L’armée israélienne pénètre dans la banlieue de Gaza et renforce ses troupes à Jabalia
Les Palestiniens font état de bombardements incessants dans le nord de Gaza et affirment que quatre personnes ont été tuées près de sites d'aide humanitaire au sud de Gaza City
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Des avions et des chars israéliens ont pilonné les faubourgs est et nord de Gaza City dans la nuit de samedi à dimanche, détruisant des bâtiments et des maisons, ont raconté des habitants, alors que l’armée israélienne renforçait sa présence dans le nord de Gaza dans le cadre d’une offensive visant à asseoir sa mainmise sur la région.
Des témoins ont signalé avoir entendu des explosions incessantes pendant la nuit dans les quartiers de Zeitoun et Shejaia, tandis que des chars frappaient des habitations et des routes dans le quartier voisin de Sabra et que plusieurs bâtiments étaient détruits dans la ville de Jabaliya, au nord.
Tsahal a fait savoir dimanche que des soldats de la 401e brigade des blindés étaient revenus à Jabalia ces derniers jours, rejoignant la brigade d’infanterie Givati, qui mène des opérations dans cette zone située juste au nord de Gaza City, depuis une semaine.
Les militaires ont indiqué que les forces, dirigées par la 162e division, tentaient de démanteler les capacités du Hamas dans la région, notamment en détruisant des tunnels, « en éliminant les terroristes et en renforçant le contrôle opérationnel sur la zone ».
« Les activités des soldats permettent d’élargir les combats à d’autres secteurs et empêchent les terroristes du Hamas d’y revenir et d’y mener des opérations », a expliqué Tsahal.
L’armée a déclaré qu’elle était déployée à la périphérie de la ville de Gaza en vue d’une offensive majeure qui lui permettrait de s’emparer de toute la ville.
Des dizaines de milliers de réservistes doivent se présenter au service à la date du 2 septembre pour prendre part à l’offensive, qui devrait débuter dans les semaines suivantes.
Alors qu’il fuyait vers l’ouest depuis Jabaliya, Salim Dhaher, enseignant, a dit avoir vu des robots armés poser des explosifs tandis que les soldats avançaient dans la direction opposée. Dhaher a confié craindre que ces mouvements et ces initiatives ne s’inscrivent dans un plan plus vaste visant à expulser de force les Palestiniens du nord, au moment même où les troupes préparent le terrain à la saisie de Gaza City.
L’objectif est clair, selon lui : « Détruire tout ce qui se trouve au-dessus du sol et forcer le transfert ».
Environ la moitié des deux millions d’habitants de l’enclave vivent actuellement à Gaza City et rien n’indiquait, avant l’invasion, que les centaines de milliers de Palestiniens évacueraient la ville, qui, selon Israël, reste un bastion du Hamas. Beaucoup sont épuisés par les déplacements répétés et ils ne croient pas que quelque zone que ce soit, y compris les zones dites humanitaires, puisse offrir la sécurité.
Quelques milliers de personnes ont d’ores et déjà quitté les lieux, emportant leurs biens dans des véhicules et des pousse-pousse.
« J’ai arrêté de compter le nombre de fois où j’ai dû prendre mon épouse et mes trois filles et quitter ma maison à Gaza », dit Mohammad, âgé de 40 ans, via une application de messagerie instantanée. « Aucun endroit n’est sûr, mais je ne peux pas prendre le risque. S’ils lancent soudainement l’invasion, ils utiliseront des tirs nourris ».
D’autres affirment qu’ils ne partiront pas et ce indépendamment des circonstances.
« Nous ne partirons pas, qu’ils nous bombardent chez nous », s’exclame Aya, 31 ans, qui a une famille de huit personnes, ajoutant ne pas avoir les moyens d’acheter une tente ou de payer le transport, même s’ils essayent de partir. « Nous avons faim, nous avons peur et nous n’avons pas d’argent ».
Dans la partie de Gaza City où lui et sa famille ont trouvé refuge depuis qu’ils ont été déplacés d’un quartier situé à la périphérie sud de la ville, Ossama Matter raconte avoir vu des maisons complètement détruites et des quartiers rasés jusqu’à être méconnaissables.
« Ils veulent que ce soit comme à Rafah », déplore-t-il, faisant référence à une ville du sud de Gaza qui a été détruite pendant la guerre. « Il y a eu des explosions et des frappes incessantes ces derniers jours ».
La campagne prévue a suscité un tollé international, les gouvernements et les organisations humanitaires mettant en garde contre des conséquences potentiellement désastreuses pour les civils de Gaza, soulignant la malnutrition généralisée qui s’est récemment aggravée de manière significative après 22 mois de guerre.
Les Gazaouis font état de quatre morts près de sites d’aide humanitaire
Dimanche également, des témoins ont fait savoir que les soldats israéliens avaient tué quatre personnes qui cherchaient de l’aide alors qu’elles traversaient une zone militaire au sud de Gaza City – un secteur qui est régulièrement emprunté par les Palestiniens qui tentent de se rendre à un point de distribution d’aide humanitaire.
L’hôpital Al-Awda et deux témoins oculaires ont indiqué que les quatre Palestiniens ont été tués lorsque les troupes ont ouvert le feu sur une foule qui se dirigeait vers un site géré par l’organisation américaine Fondation humanitaire de Gaza, qui est soutenue par Israël, dans la zone du corridor de Netzarim. Les faits se sont déroulés à plusieurs centaines de mètres du site.
Mohamed Abed, père de deux enfants du camp de réfugiés de Bureij, évoque des tirs lancés à l’aveuglette. Il ajoute que si un grand nombre de Gazaouis ont pu prendre la fuite, certains sont tombés au sol après avoir été touchés.
D’autres témoins ont raconté que les soldats avaient ouvert le feu lorsqu’un groupe, à l’avant de la foule, avait avancé vers un site de distribution avant son ouverture prévue.
L’armée israélienne et la Fondation humanitaire de Gaza n’ont pas répondu à nos demandes de commentaires.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, qui est placé sous l’autorité du Hamas, plus de 2 000 Palestiniens ont été tués et plus de 13 500 personnes ont été blessées alors qu’elles cherchaient de l’aide dans des points de distribution ou le long des convois humanitaires. Le ministère a ajouté que le nombre de décès liés à la malnutrition était passé de 281 à 289 dimanche.
L’armée israélienne a reconnu avoir tiré des coups de semonce sur les foules qui s’approchaient à trop grande proximité de ses soldats sur les sites de distribution d’aide à Gaza, mais elle a qualifié le bilan des morts d’exagéré, sans toutefois fournir d’autres chiffres.
Le ministère de la Santé du Hamas affirme que plus de 62 000 personnes ont été tuées ou sont présumées mortes dans les combats dans la bande de Gaza jusqu’à présent – un bilan invérifiable et qui ne fait aucune distinction entre civils et hommes armés. De son côté, au mois d’août, Israël a affirmé avoir tué plus de 22 000 terroristes au combat sur le front, à Gaza, en plus d’un millier qui avait été abattu sur le sol israélien lors du pogrom du 7 octobre.
Israël a indiqué chercher à minimiser les pertes civiles et souligne que le Hamas utilise les civils de Gaza comme autant de boucliers humains – lançant ses attaques depuis des zones civiles, notamment depuis des maisons, des hôpitaux, des écoles et des mosquées.
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