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L’administration Biden aurait retenu certaines informations destinées à Israël – sources

Les États-Unis auraient aussi limité la manière dont Israël pouvait utiliser certains renseignements confidentiels pour poursuivre d'importantes cibles à Gaza

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (de dos) accueillant le président américain Joe Biden à son arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 18 octobre 2023. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (de dos) accueillant le président américain Joe Biden à son arrivée à l'aéroport international Ben Gurion, le 18 octobre 2023. (Crédit : Brendan Smialowski/AFP)

WASHINGTON (Reuters) — Sous l’administration du président américain Joe Biden, les responsables des services de renseignement américains avaient temporairement suspendu le partage de certaines informations déterminantes avec Israël en raison d’inquiétudes portant sur la conduite de la guerre à Gaza, ont confié six personnes proches du dossier.

Au cours du second semestre 2024, les États-Unis avaient ainsi coupé la transmission vidéo en direct d’un drone américain qui survolait Gaza – qui était alors utilisé par le gouvernement israélien dans sa recherche des otages et des terroristes du Hamas. Cette interruption des services du drone avait duré quelques jours, ont précisé cinq de ces sources.

Les États-Unis avaient également limité les capacités d’utilisation, par Israël, de certaines informations dans la poursuite de ses principaux objectifs militaires à Gaza, ont déclaré deux des sources. Elles n’ont pas souhaité préciser quand avait eu lieu cette limitation.

Toutes les sources se sont exprimées sous couvert d’anonymat pour pouvoir parler plus librement.

Cette décision de mettre un terme au partage de certaines informations avait été prise alors que les inquiétudes, au sein de la communauté du renseignement américain, se renforçaient face au bilan humain des opérations militaires israéliennes à Gaza. Les officiels étaient également préoccupés par les maltraitances susceptibles d’être subies par les prisonniers palestiniens entre les mains du Shin Bet, l’agence de sécurité intérieure israélienne, ont dit les sources.

Les responsables estimaient aussi, selon les sources, qu’Israël n’avait pas apporté de garanties suffisantes concernant le respect du droit humanitaire lorsque l’armée était amenée à utiliser les informations transmises par les États-Unis. En vertu du droit américain, les agences de renseignement doivent obtenir de telles garanties avant de partager des informations avec un pays étranger.

Alors que l’administration Biden mettait en œuvre une politique de soutien continu à Israël en matière de partage de renseignements et d’armes, la décision qui avait été prise au sein des agences de renseignement de taire certaines informations avait été limitée et tactique, ont indiqué deux des sources. Les responsables avaient cherché à s’assurer qu’Israël utiliserait les renseignements américains conformément au droit humanitaire, ont-elles ajouté.

De la fumée s’élevant après que l’armée israélienne a frappé un bâtiment dans le camp de réfugiés palestiniens de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, le 19 octobre 2025. (Crédit : Eyad Baba/AFP)

Une personne proche du dossier a expliqué que les responsables des services de renseignement avaient eu la marge de manœuvre nécessaire pour prendre certaines décisions en matière de partage d’informations en temps réel, sans ordre nécessaire de la Maison Blanche. Une autre source a déclaré que toute demande d’Israël visant à modifier la manière dont le pays utilisait les renseignements américains nécessitait de nouvelles garanties concernant l’utilisation qui en serait faite.

Reuters n’a pas pu déterminer les dates de ces prises de décision. Il est également difficile de dire si le président Joe Biden en avait eu connaissance. Un porte-parole de ce dernier n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

Refuser de fournir des renseignements militaires à un allié est inhabituel

Le partage de renseignements avait repris après qu’Israël a donné l’assurance qu’il respecterait les règles données par les États-Unis.

Les préoccupations de l’administration Biden s’agissant des actions d’Israël à Gaza avaient été largement signalées – en revanche, les informations portant sur la manière dont les services de renseignement américains avaient géré leurs relations avec leurs homologues israéliens avaient été plus rares.

Israël et les États-Unis ont maintenu leur coopération en matière de sécurité tout au long de la guerre à Gaza, a déclaré le bureau du porte-parole de l’armée israélienne, qui n’a pas évoqué directement les informations qui ont pu être tues.

« La coopération stratégique en matière de renseignement s’est poursuivie tout au long de la guerre « , a écrit le bureau dans un courriel.

Le Bureau du Premier ministre israélien, qui supervise le Shin Bet, n’a pas répondu à une demande de réactions.

La CIA et le bureau du directeur du renseignement national, qui supervise les services de renseignement américains, n’ont pas réagi.

Photo d’illustration : Des soldats de l’armée israélienne, à Rafah, dans le sud de Gaza, le 23 novembre 2025. (Crédit : Emanuel Fabian/Times of Israel)

Larry Pfeiffer, ancien haut responsable de l’Agence nationale de sécurité et de la CIA, a expliqué qu’il était courant que les États-Unis exigent de ceux qui bénéficient des renseignements américains qu’ils garantissent que les informations qu’ils reçoivent ne seront pas utilisées pour violer les droits de l’Homme « de quelque manière que ce soit ».

Mais refuser de donner, sur le champ de bataille, des informations à un allié déterminant, en particulier pendant un conflit, est inhabituel, disent des experts – et une telle initiative indique un certain niveau de tension entre les deux pays.

Dans le cas d’Israël, une telle décision est également sensible sur le plan politique, compte tenu des liens de longue date qui unissent entre les services de renseignement américains et israéliens et du fort soutien bipartite dont profitait le pays depuis le pogrom commis par le Hamas sur le territoire israélien, le 7 octobre 2023, qui avait déclenché le conflit.

« Le partage des renseignements est sacré, en particulier avec un allié particulièrement proche dans une région instable », commente Daniel Hoffman, ancien chef des opérations secrètes de la CIA au Moyen-Orient.

Le renforcement du partage de renseignements après le pogrom du Hamas

Dans le sillage du massacre du 7-Octobre, Biden avait signé une note qui demandait à ses agences de sécurité nationale de renforcer le partage de renseignements avec Israël, ont fait savoir deux des sources.

Dans les jours qui avaient suivi, les États-Unis avaient mis en place une équipe de responsables et d’analystes du renseignement qui étaient placés sous la houlette du Pentagone et de la CIA – équipe qui avait fait voler des drones MQ-9 Reaper au-dessus de Gaza, fournissant à Israël des images en direct pour aider à localiser et à arrêter les terroristes du Hamas, selon trois personnes proches du dossier. Les images fournies par les drones avaient aussi aidé à la recherche des otages.

Reuters n’a pas été en mesure de déterminer quelles informations spécifiques fournies par les drones américains Israël n’avait pas pu obtenir par ses propres moyens.

Illustration : Un drone américain MQ-9 Reaper survolant la ville de Kandahar, le 27 septembre 2023. (Crédit : Massoud Hossaini/AFP)

Vers la fin de l’année 2024, toutefois, les responsables des services de renseignement américains avaient reçu des informations qui avaient soulevé des inquiétudes sur le traitement qui était réservé par Israël aux prisonniers palestiniens, ont dit quatre des sources. Elles n’ont donné aucun détail sur ces maltraitances présumées.

Des groupes de défense des droits de l’Homme avaient signalé de graves abus commis à l’encontre de Palestiniens arrêtés par Israël pendant la guerre. L’armée israélienne enquête sur des dizaines de cas, mais affirme que ces violences n’ont pas eu un caractère systématique.

Le Shin Bet n’avait pas fourni de garanties suffisantes concernant l’absence de ces mauvais traitements qui étaient, semble-t-il, infligés aux détenus – ce qui avait incité les responsables des services de renseignement américains à retirer à l’agence l’accès aux images tournées par les drones, ont déclaré deux des sources.

La décision de cesser le partage d’informations avait été prise après que l’administration Biden a déterminé qu’il était toujours légal, de la part des États-Unis, d’envoyer des armes et de transmettre des renseignements à Israël – malgré les craintes croissantes suscitées par de possibles violations du droit international lors des opérations de Tsahal à Gaza.

La guerre menée par Israël à Gaza aurait fait plus de 70 000 morts, côté palestinien, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, dont les chiffres non vérifiés ne font pas de distinction entre civils et hommes armés.

Pendant le conflit, les analystes du renseignement américain ont continuellement évalué les informations afin de déterminer si les actions d’Israël et du Hamas sur le terrain correspondaient à la définition américaine d’un crime de guerre, selon deux personnes proches du dossier.

Même s’il ne s’agissait pas d’analyses juridiques, ces évaluations avaient soulevé de sérieuses questions sur d’éventuelles violations du droit humanitaire de la part d’Israël, ont-elles noté.

Si les inquiétudes se renforçaient alors, les avocats de l’administration Biden avaient maintenu qu’Israël n’avait pas violé le droit international, selon plusieurs anciens responsables.

Au cours des dernières semaines de l’administration, de hauts responsables de la sécurité nationale s’étaient réunis à la Maison Blanche pour une réunion du Conseil national de sécurité, présidée par Biden, selon deux personnes proches du dossier.

Lors de cette réunion, les responsables du renseignement avaient proposé que les États-Unis coupent plus officiellement le processus de partage de certaines informations qui avaient été fournies à Israël après le pogrom du 7-Octobre.

Illustration : le président américain Joe Biden rencontre ses principaux ministres et responsables de la sécurité nationale pour discuter des attaques de l’Iran contre Israël, à la Maison Blanche, le 13 avril 2024. (Crédit : Maison Blanche)

Le partenariat en matière de partage de renseignements devait expirer et les responsables des services de renseignement avaient expliqué que leurs inquiétudes s’étaient accrues face à de possibles crimes de guerre dans la bande, ont confié les deux sources. Quelques semaines plus tôt, les États-Unis avaient recueilli des renseignements laissant entendre que les juristes, au sein de Tsahal, avaient averti qu’il y avait des preuves susceptibles d’étayer des accusations de crimes de guerre contre Israël dans le cadre de la campagne militaire à Gaza.

Biden avait toutefois choisi de ne pas mettre fin au partage de renseignements, affirmant que l’administration Trump renouvellerait probablement le partenariat et que les avocats de l’administration avaient déterminé qu’Israël n’avait pas violé le droit international, selon les deux sources.

Le porte-parole de Biden n’a pas répondu à nos questions s’agissant de la réunion qui avait été organisée en 2024 et de la décision prise en faveur du maintien du partage de renseignements.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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