La fourmi électrique, espèce invasive qui menace de proliférer en France
La Wasmannia auropunctata est classée parmi les 100 espèces invasives les plus néfastes au monde, selon l'Institut national de la recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement
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Originaire d’Amérique du Sud, elle a envahi l’Afrique centrale et causé d’importants dégâts aux États-Unis. Repérée pour la première fois en France métropolitaine en 2022, la fourmi électrique, espèce exotique invasive, menace de proliférer faute de moyens suffisants pour l’éradiquer.
À La Croix-Valmer, dans le sud de la France, un lotissement ensoleillé a été attaqué par la Wasmannia auropunctata, également appelée « fourmi électrique » ou « petite fourmi de feu ».
Boris Martor y possède une résidence secondaire. En été 2023, son fils, alors âgé de cinq ans, se plaint de piqûres. « Il avait des irritations, des cloques, de fortes douleurs… », dues aux très fortes décharges de cette petite fourmi de 1,5 millimètre.
La fourmi électrique, originaire d’Amérique du Sud, a envahi l’Afrique centrale après avoir été introduite au Gabon dans les années 1920 pour lutter contre des insectes ravageurs. Elle a aussi causé pour des centaines de millions de dollars de dégâts dans les cultures au Texas.
Elle est aujourd’hui classée parmi les 100 espèces invasives les plus néfastes au monde, selon l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE).
La première super-colonie a été découverte en 2022 à Toulon, dans le sud-est de la France, par Olivier Blight, chercheur à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie de l’université d’Avignon. Soit à 60 kilomètres de La Croix-Valmer, le deuxième foyer – le pays n’en compte que deux pour l’instant.
La fourmi électrique est dangereuse : outre des piqûres douloureuses, elle peut provoquer des chocs anaphylactiques chez les personnes allergiques. Dans les pays où elle prolifère, ses attaques rendent également des chats et des chiens aveugles.
« Son arrivée peut bouleverser l’ensemble de nos écosystèmes », avait averti en 2024 l’Office français de la biodiversité (OFB) dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca, sud-est), dans une lettre consultée par l’AFP et adressée au directeur général de l’organisme.
Remède importé d’Australie
Les fourmis des deux foyers français, probablement arrivées lors d’une importation de plantes, sont issues d’une même souche israélienne « plus résistante au froid que la souche initiale », d’origine tropicale, selon l’OFB Paca.
Luc Gomel, ingénieur agronome à Montpellier, fait partie de l’équipe réduite de Blight et a pour mission de trouver quel traitement pourra en venir à bout. Problème : les traitements commercialisés en France pour les fourmis classiques, qui aiment le sucré, ne sont pas du goût de la petite Wasmannia.
Les chercheurs se sont donc rabattus sur un produit importé d’Australie, le Campaign, autorisé par dérogation pour un site et une période précise. Ils ont placé des granulés dans des boîtes pour appâter les fourmis. Mais lors d’essais au printemps dernier à Toulon, beaucoup ont évité les boîtes.
Seule solution, selon Luc Gomel : faire comme les Australiens et les Hawaïens, saupoudrer le produit.
Or, cette méthode nécessite une nouvelle dérogation. Il faut donc obtenir cette dérogation en urgence, afin de pouvoir entamer le traitement dès que la petite fourmi sortira d’hivernation, au plus tard début mai.
Le ministère français de la Transition écologique a déclaré à l’AFP que « des expertises sont en cours », notamment sur les « risques toxicologiques ».
Il prévient également que ces produits ne garantiront pas l’éradication, car les fourmis sont principalement disséminées par les déchets végétaux ou les plantes en pot.
D’autant plus, dans un « contexte budgétaire des plus restreints ».
Un fonds dit « vert » du gouvernement français, sollicité jusqu’à présent, a été réduit dans le projet de budget de l’État pour l’année 2026. Les scientifiques se tournent donc vers l’Europe pour tenter d’obtenir le financement d’un an de traitement.
Mais pour éradiquer la fourmi, « il faut au moins trois ans », prévient Blight.
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