaines autres villes européennes où les communautés juives étaient importantes.

La principale soucca de l’hôtel Inbal à Jérusalem, à Souccot, en 2025 (Crédit : The Inbal/Oz Ohayon)

Aujourd’hui, de nombreux hôtels de luxe de Jérusalem proposent des balcons privés pour les souccot dans leurs suites les plus exclusives, à des prix encore plus élevés que ceux des chambres standard, et ce pendant toute la semaine de réjouissances. Les clients peuvent les utiliser pour des réunions privées, à l’écart des souccot communes de l’hôtel, qui sont souvent elles-mêmes décorées avec raffinement.

« Ces souccot impliquent de nombreuses considérations d’ordre économique et les gens y réfléchissent donc beaucoup », explique Skarf. « C’est intéressant de voir certaines des solutions riches et novatrices que les gens ont pu imaginer pour profiter au maximum de la fête ».

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