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La campagne en faveur des centrales électriques au gaz plonge les zones rurales d’Israël dans la tourmente

Le projet de construction de jusqu’à 13 nouvelles centrales pour renforcer le réseau électrique national divise les communautés ; l’État confie la gestion de terrains sensibles à des entrepreneurs privés

Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Vue aérienne d'Emek Hefer. (Crédit : Guy Shmueli)
Vue aérienne d'Emek Hefer. (Crédit : Guy Shmueli)

Un programme national prévoyant la construction de 13 nouvelles centrales électriques au gaz plonge les communautés rurales dans la tourmente. Ce programme autorise en effet les promoteurs à négocier directement avec les kibboutzim et les coopératives agricoles pour l’acquisition de terrains – et ce, même pour des projets qui pourraient ne jamais voir le jour.

Des discussions sont en cours concernant la construction de quatre centrales électriques au sein ou aux abords du Conseil régional de la vallée de Hefer, dans le centre d’Israël. Les autorités locales ont conseillé aux communautés approchées par des entrepreneurs de rejeter ces propositions.

Le conflit a déjà pris une tournure personnelle. Au kibboutz Givat Haim Meuhad, situé près de Hadera, dans la vallée de Hefer, le fils âgé de 10 ans du responsable du kibboutz aurait été mis à l’écart et harcelé par des camarades de classe issus d’autres communautés au motif du soutien apporté par son père à l’implantation d’une centrale électrique sur les terres du kibboutz. Le kibboutz a par la suite voté contre ce projet, à une faible majorité.

Le kibboutz Givat Haim Ihud voisin (créé en 1952 à la suite d’une scission politique qui a divisé le kibboutz Givat Haim d’origine en deux communautés distinctes) a par la suite rejeté cette même proposition avec une majorité de près de deux contre un. L’accord proposé pour les deux kibboutzim provenait du milliardaire israélien Idan Ofer, installé à Londres.

Israël accuse un retard considérable par rapport à ses propres objectifs en matière de développement des énergies renouvelables, particulièrement l’énergie solaire.

La décision de construire davantage de centrales électriques au gaz s’inscrit dans le cadre de la mise en œuvre de la décision gouvernementale 2282, approuvée en octobre 2024, qui vise à garantir la sécurité de l’approvisionnement énergétique jusqu’en 2040. Elle impose la construction d’infrastructures pour les énergies renouvelables principalement à la périphérie du pays, et pour l’énergie au gaz principalement au centre, où vit la majeure partie de la population.

Sur la base d’un rapport rédigé par une équipe interministérielle sous la direction du ministère de l’Énergie, qui n’a jamais été achevé ni publié, l’État a décrété que jusqu’à 13 centrales à gaz devraient être construites dans six districts, spécialement créés pour ce projet et couvrant une grande partie du territoire israélien, précisant toutefois que des plans devaient être élaborés pour 19 centrales afin d’encourager la concurrence.

Mais au lieu de définir précisément où ces centrales devaient être construites, la décision gouvernementale a invité les entrepreneurs privés à négocier avec les propriétaires fonciers et à soumettre ces accords à la commission d’aménagement accéléré des infrastructures nationales (connue sous son acronyme hébreu Vatal). C’est Vatal qui désignera les candidats retenus.

Le Conseil régional de la vallée de Hefer supervise une étroite bande de terre s’étendant de la mer Méditerranée vers l’est, en direction de la Cisjordanie, à proximité de la ville palestinienne de Tulkarem.

Dans le cadre du projet de centrale électrique, le gouvernement a classé cette zone dans le « district 2 », qui s’étend de Hadera, au nord, jusqu’à Rosh HaAyin, dans le centre d’Israël.

Dans la seule région de la vallée de Hefer, trois projets de construction de centrales électriques sont déjà en cours. La coopérative qui gère le moshav Beit Yanai a approuvé une proposition de Shamir Energy et l’a transmise à Vatal. De son côté, la compagnie des eaux Mekorot souhaite implanter une petite centrale électrique dans la zone industrielle d’Emek Hefer, afin de soutenir l’extension d’une usine de dessalement.

Au sein du Conseil régional voisin de Menashe, ce sont deux magnats de l’immobilier qui ont déjà finalisé un projet de centrale de 700 mégawatts et qui l’ont soumis à Vatal.

Vue de la centrale électrique d’Orot Rabin, située sur la côte à Hadera, depuis la plage de Sdot Yam, au centre d’Israël, le 20 mai 2023. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

« L’absence de politique nationale d’aménagement du territoire et la privatisation sauvage de la construction de centrales électriques ont directement engendré une situation inédite et dangereuse à Emek Hefer : des projets de construction de quatre centrales électriques, dont certains sont portés par des promoteurs privés, dans un rayon de seulement 13 kilomètres carrés près de la ligne de démarcation », a fait savoir la présidente du conseil municipal, Galit Shaul, dans une déclaration au Times of Israel.

Selon Shaul, la concentration de plusieurs centrales à gaz dans la vallée de Hefer pourrait provoquer ce qu’elle a appelé « une catastrophe environnementale et sanitaire sans précédent », sans compter un risque grave pour la sécurité : ces centrales pourraient en effet devenir des cibles pour des missiles, des drones ou des tirs antichars provenant d’Iran, du Liban ou de groupes terroristes de Cisjordanie.

Le kibboutz Givat Haim Meuhad. (Préservation du patrimoine en dehors de la ville, Pikiwiki, Israël, CC BY 2.5, Wikimedia Commons)

La campagne menée par le conseil municipal contre les centrales à gaz a irrité de nombreux habitants de la région, a indiqué Erez Magal, chef du kibboutz Givat Haim Meuhad, qui a voté en faveur du projet de centrale à gaz, qu’il considère comme une opportunité économique.

« Nous sommes très irrités par les propos tenus par le conseil municipal et le quartier général du mouvement de protestation, principalement organisé par des personnes extérieures au kibboutz », a-t-il affirmé.

Magal a précisé que si le débat au sein de son kibboutz restait courtois, la campagne plus générale avait pris une tournure personnelle, allant jusqu’au harcèlement de son fils de 10 ans dans l’école régionale par des enfants issus de communautés voisines.

Ron Eifer, responsable des énergies durables au ministère de l’Énergie, qui gère également le secteur de l’électricité et représente le ministère de l’Énergie auprès de l’Autorité de l’électricité, a indiqué que 10 centrales à gaz couvraient actuellement près de 70 % des besoins en électricité du pays. D’ici 2030, au moins deux autres centrales seront choisies parmi les quatre déjà approuvées lors d’une précédente phase de planification.

Ron Eifer, du ministère de l’Énergie. (Crédit : Shlomi Amsalem, Service de presse du gouvernement)

D’après Eifer, au moins la moitié des 13 centrales à haut rendement prévues dans le cadre du cycle de planification actuel devraient remplacer des centrales plus anciennes et plus polluantes.

L’objectif, a-t-il poursuivi, est de garantir que l’approvisionnement en électricité évolue au même rythme que la croissance démographique, l’amélioration du niveau de vie et des évolutions telles que l’électrification des transports ou la création de centres de données, qui sont très énergivores.

« Le ministère de l’Énergie met tout en œuvre pour promouvoir les énergies renouvelables », a-t-il souligné. « Nous espérons que nous aurons besoin de moins de 13 nouvelles centrales à gaz grâce à une accélération du développement des énergies renouvelables et des systèmes de stockage. Mais nous ne pouvons pas en être certains. »

Répondant aux accusations selon lesquelles la commission Vatal examinerait les projets au cas par cas, sans vision d’ensemble, un porte-parole a assuré : « Vatal examine chaque projet d’infrastructure en tenant compte de l’espace disponible, des plans approuvés et développés, des aspects environnementaux évalués dans le cadre d’une étude d’impact sur l’environnement, ainsi que d’autres paramètres, afin de disposer d’une vision globale. »

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