La vidéo au féminin à la Maison Ticho, ancienne demeure de la doyenne de l’art israélien
"Bliss" et "Zahara" présentent une vision artistique et dystopique de la femme dans une exposition organisée dans la villa historique d'un artiste de Jérusalem
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Quand les artistes Meirav Heiman et Ayelet Carmi ont dévoilé leur dernière installation vidéo, intitulée « Bliss », à la Maison Anna Ticho de Jérusalem le 9 juillet, elles ont apporté avec elle au sein du musée historique la puissance féminine, la nature et un sens des réalités d’Israël.
Les deux artistes, connues pour leurs installations vidéo qui placent souvent les femmes et les familles dans des mondes dystopiques, récidivent aujourd’hui avec « Bliss », leur nouveau court-métrage de presque dix minutes.
Dans « Bliss », des silhouettes féminines courent dans un champ désert vers un bâtiment abandonné, où elles créent silencieusement un biosystème pour subsister elles-mêmes et où elles se transforment en colonne vivante.
Les femmes, de tous les âges, du nourrisson à la personne âgée, assument chacune un rôle spécifique dans le bâtiment abandonné, qu’il s’agisse de donner à manger ou à boire, qu’il s’agisse d’apporter des soins ou de la pérennité.
Ce voyage de dix minutes dans un autre monde est à la fois réaliste et dystopique.
« C’est lié à des réflexions sur la nature, sur l’écologie, sur le temps », commente Heiman. « Il y a quelque chose de très communautaire là-dedans, mais il y a aussi l’illustration des complications qui sont directement liées à la manière de construire cette colonne et d’y vivre, d’y créer une communauté alternative ».
Heiman et Carmi expliquent au Times of Israel que le processus de création de l’œuvre a duré environ quatre ans.
Elles ont commencé à réfléchir à ce projet avant la pandémie de coronavirus, quand, ensemble, elles ont imaginé les images, l’âge de leurs actrices et l’idée d’une communauté entière vivant sur une colonne.
La colonne fait référence à la cariatide grecque, une figure féminine sculptée qui sert de support architectural à la place d’une colonne ou d’un pilier, comme c’est le cas à l’Acropole d’Athènes.
« Bliss » a été tourné dans un bâtiment délabré de Beit Dagan, dans le centre d’Israël, qui semblait parfaitement s’intégrer dans l’atmosphère de l’œuvre, indique Meirav Heiman.
L’une des colonnes du bâtiment a été préparée pour le tournage, avec de petites étagères sur lesquelles les femmes ont pu s’asseoir ou se percher. Chaque actrice a été attachée au poteau pour un maximum de sécurité.
« Nous essayons toujours de considérer les femmes qui travaillent avec nous comme des partenaires dans le processus », indique Heiman. « Chacune a un rôle dans ‘Bliss’, que ce soit donner à manger ou à boire, tisser un panier… Il y a une création et une finalité pour chaque personnage, et chacune apporte quelque chose d’elle-même ».
« C’est comme une conversation », explique Carmi.
Les deux artistes ont filmé leur œuvre quelques jours avant le pogrom commis par le groupe terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023.
« Vous êtes derrière la caméra en train de filmer et trois jours plus tard, le monde est sens dessus dessous », raconte Carmi qui ajoute que l’une des actrices, une jeune femme qui est également sa voisine, était en service le 7 octobre dans la journée, dans le cadre de son devoir de réserve.
« Une semaine et demie plus tard, nous avons préparé un colis rempli de pâtisseries et de friandises à lui apporter. Et là, on a commencé à regarder toutes les scènes de manière différente – comme cette scène où elles courent dans un champ, au début. Tout d’un coup, on a l’impression que c’est complètement différent’, explique Carmi, faisant référence aux images qui avaient montré des jeunes fêtards en train de fuir les terroristes du Hamas lors du massacre perpétré à la rave-party Nova et dans les kibboutzim qui avaient été envahis par les hommes armés.
« L’exposition a été préparée pendant des années et il s’agissait simplement de trouver le bon moment pour la présenter à la Maison Ticho », dit Timna Seligman, conservatrice au sein de l’institution, en référence à la maison historique d’Anna Ticho, une artiste de la fin du 20e siècle – une maison qui fait aujourd’hui partie du groupe du Musée d’Israël.
« L’exposition devait s’inscrire dans le contexte d’Anna Ticho, de la maison et de son Histoire », ajoute-t-elle.
Heiman et Carmi ont des visions, des techniques et des compétences différentes, fait remarquer Seligman, et c’est un élément essentiel de la vidéo – avec ce front commun que les femmes forment, les unes avec les autres : « Un coup de main à défaut d’un coup de maître », dit-elle, évoquant la sororité.
La vidéo sera projetée à côté d’une galerie du musée où sont accrochés des portraits de femmes qui avaient été réalisés par Ticho.
« Bliss » sera à découvrir à côté d’une autre installation vidéo des deux artistes, « Zahara » (2021). C’est la première fois que cette œuvre est présentée dans un musée.
« Zahara » s’inspire de l’histoire tragique de Zahara Levitov, l’une des premières femmes pilotes au sein de Tsahal. Le film réimagine ce qui a pu se passer après que son avion s’est écrasé, en 1948, dans la vallée de la Croix à Jérusalem. Zahara et une femme plus âgée se frayent ainsi un chemin à travers les rues de la ville moderne jusqu’à l’ancien hôpital Shaare Zedek, où Zahara devait succomber à ses blessures.
La femme âgée s’inspire directement du personnage de Ruth Schwartz, la future épouse du chef d’état-major de Tsahal et ministre de la Défense Moshe Dayan, qui, avec sa sœur Reuma Schwartz (qui épousera ultérieurement le septième président d’Israël, Ezer Weizman), avait entendu l’accident depuis son domicile de Rehavia, à proximité, et qui s’était précipitée pour tenter de venir en aide à Zahara, l’emmenant à l’hôpital.
Comme « Bliss », « Zahara » illustre l’univers conceptuel de Carmi et de Heiman, dit Seligman, en présentant un paysage féminin archétypal sur la base de personnages historiques plus grands que nature – mais qui restent toutefois des femmes auxquelles tout le monde peut s’identifier.
« Bliss » et « Zahara » sont à découvrir à la Ticho House jusqu’au mois de janvier 2026.
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