La cession de Zim à Hapag-Lloyd, détenu à 12,3 % par le Qatar, suscite des craintes en Israël
Selon des députés, le transporteur Zim a été vital pour l'économie et la sécurité d'Israël pendant la guerre, notamment en ce qui concerne la logistique d'urgence mais aussi la planification militaire et sécuritaire nationale
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Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Dimanche, la commission des Affaires économiques de la Knesset a débattu des intérêts stratégiques d’Israël dans l’éventualité où le gouvernement valide le projet de cession de l’entreprise de transport maritime israélienne, basée à Haïfa, Zim au géant allemand du transport maritime Hapag-Lloyd.
Une semaine plus tôt, Hapag-Lloyd avait conclu un contrat avec le fonds de capital-investissement israélien FIMI Opportunity Funds en vue du rachat de son concurrent à Haïfa, Zim, pour un montant de 4,2 milliards de dollars. Il est prévu que FIMI mette la main sur une partie des activités de Zim liées à ses opérations israéliennes et crée la société « New Zim ».
Forte de 16 navires, cette nouvelle compagnie israélienne de transport maritime par conteneurs desservirait les routes commerciales à destination d’Israël, principalement entre la Méditerranée orientale et les États-Unis. Il est par ailleurs prévu que Hapag-Lloyd prenne le contrôle des opérations internationales de Zim, y compris des routes maritimes entre l’Asie de l’Est et les Amériques, ainsi qu’entre les ports asiatiques.
Lors du débat à la Knesset, le député Oded Forer, à l’origine de cette réunion, a fait part de ses inquiétudes concernant le risque de dépendance d’Israël envers la navigation étrangère pour les routes commerciales cruciales, notamment en cas d’urgence. Parmi les actionnaires de Hapag-Lloyd figurent Qatar Holding, une filiale du fonds souverain du Qatar, qui détient 12,3 % des parts, et le Public Investment Fund d’Arabie Saoudite, qui en détient 10,2 %.
Selon Forer, la structuration du contrat soulève de sérieuses questions quant à la capacité de la future nouvelle société Zim, aux dimensions très modestes, de s’acquitter des obligations d’une compagnie maritime israélienne.
« Zim n’est pas une entreprise commerciale ordinaire », a déclaré Oren Caspi, président du comité des travailleurs de Zim. « En temps de guerre, les navires de Zim sont quasiment le seul moyen de nous approvisionner en munitions, en vivres et en médicaments. »
« Si nous devons faire venir en Israël des conteneurs de Corée ou d’Inde, alors nous serons dépendants de Hapag-Lloyd, signe que la cession de Zim à une compagnie maritime étrangère compromet gravement la capacité de l’État à agir de manière indépendante en cas d’urgence », a averti Caspi.
Compte tenu du caractère stratégique de cette société israélienne, le gouvernement israélien en détient une part spéciale, parfois qualifiée de « part en or » ; si la cession recevait l’aval des autorités israéliennes, cette fameuse part irait à une filiale de FIMI. Cette participation spéciale de l’Etat impose à Zim de garder une présence en Israël, à commencer par 11 navires qui doivent rester propriété israélienne.
Lors de la réunion de ce comité de la Knesset, le représentant du ministère de la Défense, Shai Halperin, a rappelé que depuis le pogrom perpétré par le Hamas qui a déclenché la guerre, le 7 octobre 2023, Israël fait face à des embargos – officiels ou de facto – sur les matériels de guerre de la part de pays européens, ce qui complexifie le fret maritime en la matière.
« Depuis le 7-Octobre, nous traversons une crise sécuritaire, et Zim a fait ce qu’il convenait de faire », a déclaré Halperin. « Il est important de continuer à pouvoir compter sur lui, à défaut de quoi nous ne pourrons pas faire venir ce dont l’armée et l’appareil de défense ont besoin. »
« Les guerres ne se gagnent plus en six jours, raison pour laquelle il est crucial que l’État d’Israël protège ses intérêts sécuritaires stratégiques », a souligné Halperin.
Interrogé par le président de la commission des Affaires économiques de la Knesset, David Bitan, sur la possibilité que New Zim offre le même service dans le cadre d’un prochain conflit et réponde à tous les besoins du pays, le fondateur et PDG de FIMI, Ishay Davidi, a répondu : « Oui. »
« Par le passé, Zim a été à deux reprises au bord de la faillite et n’a pas respecté les conditions que lui imposent la participation de l’Etat alors que la société New Zim, elle, gagnera de l’argent dès le premier jour », a assuré Davidi. « Nous vous assurons que New Zim ne passera pas outre les exigences de l’État d’Israël. »
« New Zim répondra aux besoins de sécurité maritime et économique d’Israël. Elle sera conçue sur le modèle d’une entreprise très solide avec un capital de 700 millions de dollars et aucune dette », a-t-il ajouté.
Bitan a conclu la discussion en demandant à l’Autorité des sociétés israéliennes de vérifier avec FIMI que la future société New Zim sera effectivement en mesure de respecter les conditions assorties à son rachat, garanties comprises.
« Nous n’aurions pas conclu ce contrat si nous n’avions pas respecté toutes les conditions de l’État », a conclu Davidi.
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