La France dissimule-t-elle la dimension antisémite du meurtre de Sarah Halimi ?
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La France dissimule-t-elle la dimension antisémite du meurtre de Sarah Halimi ?

Le chef du CRIF interroge les motivations du silence gouvernemental lors de l'assassinat de Sarah Halimi à Paris au mois d'avril

Illustration : Marche blanche à la mémoire de Lucie Sarah Halimi, à Paris, le 9 avril 2017. (Crédit : Bernard Musicant/Twitter)
Illustration : Marche blanche à la mémoire de Lucie Sarah Halimi, à Paris, le 9 avril 2017. (Crédit : Bernard Musicant/Twitter)

Les critiques avancées par le CRIF sont montées d’un cran concernant le meurtre d’une femme juive par son voisin musulman, qualifiant le silence conservé par les autorités sur ce dossier de « dissimulation ».

Le CRIF a lancé cette accusation à l’occasion d’une courte et poignante déclaration contenant quatre questions tendancieuses au sujet de l’assassinat de Sarah Halimi à Paris survenu le 4 avril.

« Le meurtre de Sarah Halimi a eu lieu il y a 85 jours déjà et l’enquête n’avance pas. Pourquoi ce silence ? Pourquoi cette omerta ? », s’interroge le communiqué en utilisant un terme italien se référant aux complices de dissimulation de crimes au sein de la mafia. « Que veut-on cacher ? Pourquoi ce déni de l’antisémitisme ? »

Avant cette semaine, le CRIF s’était retenu de prendre en défaut la gestion de l’enquête ouverte sur le meurtre de Halimi, disant qu’il attendait la conclusion de l’enquête de police. Dans le passé, il avait déjà critiqué la prolifération des théories conspirationnistes de certains groupes et militants juifs.

Mais cela a changé lundi, lorsque le président du CRIF Francis Kalifat a écrit une lettre ouverte publiée dans le Figaro affirmant qu’il « y a des preuves qu’il s’agit d’un cas classique de meurtre antisémite, mais qui est couvert par une ‘omerta’ et ce crime haineux n’a pas été reconnu pour ce qu’il est ».

Halimi, a-t-il ajouté, « a été massacrée pour une seule et unique raison, parce qu’elle était juive ».

Kalifat a promis de ne « jamais se taire » et de continuer à mettre la pression sur les autorités « jusqu’à ce que la vérité éclate au grand jour au sujet de ce meurtre sordide ».

Halimi, âgée d’une soixantaine d’années, mère de trois enfants et médecin retraitée, avait été sauvagement agressée par Kobili Traore, 27 ans, qui avait ensuite jeté la retraitée par la fenêtre de son appartement du troisième étage, la précipitant vers la mort.

Traore, dont les voisins ont témoigné qu’il avait crié durant l’attaque « Allah hu akbar » – le terme arabe pour « Allah est grand » – avait été placé dans la foulée dans une institution psychiatrique, conformément à l’estimation de « folie passagère » arguée par sa défense, quoique n’ayant aucun passé psychiatrique. La fille de Halimi avait quant à elle témoigné du fait que Traore l’avait interpellée en la qualifiant de « sale juive » il y a deux ans.

Un projet de mise en examen contre Traore élaboré par le bureau du procureur de Paris ne contient aucune mention de crime de haine, n’avançant seulement que l’accusation d’homicide volontaire sans circonstance aggravante. Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police et chef du Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), a indiqué à JTA que la police n’a pas répondu aux requêtes d’information de son groupe sur l’endroit où se trouve Traoré.

De nombreux Juifs français – dont Ghozlan – affirment craindre que les responsables de la justice et de la police, ainsi que les principaux médias, n’aient tenté de détourner l’attention de l’incident en raison des élections présidentielles et législatives dans le pays, qui avaient commencé le 23 avril et se sont achevées le 18 juin.

Magali Lafourcade, présidente de la Commission nationale consultative sur les droits de l’Homme du gouvernement français, a déclaré dans une interview diffusée à la radio au début du mois qu’elle était favorable à un débat portant sur une éventuelle minimisation de la part des autorités de l’antisémitisme et des crimes de haine.

Elle a toutefois déclaré qu’il « faut laisser le système judiciaire faire son travail » et que les enquêteurs ont besoin de temps pour examiner tous les aspects de l’affaire.

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