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Reportage

La guerre en Israël éloignant les clients et les salariés, les commerçants peinent à rester ouverts

Entre tirs de missiles et écoles fermées, de nombreux petits commerçants réduisent leurs horaires ou ferment boutique ; ceux qui restent ouverts se demandent si cela vaut la peine

Sharon Wrobel est journaliste spécialisée dans les technologies pour le Times of Israel.

Des magasins, sur la rue King George, dans le centre-ville de Tel Aviv, en mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)
Des magasins, sur la rue King George, dans le centre-ville de Tel Aviv, en mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)

Depuis près de vingt ans, l’étal d’Erez Davidov est une adresse incontournable pour trouver des maillots de bain à prix abordables, destinés à des clients de tous âges et de toutes tailles.

Situé au cœur de Tel Aviv, cet étal du marché piétonnier en plein air bénéficie d’un emplacement de choix, niché près de la rue King George, à proximité de la rue branchée Sheinkin et à deux pas du Shuk HaCarmel.

La période précédant Pessah, qui commence la semaine prochaine, marque normalement le début de la haute saison pour Davidov, car le retour des beaux jours attire les clients désireux de renouveler leur garde-robe de plage pour l’été, explique-t-il.

Mais pas cette année.

Lors d’une récente visite dans son commerce, alors que la guerre contre la République islamique d’Iran durait depuis plus de trois semaines, Davidov, 36 ans, était assis sur une vieille chaise de bureau noire, attendant des clients qui se faisaient rares.

Ce n’est pas seulement que les gens évitent de faire leurs achats alors que des missiles sifflent au-dessus de leurs têtes. C’est aussi qu’ils n’ont rien à acheter, les plages étant fermées et les voyages à l’étranger suspendus.

Erez Davidov, propriétaire d’un stand de maillots de bain, au marché Bezalel, à Tel Aviv, en mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)

« L’activité a pratiquement disparu », déplore Davidov.

« De nombreux Israéliens qui avaient prévu des vacances ou qui espéraient voyager pendant Pessah ont vu leurs projets annulés à cause de la guerre. »

« Cela nuit également à mon activité, car personne n’a besoin ni ne souhaite acheter un nouveau maillot de bain pour la saison, puisqu’ils ne partent pas en vacances et que les piscines sont fermées », ajoute-t-il.

Bien qu’initialement fermés en vertu des directives d’urgence au début de la guerre, la boutique de Davidov et d’autres commerces non essentiels ont depuis été autorisés à rouvrir.

Cependant, beaucoup d’entre eux tournent au ralenti, manquant à la fois de clients et de personnel. Les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration sont particulièrement touchés.

Selon une enquête réalisée en mars par le Bureau central des statistiques (CBS) auprès d’un échantillon de 1 779 entreprises à travers Israël, environ une entreprise sur quatre est fermée, partiellement fermée ou fonctionne à capacité minimale. Selon cette enquête, près de la moitié des hôtels, salles de réception et restaurants ont déclaré être fermés ou presque à l’arrêt.

Parmi les petites entreprises de cinq à dix salariés, 31 % ont déclaré avoir cessé leur activité ou fonctionner au ralenti en raison du manque de personnel et de la fermeture des écoles. 4 % des grandes entreprises ont fait le même constat.

Près de la moitié des chefs d’entreprise ayant participé à l’enquête ont cité la fermeture des établissements scolaires comme principal obstacle économique. Les écoles ont été fermées dans la plupart des régions pendant toute la durée de la guerre et le resteront jusqu’à la deuxième semaine d’avril, en raison des vacances de Pessah, obligeant les parents à jongler entre leur travail et garder leurs enfants.

Selon l’enquête, les secteurs les moins touchés par la guerre sont ceux qui peuvent facilement passer au télétravail, comme les entreprises des secteurs technologique et financier.

Dans de nombreuses régions, y compris à Tel Aviv, qui a été frappée quotidiennement par des tirs de missiles, les habitants essaient de maintenir un semblant de normalité en sortant et en vaquant à leurs occupations.

Cependant, même les commerces qui ouvrent leurs portes ferment souvent plus tôt.

« Au début, il n’y avait que moi – pas de coiffeurs, de magasins de vêtements ni de bars à jus – car les cafés comme le nôtre ont une clientèle locale régulière et il y a donc un peu de travail. Mais le chiffre d’affaires a tout de même chuté de 50 %, nous commandons donc deux fois moins de pâtisseries et nous ouvrons et fermons plus tôt », explique Zahi Zilberlicht, qui tient un café de quartier très fréquenté, tout en préparant un cappuccino.

Zahi Zilberlicht, propriétaire du café Ellu Metsiot, préparant des cafés pour ses clients, à Tel Aviv, en mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)

« Quand je parle aux fournisseurs et aux autres commerçants du quartier, beaucoup sont au chômage technique et n’ont aucune activité, tandis que pour d’autres, le chiffre d’affaires a chuté d’au moins 50 à 70 % – sans parler des restaurants, qui ont été encore plus durement touchés. »

Selon Davidov, en temps normal, le marché animé et bouillonnant de Bezalel, spécialisé dans les vêtements et l’électroménager, attire des clients à la recherche de bonnes affaires ou simplement désireux de flâner, mais personne n’est d’humeur à cela en ce moment.

D’ordinaire, de nombreux étals disposaient de tables en bois sur lesquelles s’empilaient d’énormes montagnes de vêtements que les clients pouvaient fouiller dans l’espoir de dénicher un trésor caché, comme un jean de marque ou des baskets de course. D’autres proposaient des rayons entiers de fins de série bon marché.

Le Commandement du Front intérieur avait initialement ordonné la fermeture de tous les commerces non essentiels après le lancement conjoint par Israël et les États-Unis d’une offensive sur l’Iran le 28 février, qui a été suivie de tirs de missiles depuis le territoire iranien.

Les restrictions ont été assouplies au bout d’une semaine pour permettre à l’économie de se redresser, mais les écoles sont toujours fermées dans la plupart des localités, car les tirs de missiles se poursuivent presque sans relâche.

Les commerces du marché de Bezalel, un espace en plein air situé dans le centre-ville de Tel Aviv, en difficulté face à la désertion des clients en raison des attaques de missiles iraniens, en mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)

Davidov, père de trois enfants de moins de 12 ans et habitant Holon, une banlieue de Tel Aviv, a rouvert son étal au marché Bezalel après une semaine.

« Nous avons passé une nuit difficile. Ces derniers temps, Holon donne l’impression d’être à Kiryat Shmona, car il y a des frappes presque tous les jours », explique Davidov, faisant référence à cette ville située à la frontière entre Israël et le Liban, qui est pilonnée par les tirs de roquettes du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

« Il y a des jours où nous ne sommes pas ouverts du tout, et d’autres où j’ouvre à 10 heures et je ferme à 14 heures, selon mon humeur et ce qui se passe à la maison. »

« Si je ne gagne même pas assez pour payer l’essence de la moto qui me permet de venir ici, pourquoi devrais-je venir ? », s’interroge-t-il.

Selon le ministère des Finances, l’économie a perdu environ 9 milliards de shekels au cours de la première semaine de la guerre. Depuis lors, les dommages économiques sont estimés à environ 4,5 milliards de shekels par semaine, selon les estimations du Trésor.

Le ministère a récemment revu à la baisse les prévisions de croissance du pays pour cette année, les faisant passer de 5,2 % à 4,7 %, ce que la Banque centrale d’Israël a qualifié d’évaluation optimiste.

Avec le ralentissement des activités depuis des semaines, les moyens de subsistance sont menacés.

« Notre chiffre d’affaires a chuté de plus de 90 % et la quasi-totalité de nos revenus a disparu », regrette Davidov.

« Je doute que nous puissions tenir plus d’un mois ; au-delà, nous devrons baisser le rideau, et nous ne serons tout simplement plus là. »

Ces six dernières années, les entreprises ont été durement touchées, d’abord par les confinements liés à la pandémie de coronavirus, puis par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché une guerre sur plusieurs fronts pendant deux ans, et enfin par les douze jours de combats contre la République islamique d’Iran en juin.

« Toutes nos économies ont été englouties… Chaque année, nous subissons un nouveau coup dur sur le plan financier », se désole Davidov.

Des officiers du Commandement du Front intérieur fouillant les décombres d’un immeuble endommagé par un missile iranien, à Tel Aviv, tôt le matin du 1ᵉʳ mars 2026. (Crédit: Ohad Zwigenberg/AP Photo)

« Il existe une aide financière de l’État, mais nous ne pouvons pas compter dessus pour tenir jusqu’à la fin du mois, car il a fallu un an et demi pour la recevoir lors de la dernière guerre ; nous n’avons donc pas d’autre choix que de contracter des emprunts. »

Selon l’enquête du CBS, environ 32 % des entreprises ont déclaré s’attendre à une perte de plus de 50 % de leur chiffre d’affaires en temps de guerre, tandis qu’environ 24 % ont déclaré ne s’attendre à aucun impact ou à un impact modéré pouvant aller jusqu’à 10 %.

Parmi les entreprises du secteur de l’alimentation et des boissons, environ 44 % ont déclaré s’attendre à une perte de plus de 50 % de leur chiffre d’affaires.

Seules 6 % des entreprises du secteur technologique estimaient que leur chiffre d’affaires serait gravement affecté en mars.

Les chercheurs du CBS ont indiqué que l’impact attendu sur le chiffre d’affaires d’une entreprise était d’autant plus grave que l’entreprise était petite, comme lors des guerres précédentes. Cela s’explique par de nombreux facteurs économiques (liquidités, systèmes de communication en ligne et à distance, accès au commerce international), qui confèrent une plus grande résilience aux grandes entreprises qu’aux petites, ont-ils précisé.

Le ralentissement est visible non seulement au marché de Bezalel, où de nombreux étals étaient fermés lors d’une récente visite, mais aussi dans la rue King George, une artère commerciale adjacente habituellement très animée, qui est également plus calme qu’en temps de paix.

« Personne ne veut sortir et se retrouver coincé dans un restaurant quand la sirène retentit. Les gens préfèrent rester chez eux avec leur famille », explique Zilberlicht, qui tient le café Ellu Metsiot dans cette rue.

Zilberlicht, 43 ans, raconte que la moitié de sa clientèle, qui vient généralement prendre un café en promenant son chien, semble fatiguée d’être réveillée chaque nuit par les sirènes d’alerte aérienne.

De nombreux magasins du marché Bezalel de Tel Aviv restent fermés alors que les missiles iraniens pleuvent sur Israël, le 20 mars 2026. (Crédit : Sharon Wrobel/Times of Israel)

Zilberlicht, son épouse et leur fille de 18 mois vivent au quatrième étage d’un vieil immeuble sans ascenseur et sans mamad – abri antiatomique privé -, dans le centre-ville de Tel Aviv.

Le premier jour de la guerre, un missile a frappé le quartier voisin lors d’une frappe meurtrière.

« Notre immeuble est tout près du lieu de l’impact, que nous avons entendu et ressenti », explique Zilberlicht, qui se trouvait avec sa famille dans un miklat – abri antiatomique public – situé dans une école voisine au moment des faits.

« Nos fenêtres ont volé en éclats, le verre s’est brisé et tout le quartier a été gravement endommagé. »

Zilberlicht et sa famille, ainsi que les autres habitants de l’immeuble, ont été évacués et ont dormi dans un miklat avant d’être transférés dans un hôtel.

« Je continue de me lever tous les jours à 5 heures du matin ; j’ai du mal à rester chez moi – j’ai toujours travaillé », poursuit Zilberlicht.

« Il est difficile d’ignorer la fatigue mentale qui règne autour de nous, mais je reste optimiste : nous surmonterons cette épreuve en attendant la prochaine attaque. »

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