L’Autorité palestinienne organise des élections municipales à Gaza-City
Les habitants de Deir al-Balah éliront leur conseil municipal ce mois-ci, après 20 ans de blocage de la part du Hamas, sans certitude sur l'attitude de ce dernier
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Nurit Yohanan est la correspondante du Times of Israel pour le monde arabe et palestinien.

Ces derniers jours, des affiches que l’on n’avait plus vues là-bas depuis des dizaines d’années sont réapparues sur les murs de Deir al-Balah, dans le centre de Gaza : des affiches qui expliquent comment voter aux prochaines élections municipales.
Forte de 75 000 habitants avant la guerre, Deir al-Balah, comme toutes les autres villes de Gaza, n’a pas pu organiser d’élections municipales depuis que le Hamas s’est sauvagement emparé de l’enclave, en 2007, en chassant le Fatah. Tout ce temps, c’est le Hamas qui a nommé les membres du conseil municipal, empêchant à plusieurs reprises la tenue d’élections municipales, comme celles qui se passent dans les zones sous contrôle de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.
Tout ce temps, le Hamas a nommé des personnalités accusées par Israël d’activités terroristes, dont l’ancien maire Imad Jarou, dont Israël a revendiqué la mort en décembre 2024, le qualifiant de membre actif de la branche militaire du groupe. Après son assassinat, le Hamas a nommé l’actuel maire, Nizar Ayyash.
C’est l’affaiblissement du Hamas par des années de guerre qui permet aujourd’hui au Comité central des élections de l’Autorité palestinienne de lancer une campagne pour organiser des élections à Deir al-Balah le 25 avril prochain, en plus des élections en Cisjordanie.
Le Hamas exerce toujours un contrôle de facto dans la bande de Gaza et on ignore à ce stade dans quelle mesure les résultats du scrutin seront respectés. Et quand bien même la bande de Gaza est sur le point de passer sous la direction d’un comité de fonctionnaires, en application du plan de cessez-le-feu des États-Unis, ce qui se passe aujourd’hui à Deir al-Balah reste une anomalie dans une enclave dont la quasi-totalité des autorités municipales sont encore nommées par le Hamas.
Selon les confidences anonymes, au Times of Israel, d’une source proche du chef de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, cette mesure est une étape importante sur le chemin de la future politique palestinienne.
« Cela confirme que la Cisjordanie et Gaza forment une seule et unique unité juridique et politique », explique la source.
L’Autorité palestinienne a insisté pour organiser des élections à Gaza à ce moment précis, quitte à ce que cela ne concerne qu’une seule zone, afin de présenter « au moins le symbole » de l’unité entre Gaza et la Cisjordanie, ajoute-t-il.
Selon les informations données à une station de radio palestinienne par Farid Taamallah, porte-parole de la Commission électorale centrale palestinienne, il n’a pas été possible d’organiser des élections dans toute la bande de Gaza en raison des destructions liées à la guerre.
Il explique le choix de Deir al-Balah, l’une des cinq plus grandes villes de l’enclave et la moins endommagée si on la compare à Rafah ou Khan Younès.
Le Hamas a mis en garde contre l’entrave au vote
Bien qu’elle n’ait pas organisé d’élections nationales depuis 2006, l’Autorité palestinienne, dominée par le rival du Hamas, le Fatah, a à plusieurs reprises organisé des élections municipales, la première fois en 2005, qui fut aussi la seule fois où des élections locales eurent lieu simultanément en Cisjordanie et à Gaza, encore sous le contrôle de l’Autorité palestinienne à cette époque.
Lorsque le Hamas a pris le pouvoir à Gaza par un coup d’État sanglant en 2007, l’Autorité palestinienne a continué à pousser pour que des élections locales aient lieu dans la bande de Bande, ce que le Hamas, qui avait installé ses propres dirigeants au sein des conseils municipaux, a refusé à moins qu’elles ne soient organisées parallèlement aux élections pour le parlement et la présidence palestiniennes. L’Autorité palestinienne n’a pas accepté.
Le Hamas n’a pas fait de déclaration officielle au sujet de l’élection prévue à Deir al-Balah, où les préparatifs sont bien avancés.
La source proche du président Abbas a déclaré au Times of Israel que rien ne garantissait que le Hamas ne s’oppose pas aux élections en toute dernière minute, mais qu’il semblait qu’elles pourraient se tenir. « Le Hamas ferait une grave erreur d’entraver ces élections — il s’engagerait dans une confrontation majeure avec le peuple palestinien », a déclaré la source.
Quatre listes briguent le vote des élections, aucune d’entre elles n’étant affiliée au Hamas, au Fatah ou à une autre faction politique palestinienne. Les listes, qui portent des noms tels qu’Avenir de Deir al-Balah ou Deir al-Balah uni, sont composées de candidats qui se présentent comme des indépendants.
C’est le cas d’Hisham al-Dirawi, qui dirige la liste Renaissance de Deir al-Balah. Al-Dirwai a travaillé pendant des dizaines d’années au service de la municipalité, dernièrement en tant que chef du service d’urbanisme. Dans sa vidéo de campagne, il présente des plans pour reconstruire la ville et rétablir les services publics.
Les 15 candidats qui réuniront le plus de votes siègeront au conseil municipal et éliront un maire parmi eux.
Pour préparer les habitants au vote, la Commission électorale centrale a lancé une campagne de sensibilisation pour encourager les habitants à voter ; des affiches des différentes listes et d’autres, expliquant comment faire pour pouvoir voter, ont été collées dans toute la ville ces derniers jours.
La tenue de ces élections et leurs préparatifs n’ont pas fait l’objet d’une forte couverture de la part des médias de Gaza affiliés au Hamas, pas plus que sur les chaînes arabes comme la chaîne saoudienne Al Arabiya ou la chaîne qatarie Al Araby.
WAFA, l’agence de presse publique de l’Autorité palestinienne, en a elle parlé.
La source proche d’Abbas a déclaré au Times of Israel que les élections étaient organisées par l’Autorité palestinienne, et non par le Comité national pour l’administration de Gaza, ou NCAG, qui, selon lui, n’a pas encore commencé à travailler dans la bande.
Dans le cadre du plan de cessez-le-feu du président américain Donald Trump, le Hamas doit confier la gouvernance au NCAG, mais les membres du comité, qui se trouvent au Caire, ne sont pas encore entrés à Gaza.
Le Hamas continue de contrôler près de 47 % de Gaza, dont l’armée israélienne s’est retirée en octobre dernier, et qui abrite presque tous les habitants de l’enclave, mais aussi les ministères et la gouvernance locale.
Selon Adnan al-Falit, chef de la liste Deir al-Balah Uni, les actuels membres du conseil municipal de Deir al-Balah, nommés par le Hamas, ainsi que des responsables du ministère des Gouvernements locaux dirigé par le Hamas, l’ont assuré qu’ils passeraient le relais à l’issue des élections lorsque le nouveau conseil serait élu.
« Le Hamas contrôle toujours Gaza parce que le comité de fonctionnaires n’est pas encore en poste », explique-t-il au Times of Israel par téléphone. « Quand il sera là, le Hamas lui passera le pouvoir. »
Blocage des urnes
Pendant la guerre, qui a commencé par le pogrom commis par le Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, Deir al-Balah a accueilli des centaines de milliers de Gazaouis venus d’autres parties de l’enclave.
Aujourd’hui, seules les personnes dont l’adresse officielle, sur la carte d’identité, est à Deir al-Balah pourront voter, ce qui représente près de 70 000 personnes, selon la Commission électorale centrale palestinienne.
Les membres de la commission à Gaza sont eux-mêmes des Gazaouis, et le président de la Commission électorale, Jamil al-Khalidi, est né et a grandi à Deir al-Balah. Il a été fonctionnaire au ministère de la Planification de l’Autorité palestinienne du temps où cette dernière gouvernait l’enclave, a siégé au comité électoral de Deir al-Balah en 2004 et a été nommé par l’Autorité palestinienne à la tête de la Commission électorale à Gaza en 2008, bien qu’aucune élection n’ait jamais eu lieu.
Al-Khalidi a déclaré à la télévision WAFA, le 12 avril dernier, qu’en dépit des préparatifs, des documents électoraux et des urnes n’avaient pas encore pu entrer dans la bande de Gaza.
Israël contrôle actuellement tous les passages frontaliers – et l’entrée des marchandises – vers Gaza. Le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires, responsable de l’entrée des marchandises à Gaza, n’a pas répondu à la question du Times of Israel concernant le traitement d’une demande d’acheminement de tels équipements.
« Intégrité, compétence et indépendance »
Bien que les candidats ne soient pas affiliés politiquement, il est probable que tous soient tenus de se conformer à un amendement à la loi électorale de l’Autorité palestinienne ordonné plus tôt cette année par Abbas exigeant que les candidats aux élections locales s’engagent par écrit à accepter que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) soit le seul et unique représentant du peuple palestinien, de même que ses « programmes d’État et politiques et résolutions internationales ».
Tacite, cet engagement semble conçu pour garantir que les candidats respectent les décisions de l’OLP reconnaissant Israël et soutenant une solution à deux États – des positions rejetées par le Hamas.
La semaine passée, Al-Falit a envoyé une lettre à Trump exprimant son soutien à son plan pour l’avenir de Gaza et l’exhortant à continuer de le mettre en œuvre afin d’apporter la stabilité dans la région.
Dans cette lettre, consultée par le Times of Israel, al-Falit écrit qu’il « représente un groupe de professionnels et de leaders communautaires issus de milieux très divers mais qui ont en commun la volonté de servir notre peuple avec intégrité, compétence et indépendance, sans affiliations partisanes. »
Une source proche du dossier a déclaré au Times of Israel que cette lettre était récemment parvenue à l’envoyé américain pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff.
Al-Falit est un homme d’affaires qui a dirigé la succursale de la Banque islamique dans la bande de Gaza de 2020 à 2025 : il a déclaré au Times of Israel lors d’une interview téléphonique depuis Gaza qu’il avait envoyé la lettre à Trump parce qu’il partageait la vision du président pour un avenir meilleur pour la région.
« Il y a des personnes à Deir al-Balah qui veulent la paix, qui sont loin des guerres, et qui s’efforcent de reconstruire et de développer notre ville », a-t-il souligné pour expliquer les raisons qui l’avaient conduit à former sa liste dans le but de se faire élire au conseil municipal.
Pour l’Autorité palestinienne, l’élection de Deir al-Balah est la première étape d’un processus de démocratisation de la gouvernance pour les Palestiniens. Ces derniers jours, Al-Khalidi, le président de la Commission électorale, a exprimé l’espoir que les conditions de terrain permettent, à terme, la tenue d’élections municipales dans toute la bande de Gaza.
Selon la source proche du président Mahmoud Abbas, il y a par ailleurs une volonté d’organiser des élections générales pour le parlement et la présidence palestiniennes, lesquelles n’ont pas eu lieu depuis 2006.
Ces vingt dernières années, l’Autorité palestinienne a à plusieurs reprises tenté d’organiser de telles élections, sans succès, que ce soit, de son point de vue, à cause d’Israël ou des dissensions entre le Fatah et le Hamas.
Le Fatah et le Hamas sont toujours en désaccord, et depuis le pogrom du 7-Octobre, l’opposition à la légitimation de la participation du Hamas au processus politique palestinien s’est accrue.
Mais pour l’heure, estime la source, « la réaction du peuple est très encourageante à Gaza » en vue des élections municipales à Deir al-Balah.
Un habitant de la ville a déclaré à Al Arabiya que ce vote était « une étape de plus dans le sens d’un allègement des problèmes des habitants après les grandes souffrances causées par la guerre. »
Un autre a conclu : « C’est une étape importante pour notre peuple ». « Nous avons été profondément affectés par la guerre, et personne ne s’est soucié de nous. »
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