La question palestinienne qui ne se pose pas avant des élections décisives : l’avenir de la Cisjordanie
Peu de temps avant le premier scrutin national depuis le 7-octobre, aucun des deux grands candidats au poste de Premier ministre ne propose de vision globale des relations israélo-palestiniennes ou de grands projets en Cisjordanie
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Comme cela a déjà été le cas ces dernières décennies, les Israéliens n’auront probablement pas l’occasion d’assister à un débat entre les deux principaux candidats au poste de Premier ministre, Benjamin Netanyahu et Naftali Bennett, avant les élections de cette année.
S’ils le faisaient, il serait intéressant d’écouter leur réponse à cette question : quelles sont vos propositions pour l’avenir de la Cisjordanie, et les relations israélo-palestiniennes dans leur ensemble ?
Comment réagiraient-ils ? Contre toute attente, contrairement aux précédents scrutins, il est difficile de le dire. Israël s’approche de ce que de nombreuses personnes considèrent comme l’une des élections les plus importantes de tous les temps. Pourtant, un des problèmes au coeur de la politique israélienne depuis des décennies peine à s’imposer.
Il est clair que cette élection tournera autour du 7 octobre 2023. Ce sera le tout premier scrutin depuis le pogrom du Hamas qui a dévasté Israël et qui a fait basculer le pays et tout le Moyen-Orient. Le pogrom et ses conséquences seront au cœur de la campagne.
Bennett et d’autres membres du camp anti-Netanyahu — Yair Lapid, Gadi Eisenkot, Yair Golan — continueront de faire en sorte de lier de façon indélébile le Premier ministre à cette catastrophe et de la lui reprocher. Netanyahu continuera à faire en sorte de se défausser de ses responsabilités et de mettre en avant les succès israéliens qui s’en sont suivis à Gaza et les réussites qui ont été enregistrées contre d’autres adversaires régionaux, comme le Hezbollah ou l’Iran.
Ces questions sont importantes — et elles sont aussi rétrospectives.
D’autres questions plus axées sur l’avenir occuperont également du temps d’antenne, comme la question de savoir si les hommes Haredim vont faire leur service militaire – et si oui, comment- sans oublier le débat sur les tentatives d’affaiblissement de la justice de la part du gouvernement Netanyahu d’affaiblir la justice.
Il y a une bonne demi-douzaine de sujets brûlants qui ne manqueront pas de dominer le discours politique dans les mois à venir — comme par exemple le Qatargate ou la création d’une commission d’enquête d’État à propos du 7-octobre — dont beaucoup se résument à un référendum sur Netanyahu.
La « question palestinienne » n’en fait pas partie.
L’avenir de Gaza va continuer d’être au cœur de la politique israélienne pendant encore un certain temps et, évidemment, ce qui s’y passera déterminera le sort d’une grande partie des Palestiniens. Mais l’administration Trump a fait savoir que ce serait le président des Etats-Unis qui déciderait pour Gaza, et non le Premier ministre israélien.
Et quoi qu’il en soit, aucun des deux candidats au poste de Premier ministre n’a donné le signe de vouloir présenter une vision globale vis-à-vis des Palestiniens.
Les raisons sont claires, mais avant de les exposer, il est important de noter à quel point la situation est inhabituelle.
Deux anciens cataclysmes du conflit israélo-palestinien — la Première et la Seconde Intifadas — ont chacun été suivis d’élections à l’issue desquelles le vainqueur a adopté une approche révolutionnaire pour résoudre le conflit. Dans les deux cas, l’approche a fait long feu mais au moins, les électeurs ont eu leur mot à dire.
Le processus d’Oslo a débuté après la victoire de Yitzhak Rabin de 1992 et il a donné lieu à des années de négociations de paix. Après la victoire d’Ehud Olmert en 2006, et dans la foulée du retrait de Gaza en 2005, on a tenté, sans succès, un retrait unilatéral de larges régions de la Cisjordanie, avant de passer à des pourparlers façon Oslo avec l’AP.
Aucune des deux approches n’a réussi.
Le 7-octobre et ses conséquences ont été, pour tous les participants, bien plus sanglants et coûteux. Ils ont transformé cette partie du monde. Mais contrairement à 1992 ou 2006, ils n’ont pas conduit à une proposition transformatrice sur la façon dont Israël se verra vivre à ses côtés, avec, ou sans ses millions de voisins palestiniens. De telles idées existent aux extrêmes politiques mais pas entre les deux.
Pourquoi? La réponse est un mélange d’incertitude idéologique et de réalités politiques. En d’autres termes, personne ne sait vraiment quoi faire, et même s’il le savait, il ne pourrait pas le faire.
En Israël, l’échec du processus d’Oslo fait figure d’axiome politique, avec sa succession de négociations directes sur le statut final qui ont peu porté leurs fruits et avec des dirigeants palestiniens qui ont renoncé à deux offres israéliennes pour mettre un terme au conflit. Et depuis 2015, Netanyahu s’oppose frontalement à la création d’un État palestinien.
Aujourd’hui, le soutien juif israélien à l’État palestinien s’est effondré, et de toute façon, le camp « centre-gauche » le plus susceptible de le soutenir est dirigé par Bennett, lui-même un opposant résolu à l’État palestinien. L’un de ses possibles partenaires, Golan, dirige ce qui reste de la gauche israélienne mais il est peu probable qu’il parvienne à imposer une vision de gauche pour résoudre le conflit, quand bien même il ferait partie du gouvernement Bennett.
Depuis que la droite est au pouvoir, des députés et ministres très en vue pressent d’annexer certaines parties de la Cisjordanie, et lors d’un précédent scrutin, Netanyahu avait lui-même fait des promesses en ce sens.
Mais même avec un gouvernement résolument de droite en place depuis trois ans, cette annexion n’a pas eu lieu, et ce alors même que le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, en vante l’idée auprès de qui veut l’entendre. Il a aussi pris des mesures qu’il a qualifiées de « souveraineté de facto ».
C’est en grande partie parce que Trump a clairement dit qu’il n’y aurait pas d’annexion. Les Émirats arabes unis ont eux aussi fait clairement comprendre qu’ils étaient contre. Et si l’annexion ne se fait pas avec Trump, perçu comme un président pro-Israël et Mike Huckabee, ambassadeur à Jérusalem historiquement pro-implantation, il est difficile d’imaginer que cela se fasse à un autre moment.
En l’absence de choix, personne ne fait de proposition sur ce qu’il faut faire, ce qui suscite une sorte de consensus étrange au sein d’une société israélienne très polarisée.
« Chez les Israéliens de centre-gauche, il se dit qu’il est impossible de se retirer des territoires et d’établir un État palestinien », écrivait sur Ynet en juin dernier le penseur israélien Micah Goodman. « Les Israéliens de droite estiment qu’il serait inapproprié et peu souhaitable de se retirer des territoires et d’établir un État palestinien. »
Il ajoute : « Quelle est la différence pratique entre ‘impossible’ et ‘inapproprié’ ? … Depuis que les implications pratiques de ce débat se sont déplacées du présent vers un futur lointain, il a perdu sa capacité à diviser Israël. »
Un récent sondage de l’Institut israélien pour la démocratie donne une certaine forme à ce bloc idéologique. Mené en octobre 2025 au sujet de l’avenir de la Cisjordanie, il révèle que 32,7 % des Israéliens préfèreraient un accord diplomatique avec les Palestiniens et que 35 % soutiennent l’annexion des territoires. Parmi les Israéliens juifs, le chiffre est de 27 % en faveur d’un accord diplomatique et de 41,1 % en faveur de l’annexion. Aucun des deux camps n’a la majorité, sans parler de la super majorité requise pour justifier un changement majeur de politique.
L’avenir de la Cisjordanie ne manquera pas de se manifester autrement lors de cette campagne. La violence des résidents d’implantations est en effet à son apogée depuis des mois, avec plusieurs attaques cette semaine encore qui auraient fait des blessés côté palestinien, sans compter les biens incendiés et les oliviers endommagés. Les hommes politiques s’expriment sur la question, qui se fraie un chemin au sein du débat israélien.
Sur le plan diplomatique, toute avancée vers la normalisation dans la région passera nécessairement par une allusion à la question palestinienne, puisque l’Arabie saoudite et d’autres pays souhaitent des avancées vers un État fédéral. Mais certains signes montrent qu’Israël pourrait avoir atteint sa limite en matière de normalisation, maintenant que l’Arabie saoudite prend ses distances.
Ce sera en effet une élection décisive, susceptible de déterminer l’avenir du contrat social de l’État, de son service militaire obligatoire, de son équilibre gouvernemental et des conséquences du jour le plus sanglant de l’histoire israélienne.
Mais que Netanyahu reste ou parte, la « question palestinienne » restera probablement sans réponse.
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