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La sanglante bataille de Sderot du 7-Octobre hante toujours ses survivants

Les habitants de cette ville limitrophe de Gaza se souviennent des terroristes du Hamas abattant des gens dans les rues, mais jurent de rester chez eux

Des Israéliens se rendent sur un site commémoratif dédié aux victimes de l’attaque du 7 octobre, sur le site de l’ancien commissariat de Sderot, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2025. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)
Des Israéliens se rendent sur un site commémoratif dédié aux victimes de l’attaque du 7 octobre, sur le site de l’ancien commissariat de Sderot, dans le sud d’Israël, le 5 novembre 2025. (Crédit : Michael Giladi/Flash90)

SDEROT (JTA) – Shalom Aida était chez lui lorsque la première sirène d’alerte aérienne a retenti à 6 h 29 le 7 octobre 2023, mais au départ, cela ne l’a pas inquiété.

Les sirènes annonçant des tirs de roquettes étaient fréquentes dans sa ville de Sderot, située à moins de 1,6 km de Gaza à son point le plus proche.

Ce n’est qu’après avoir entendu des coups de feu qu’Aida, un policier à la retraite, a compris que des dizaines de terroristes lourdement armés du groupe terroriste palestinien du Hamas s’étaient infiltrés à Sderot et abattaient tous les civils, soldats ou policiers qu’ils croisaient.

Lorsqu’il est arrivé au commissariat, « c’était un véritable champ de bataille », raconte-t-il. Ce spectacle l’a presque paralysé.

« Toute la rue devant le commissariat était jonchée de personnes ensanglantées. Des policiers, des civils, morts ou mourants. Et le Hamas continuait à tirer. »

L’un des policiers tués ce jour-là était le cousin d’Aida. Beaucoup d’autres étaient ses amis.

Trois ans plus tard, ces souvenirs le hantent toujours.

« Sderot semble calme aujourd’hui, mais dans nos têtes, ce n’est ni calme ni paisible », dit-il en observant des groupes de visiteurs se promener dans le Parc commémoratif et des héros de Sderot. Celui-ci a été aménagé à l’emplacement du commissariat, détruit ce jour-là puis reconstruit ailleurs.

Malgré le traumatisme persistant du 7-Octobre et de ses suites, Aida affirme qu’il ne songerait pas un seul instant à partir ailleurs.

« Je n’ai jamais, pas une seule fois, pensé à partir », dit-il, choqué par cette idée. « Les meilleures personnes au monde vivent à Sderot. »

Tous les habitants de Otef Aza, les localités frontalières de l’enclave palestinienne dans le sud du pays, ayant vécu les horreurs du 7-Octobre ne sont pas rentrés chez eux lorsque le gouvernement leur a donné le feu vert, après avoir ordonné leur évacuation pour leur propre sécurité. Mais la grande majorité des quelque 37 000 habitants de Sderot, qui avaient déjà subi vingt années de salves de roquettes en provenance de Gaza, sont revenus dans la ville en l’espace de quelques mois.

Un chantier, à Sderot, dans le sud d’Israël, le 28 juillet 2025. (Crédit : Yossi Aloni/FLASH90)

Autrefois, Sderot était une ville de développement en difficulté, où les gouvernements successifs installaient des immigrants tout juste arrivés du Moyen-Orient et de l’ancienne Union soviétique.

Au cours des vingt dernières années, elle a régulièrement fait la une de l’actualité nationale et internationale : première ville touchée par des roquettes du Hamas dès 2001, elle est restée l’une des cibles les plus fréquemment visées par le groupe terroriste basé à Gaza, devenant la tristement célèbre capitale des roquettes.

Des personnalités internationales, dont Ban Ki-moon, alors secrétaire général de l’ONU, en 2009, et Barack Obama, alors sénateur, lors de sa campagne présidentielle de 2008, se sont rendues à Sderot.

Initialement dépourvue d’abris adéquats pour protéger ses habitants, la ville est devenue le seul endroit d’Israël où chaque appartement et chaque arrêt de bus possède son propre abri anti-bombes.

Cette situation précaire n’a néanmoins pas empêché la ville de prospérer. Des immeubles d’habitation flambant neufs, des parcs et un vaste centre commercial accueillent les visiteurs à leur arrivée.

Les cousins Arie Yugudaev, à gauche, et Eitan Uzayev ont croisé des terroristes du Hamas alors qu’ils tentaient de pénétrer en voiture dans Sderot pour sauver leurs familles. (Crédit : Michele Chabin/JTA)

« Si l’on fournissait à OpenAI toutes les données concernant Sderot – ces 25 années de tirs de roquettes, le 7-Octobre et les abris anti-bombes –, le système conclurait forcément qu’il s’agit d’une ville fantôme. Mais ce n’est pas la réalité ici », a déclaré Ilan Abecassis, un éducateur à la retraite aujourd’hui guide touristique, qui a toujours vécu dans la ville.

Au lieu de diminuer, a-t-il ajouté, la population de la ville a augmenté d’environ 5 000 habitants depuis l’invasion et le massacre menés par le Hamas.

« Je sais que cela semble contre-intuitif, mais plus ils essaient de nous détruire, plus nous devenons forts », a déclaré Abecassis. « Dans la Torah, un nouveau pharaon, voyant la population israélite croître, la réduit en esclavage. Mais la Torah nous dit : ‘Plus on les opprimait, plus ils se multipliaient et grandissaient.’ Nous sommes comme ces Israélites. »

Arie Yagudaev, 30 ans, originaire de Sderot, et son cousin Eitan Izayev, 28 ans, qui vit dans le kibboutz voisin de Nir Am, ont affirmé que leur confrontation avec des terroristes dans les rues lors du 7-Octobre n’avait en rien entamé leur détermination à rester.

Izayev, raconte en buvant son café devant l’épicerie familiale à Sderot, comment il avait supplié son cousin de venir le chercher au kibboutz, que des terroristes tentaient d’infiltrer, afin qu’il puisse aider à défendre ses proches à Sderot. En chemin, ils ont pris avec eux deux adolescentes qui avaient survécu au festival de musique Nova.

« Alors que nous approchions du rond-point menant à Sderot, nous avons aperçu des pick-up devant nous », se souvient Izayev. « Nous pensions que les hommes à l’arrière des pick-up étaient des soldats de Tsahal. Mais dès qu’ils nous ont vus, les terroristes ont ouvert le feu sans discontinuer. »

« Une des balles a brisé la vitre arrière de ma voiture. C’est un miracle que nous ayons survécu », raconte Yagudaev. Évacué dans un hôtel d’Eilat, où le stress post-traumatique le hantait chaque nuit, il ne souhaitait pourtant qu’une chose : « Je voulais rentrer chez moi. »

« Ce n’était pas seulement parce que la chambre d’hôtel était exiguë », a-t-il expliqué. « Quitter Sderot et Israël, c’est exactement ce que veulent les terroristes. Nous n’irons nulle part. »

Les troupes israéliennes traversent une route principale à bord d’un véhicule blindé de transport de troupes (VTT) au carrefour de Shaar Hanegev, près de Sderot, le 8 octobre 2023. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Un restaurateur de Sderot, qui est né et a grandi dans la ville avant de s’installer au kibboutz Nir Am il y a plusieurs années, partage ce sentiment.

« Ne pas rentrer reviendrait à récompenser le Hamas pour son terrorisme », a déclaré le restaurateur, qui a souhaité conserver l’anonymat en raison des périodes de service qu’il continue d’effectuer dans la réserve de Tsahal.

Son épouse, son bébé et lui ont ainsi passé près d’un an dans une petite chambre d’hôtel à Tel Aviv avant de retourner dans leur kibboutz il y a deux ans. Ce retour chez eux n’a pas été facile, a-t-il expliqué. D’une part, des soldats de Tsahal avaient vécu dans la maison qu’ils avaient laissée vide, laquelle nécessitait désormais d’importantes réparations. Le retour dans la région a également ravivé des souvenirs traumatisants liés à l’attaque du Hamas.

« Pendant 22 heures, j’ai monté la garde devant notre maison pour protéger ma femme et mon nouveau-né », se souvient-il, assis à une table de son restaurant. « Nous avons finalement décidé de fuir en voiture avec pour seuls bagages les vêtements que nous avions pu fourrer dans un sac-poubelle. Nous avons mis le bébé sous le siège de la voiture, dans l’espoir de le protéger. »

Autrefois propriétaire de trois restaurants, il n’en possède plus qu’un seul. Il a dû vendre les deux restaurants prisés qu’il tenait dans un autre kibboutz, car il ne pouvait pas les gérer depuis Tel Aviv. À l’époque, le secteur bordant Gaza était une zone de guerre.

Bien que le secteur bordant Gaza soit désormais beaucoup plus sûr grâce à la zone que Tsahal contrôle dans l’enclave, « ce n’est pas le calme dans la région », a-t-il déclaré. « Nous vivons à un kilomètre de Gaza. Chaque jour, nous entendons les hélicoptères et les coups de feu. »

Pourtant, ni lui ni sa femme n’ont l’intention de partir.

« Mes parents vivent ici, mes grands-parents vivent ici », a-t-il déclaré. « Le 7-Octobre, j’ai assisté à une apocalypse, j’ai vu des corps gisant au sol. Je connaissais une centaine de personnes qui ont été tuées ou enlevées. Le sol sous nos pieds est imprégné de leur sang. Je ne peux pas partir. »

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