L’armée pakistanaise mise à l’épreuve par les États-Unis au sujet de l’ISF à Gaza
Le maréchal Munir devrait discuter de la force de stabilisation avec Trump dans les semaines à venir - la participation du Pakistan risquant de déclencher une réaction négative parmi les islamistes dans le pays
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ISLAMABAD, Pakistan — Au Pakistan, Asim Munir, récemment devenu le chef militaire le plus puissant depuis des décennies, doit aujourd’hui mettre ses nouveaux pouvoirs à l’épreuve – une épreuve particulièrement difficile – alors que Washington pousse Islamabad à envoyer des soldats qui intègreront la force de stabilisation internationale dans la bande de Gaza. Une décision dure et qui, selon les analystes, pourrait entraîner des réactions hostiles au niveau national.
Le maréchal devrait se rendre à Washington pour y rencontrer le président américain Donald Trump dans les prochaines semaines – il s’agit de la troisième rencontre en l’espace de six mois entre les deux hommes. Elle devrait porter en majorité sur ce déploiement de la force dans la bande, ont confié deux sources à Reuters (l’une d’entre elles assume un rôle de premier plan dans la diplomatie économique du dirigeant militaire).
Le plan en 20 points qui a été négocié par Trump pour Gaza prévoit la mise en place d’une force internationale qui sera chargée de superviser la période de l’après-guerre, une période qui sera marquée par la reconstruction du territoire et par la reprise économique au sein de cette enclave palestinienne dévastée par plus de deux ans de conflit.
Le déploiement de cette force de stabilisation sera déterminant dans la mise en œuvre de la deuxième phase du plan de paix de Trump pour Gaza. La première phase – sous forme de cessez-le-feu fragile – avait commencé le 10 octobre, le Hamas remettant les otages en liberté et Israël libérant des prisonniers palestiniens détenus pour atteinte à la sécurité nationale ou faits de terrorisme.
Israël craint que Washington n’exerce des pressions en faveur du passage à la phase suivante du cessez-le-feu – et ce même si le corps sans vie du sergent-chef Ran Gvili, le dernier otage décédé qui se trouve toujours dans la bande, n’a pas été restitué. Aucun plan opérationnel clair n’a par ailleurs été établi en ce qui concerne le travail de désarmement du Hamas, a rapporté le site d’information Ynet, la semaine dernière.
De nombreux pays se méfient de la mission qui vise à garantir que le groupe terroriste à Gaza sera démilitarisé – une mission qui est susceptible de les faire basculer dans le conflit et de susciter la colère de leurs populations, pro-palestiniennes et anti-israéliennes.
Mais Munir a noué des relations étroites avec Trump, connu pour sa versatilité, avec pour objectif de réparer des années de méfiance entre Washington et Islamabad. Il a été récompensé de ses efforts par un déjeuner à la Maison Blanche qui a eu lieu au mois de juin – c’était la première fois qu’un président américain recevait le chef de l’armée pakistanaise seul, en l’absence de responsables civils.
« Ne pas apporter une contribution (à la force de stabilisation de Gaza) pourrait bien irriter Trump, ce qui n’est pas une mince affaire pour un État pakistanais qui semble très désireux de rester dans ses bonnes grâces, en grande partie pour s’assurer que les États-Unis procèderont à des investissements et qu’ils apporteront une aide sécuritaire », commente Michael Kugelman, chercheur au bureau de l’Asie du Sud au sein de l’Atlantic Council, dont le siège est à Washington.
« Des pressions qui visent à obtenir des résultats »
L’armée du Pakistan, le seul pays musulman au monde à posséder l’arme nucléaire, est composée de soldats aguerris – forts de l’expérience de trois guerres menées contre l’Inde, rival de toujours d’Islamabad, avec également un bref conflit qui a eu lieu cet été.
Le pays a également lutté contre des insurrections dans ses territoires reculés. Il est actuellement engagé dans une guerre acharnée qui l’oppose à des militants islamistes qui, selon le Pakistan, mènent des opérations depuis l’Afghanistan.
La puissance militaire du Pakistan signifie « que Munir est soumis à des pressions plus intenses, on lui demande de faire preuve de ses capacités », explique Ayesha Siddiqa, analyste en matière de défense, qui a aussi écrit des livres.
L’armée, le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l’Information du Pakistan n’ont pas répondu aux demandes de commentaires de Reuters. Le même silence a été enregistré de la part de la Maison Blanche.
Le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, a expliqué, le mois dernier, qu’Islamabad pourrait envisager de fournir des soldats en charge du maintien de la paix, ajoutant toutefois que le désarmement du Hamas « n’est pas notre travail ».
Des pouvoirs sans précédent
Au début du mois, Munir a été nommé chef des forces de défense pakistanaises, prenant aussi la tête de l’armée de l’air et la marine, avec une prolongation de son mandat qui ne s’achèvera qu’en 2030.
Il conservera à vie son titre de maréchal et il bénéficiera d’une immunité à vie contre toute poursuite pénale en vertu des amendements constitutionnels que le gouvernement civil pakistanais a fait adopter par le biais du Parlement, à la fin du mois de novembre.
« Peu de personnes au Pakistan peuvent se payer le luxe d’être en capacité de prendre plus de risques que Munir. Il dispose d’un pouvoir illimité, un pouvoir qui est désormais protégé par la Constitution », a ajouté Kugelman. « En fin de compte, ça va être les règles de Munir et uniquement les siennes ».
Les risques sur le front intérieur
Au cours des dernières semaines, Munir a rencontré des chefs militaires et des responsables civils de différents pays, comme l’Indonésie, la Malaisie, l’Arabie saoudite, la Turquie, la Jordanie, l’Égypte et le Qatar, selon les déclarations qui ont été faites par l’armée. Des entretiens qui ont semblé porter sur la force de stabilisation à Gaza, dit Siddiqa.
L’inquiétude majeure sur le plan national porte sur la participation de troupes pakistanaises à Gaza, soutenue par les États-Unis, car elle pourrait déclencher une nouvelle vague de manifestations des partis islamistes pakistanais, hostiles à la fois aux Américains et à Israël
Les islamistes sont capables de mobiliser des milliers de personnes dans les rues.
Un parti islamiste anti-israélien puissant et violent, qui lutte pour le maintien des lois ultra-strictes du Pakistan en matière de blasphème, a été interdit au mois d’octobre dernier. Les autorités ont arrêté ses responsables, ainsi que plus de 1 500 partisans, et elles ont saisi ses actifs et ses comptes bancaires dans le cadre d’opération de répression qui est encore en cours, ont indiqué des officiels.
Si Islamabad a interdit le groupe, son idéologie est toujours bien vivante.
Le parti de l’ancien Premier ministre emprisonné, Imran Khan – dont les partisans ont remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections nationales de 2024 et qui bénéficie d’un large soutien public – a également des comptes à régler avec Munir.
Abdul Basit, chercheur au sein de la S. Rajaratnam School of International Studies de Singapour, explique que si la situation devait s’aggraver une fois que les forces se trouveront sur le terrain, dans la bande, il y aura rapidement des problèmes.
« Les gens vont dire : ‘Asim Munir fait le jeu d’Israël’ — Ce serait très imprudent de ne pas le voir venir ».
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