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La présidente de l’Argentine, Shakespeare et l’antisémitisme

La présidente Kichner conseille à des étudiants d’examiner un méchant de Shakpespeare pour comprendre la crise de la dette

La présidente argentine Cristina Kirchner à Buenos Aires le 30 janvier 2015 (Crédit : AFP PHOTO / ALEJANDRO PAGNI)
La présidente argentine Cristina Kirchner à Buenos Aires le 30 janvier 2015 (Crédit : AFP PHOTO / ALEJANDRO PAGNI)

Les membres de la communauté juive d’Argentine et de la Ligue anti Diffamation ont exprimé leur colère après que la présidente Cristina Kirchner ait comparé les fonds d’investissements ayant contribué à l’augmentation de la dette nationale au méchant Shylock de William Shakespeare dans ce qui est perçu comme un commentaire antisémite.

Kirchner a tweeté les remarques lors d’une visite le 2 juillet dans une école de Buenos Aires où elle a dit aux étudiants que, pour mieux comprendre la crise économique de l’Argentine, ils devraient lire le Marchand de Venise de Shakespeare.

Un des protagonistes, un usurieur juif appelé Shylock, est présenté comme sournois, rancunier et avare.

Dans un tweet, Kichner a raconté comment elle avait demandé aux étudiants rencontrés quelle pièce de Shakespeare ils étudiaient.

Lorsqu’ils ont dit à la présidente qu’ils étudiaient Romeo et Juliette, Kirchner a répondu : « J’ai dit, ‘Avez-vous lu le Marchand de Venise pour comprendre le fonds vautours ?’ » Ils ont tous ri.

« Non, ne riez pas. Les usurieurs et les suceurs de sang ont été immortalisés par la meilleure littérature du siècle », a-t-elle ensuite tweeté pour ses deux millions de followers.

Les fonds vautours sont des fonds qui investissent délibérément dans des entreprises ou des propriétés qui n’ont pas de bons résultats et sont typiquement sous évaluées. Les fonds d’investissement achètent ensuite la dette moins cher et poursuivent en justice le débiteur, généralement des gouvernements, pour obtenir un meilleur prix.

L’Argentine a des difficultés pour payer des dettes à de nombreux fonds américains. Le lien entre les fonds et le méchant de la pièce évoque un cliché bien connu voulant que les Juifs contrôlent l’argent du monde. En outre, ses mots laissent entendre qu’elle reproche aux Juifs les problèmes financiers de l’Argentine.

Les officiels israéliens n’ont pas répondu à ses commentaires.

L’organisation des Juifs argentins, la Délégation des Associations Juives Argentines, a publié une déclaration condamnant les commentaires de Kirchner et soulignant les implications antisémites de l’invocation de la pièce.
L’Anti Defamation League l’a appelé à arrêter de renforcer les stéréotypes antisémites.

« Nous sommes profondément préoccupés que la Présidente Cristina Fernandez de Kirchner promeuve une fois de plus des stéréotypes anti-sémites », a déclaré Abraham H. Foxman, le directeur national de l’ADL.

« Le Marchand de Venice, avec son personnage néfaste de Shylock, renforce des stéréotypes sur les Juifs et les présente comme attirés par l’argent, fourbes et cruels, et en suggérant aux étudiants de lire cette pièce, elle envoie un message à la jeunesse argentine que les Juifs sont, d’une certaine manière, liés aux difficultés économiques de son pays ».

Foxman a ajouté, « Nous nous tenons avec la communauté juive d’Argentine en répudiation des déclarations de la présidente et ses commentaires répétés sur l’implication des Juifs dans cette question ».

Un sondage de 2014 de l’ADL dans 100 pays a trouvé que 24 % des personnes interrogées en Argentine ont des attitudes antisémites, avec 50 % des Argentins d’accord avec la déclaration, « Les Juifs ont trop de pouvoir dans le business mondial ».

Kirchner ne s’est pas excusée. A la place, elle a publié un nombre de tweet critiquant le DAJA et a tweeté le programme d’une production israélienne de la pièce de Shakespeare.

Un tweet présentait une invitation de l’ambassade d’Israël en Espagne à une production de 2013 de la pièce par Habima, le théâtre national d’Israël.

« La pièce ? Le Marchand de Venice. La compagnie de production ? Habima, le théâtre national d’Israël », a-t-elle tweeté. Dans un tweet suivant : « Qui invite ? L’Ambassade israélienne en Espagne. C’est vrai qu’en Israël, ils aiment la bonne littérature et le meilleur théâtre ».

« Mon Dieu, quelqu’un mérite un bonnet d’âne, comme l’a dit Shakespeare dans le Songe d’une Nuit d’été, » a-t-elle écrit.

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