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L’Associated Press estime que le procès sur une photo du 7 octobre est un « coup fatal » à la liberté de la presse

L'AP et Reuters ont demandé au tribunal de Jérusalem de ne pas donner suite à la plainte, assortie d'une demande de 25 millions de shekels de dommages et intérêts, pour avoir utilisé les photos prises par des pigistes palestiniens le 7 octobre

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Des membres de la famille visitant le site du massacre du festival de musique Supernova, six mois après le pogrom perpétré par le Hamas du 7 octobre, dans la forêt de Reïm, près de la frontière de Gaza, le 7 avril 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)
Des membres de la famille visitant le site du massacre du festival de musique Supernova, six mois après le pogrom perpétré par le Hamas du 7 octobre, dans la forêt de Reïm, près de la frontière de Gaza, le 7 avril 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Les agences de presse Associated Press (AP) et Reuters ont demandé au tribunal de district de Jérusalem de ne pas donner suite à la plainte, assortie d’une demande de 25 millions de shekels de dommages et intérêts, pour avoir utilisé les photos prises par des photojournalistes controversés lors de l’infiltration des terroristes et des atrocités commises par le Hamas le 7 octobre dernier.

Selon l’AP, accepter cette plainte porterait « un coup fatal » à la liberté de la presse et d’expression, ainsi qu’à celle des médias travaillant en Israël à l’avenir.

Les agences de presse ont fait valoir leurs arguments jeudi devant le tribunal de district de Jérusalem en réponse à la plainte déposée devant le tribunal en mars dernier par les proches de cinq victimes du massacre du Hamas, le 7 octobre dernier.

Dans son mémoire en défense, l’AP a noté que les photojournalistes auxquels elle avait acheté des photographies n’étaient pas des employés d’AP mais des photographes indépendants, et que, par conséquent, l’AP ne les avait pas chargés de couvrir l’assaut du Hamas.

L’agence a ajouté que les photos et vidéos de ces photojournalistes ont permis de « mieux comprendre la nature et l’étendue des atrocités » et qu’une décision en faveur de la poursuite en dommages-intérêts porterait atteinte au « droit du public de savoir la vérité, même lorsqu’elle dérange ou qu’elle choque ».

L’AP et Reuters se sont dits solidaires des plaignants et victimes des attaques du 7 octobre, tout en rejetant les accusations portées contre elles.

Des terroristes enlèvent Yarden Bibas à Gaza après l’avoir kidnappé à son domicile de Nir Oz, kibboutz israélien situé non loin de la frontière avec Gaza, le 7 octobre 2023. Sa femme Shiri et leur fils Ariel, 4 ans, sans oublier leur bébé Kfir, ont eux aussi été enlevés. (AP)

En mars dernier, les proches de cinq victimes du massacre de la rave Supernova ont intenté une action civile en dommages et intérêts contre AP et Reuters, estimant que les photojournalistes Hassan Abdel Fattah Eslaiah, Hatem Ali, Mohammed Fayq Abu Mostafa, Ashraf Amra et Ali Mahmoud, à l’origine de photographies des atrocités des terroristes du Hamas, étaient une composante des attaques, très loin du travail journalistique légitime.

Dans la mesure où l’AP et Reuters ont publié les photos reçues de ces journalistes au fur et à mesure que les attaques se déroulaient, parfois en s’attribuant les droits de ces clichés, par ailleurs vendus sur leur site Internet, les plaignants, par un raisonnement juridique complexe, les tiennent coupables de la mort de leurs enfants.

« Ce procès est construit sur l’hypothèse de base (erronée) que les photographes indépendants auteurs des photos et vidéos de l’attaque du 7 octobre 2023, que l’AP a achetées et publiées, étaient des employés de l’AP, ou ont agi en son nom et sur ses instructions », a expliqué l’AP dans son mémoire en défense, soumis par les avocats Gideon Weinbaum et Sapir Even-Hen Bahar, du cabinet d’avocats Epstein Rosenblum Maoz.

« Par conséquent, il convient de préciser dès le départ que ces photographes indépendants n’étaient pas des employés ou des agents d’AP (et même dans le cas contraire, le procès serait infondé). »

L’agence Reuters a indiqué que les deux photographes auxquels elle a acheté des images, à savoir Abu Mostafa et Ashraf, n’ont jamais été « employés, commissionnés ou chargés de mission par Reuters ».

L’AP a pour sa pat souligné qu’elle « n’avait ni sollicité ni contrôlé les actes » des photographes auxquels elle a acheté des photos, et qu’elle ne leur avait pas davantage donné d’instructions sur les photos à prendre, ni où et quand photographier.

« Ils se sont rendus sur les lieux de leur propre chef, ont pris des photos de leur propre initiative et les ont vendues à l’AP ensuite. L’AP n’est pas responsable des actes ou omissions que les plaignants reprochent à ces photographes. »

Selon le mémoire en défense de l’AP, les plaignants au procès n’estiment pas vraiment que les photographes ont pris part, d’une manière ou d’une autre, aux violences perpétrées contre les victimes de l’assaut du Hamas, et encore moins que ces individus ont fait du mal à leurs enfants.

Des terroristes palestiniens enlevant une civile israélienne, au centre, identifiée plus tard comme étant Yaffa Adar, âgée de 85 ans, du kibboutz Nir Oz pour la conduire dans la bande de Gaza, le 7 octobre 2023. (Crédit : Hatem Ali/AP Photo)

Malgré tout, la plainte fait valoir que ces photojournalistes, et par extension l’AP, doivent être traités comme des complices d’actes violents, et que l’AP doit être tenu responsable, explique le mémoire en défense de l’AP, argument qui, selon elle, n’est pas recevable.

« Nous ne contestons pas le fait que certaines de ces photos et vidéos prises par ces photographes indépendants, achetées par l’AP et publiées par elle, soient des images horribles, mais malgré tout, ou peut-être précisément de ce fait, elles ont eu leur utilité », peut-on lire dans le mémoire en défense de l’AP.

« Elles ont montré la réalité des faits. Grâce à ces photos et vidéos, en Israël comme dans le monde entier, on a pu mieux comprendre la nature et l’étendue des atrocités qui ont eu lieu ce jour-là », ajoute-t-il, affirmant que ces photos ne « permettent en rien » de minimiser les atrocités commises le 7 octobre par le Hamas.

Les avocats de l’AP ont également soutenu que le tribunal devrait garder à l’esprit « le grave préjudice à la liberté de la presse et à la liberté d’expression » qui résulterait de l’acceptation de cette plainte.

Une telle décision, expliquent-ils, « aurait pour effet d’engager la responsabilité d’une agence de presse » pour les dommages subis par les victimes des atrocités du 7 octobre et leurs familles, ce qui porterait « un coup fatal à la liberté de la presse et à la liberté d’expression » en Israël.

« Cela risque de créer un dangereux précédent et de restreindre la liberté d’action des médias en Israël », a déclaré l’agence de presse.

Le texte de la plainte relève les liens avec le Hamas de l’un de ces photographes – Hassan Abdel Fattah Eslaiah -, évoquant une réunion de 2020 avec le chef du Hamas et éminence grise du 7 octobre, Yahya Sinwar, à l’issue de laquelle il avait donné l’accolade au photographe.

Elle revient sur les faits et gestes des photographes Mohammed Fayq Abu Mostafa et Ashram Ashraf, dont les photos ont été reprises par Reuters et l’AP, qui ont tourné une vidéo en direct depuis le compte Instagram d’Ashraf et appelé ses abonnés à suivre l’attaque.

L’organisation Honest Reporting avait déjà porté plainte contre l’AP et Reuters sur ce fondement, ce qui avait valu à l’AP de préciser qu’elle ne travaillait plus avec Eslaiah.

Reuters a, pour sa part, déclaré jeudi avoir « déjà fait savoir que le comportement de MM Ashraf et Mostafa, dans la vidéo en direct de Khan Younès, le 7 octobre, était inacceptable ».

Ler porte-parole de Reuters a ajouté que c’est « la mission des organes de presse d’informer, preuves à l’appui, sur ce qui se passe, au fil de l’action, et de donner un compte rendu de première main des événements de terrain. C’est le rôle, absolument essentiel, d’une presse libre, et nous restons plus que jamais déterminés à offrir cette couverture depuis Israël et Gaza. »

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