Le chef de la diplomatie syrienne presse Israël de saisir une « chance historique »
"Nous ne faisons actuellement pas confiance à Israël", a déclaré le ministre Asaad al-Shaibani, mais « la Syrie est favorable aux accords, à la paix et à la diplomatie » avec son voisin
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DAMAS (Reuters) — La Syrie s’attend à ce que les négociations reprennent bientôt avec Israël au sujet d’un possible accord de sécurité qui, elle l’espère, mènera au retrait israélien du territoire syrien, a déclaré samedi le ministre syrien des Affaires étrangères, exhortant Israël à saisir une « chance historique » tant que la porte de la diplomatie est ouverte.
C’est samedi, à l’occasion d’un entretien à Reuters depuis Damas, quelques jours après un bombardement israélien contre une base aérienne syrienne dans le nord du pays, que le ministre des Affaires étrangères Asaad al-Shaibani a fait savoir que la priorité de Damas était de faire cesser les frappes israéliennes, estimant que des mesures de confiance étaient indispensables.
Cela fait plus d’un an que Washington tente, sans succès, de faire advenir un accord de sécurité entre Israël et le gouvernement du président syrien Ahmed al-Sharaa, nouvel allié des États-Unis au Moyen-Orient. Israël maintient en effet des troupes en territoire syrien et se livre à des attaques des installations officielles en invoquant des menaces pour sa sécurité.
M. Shaibani a indiqué que les négociations sur l’accord de sécurité étaient gelées depuis le début de la guerre avec l’Iran, mais qu’il s’attendait à leur reprise. Les contacts entre la Syrie et Israël se sont interrompus suite à la frappe sur la base aérienne, a-t-il ajouté.
« Nous pensons qu’il devrait y avoir des contacts, en particulier avec une partie qui menace constamment la sécurité de la Syrie. Mais si ces contacts ne donnent aucun résultat, nous n’en avons pas besoin », a déclaré M. Shaibani. « Nous ne faisons actuellement pas confiance à Israël. »
En Israël, le cabinet du Premier ministre n’a pas répondu à la demande de commentaire sur les déclarations de M. Shaibani.
« C’est très difficile de parier sur Israël »
M. Sharaa assure que la Syrie n’est une menace pour personne, Damas travaillant avant tout à sa reconstruction, après 14 années de guerre civile.
Selon des responsables israéliens, la Syrie représente des dangers depuis le renversement de Bachar al-Assad, fin 2024 : l’an dernier, certains d’entre eux ont traité les nouveaux dirigeants de djihadistes à peine déguisés, et ce alors même que M. Sharaa entretient de bonnes relations avec les États-Unis.
Dans les jours qui ont suivi la chute d’Assad, Israël s’est emparé de territoires dans le sud-ouest de la Syrie, invoquant la nécessité de protéger ses ressortissants contre des attaques, et a bombardé des dizaines de sites militaires syriens.
« Israël tente d’assurer sa sécurité par la force, mais cela ne marche pas », a déclaré M. Shaibani. « Je crois que les négociations vont bientôt reprendre. »
Aucune date n’a été fixée.
« Les États-Unis n’ont de cesse de faire pression sur Israël pour qu’il revienne à la table du dialogue », a-t-il ajouté.
Interrogé sur son degré d’optimisme, M. Shaibani a répondu : « Il est très difficile de parier sur Israël. » Mais la Syrie garde un « très grand espoir » d’établir des relations stables avec ses voisins.
« La Syrie est favorable aux accords, à la paix, à la diplomatie » et à la stabilité régionale, a-t-il ajouté.
Tensions avec la Turquie
Les tensions qui existent autour de la Syrie ont pris un nouveau tournant, mardi dernier, lorsqu’Israël a bombardé la base aérienne syrienne d’Abu al-Duhur, affirmant que Damas s’apprêtait à y autoriser le déploiement de forces turques. La Syrie a dénoncé cette frappe et la Turquie, démenti tout déploiement de ses troupes sur cette base.
M. Shaibani a déclaré que la Syrie respectait les inquiétudes sécuritaires d’Israël, mais que ce dernier devait en retour respecter celles de la Syrie, notamment en ce qui concerne l’utilisation de son espace aérien par Israël, ainsi que les raids et arrestations israéliens dans le sud du pays.
Il a indiqué qu’en début d’année, les parties prenantes s’étaient « mises d’accord sur le papier sur presque tout » au sujet d’un accord de sécurité exigeant d’Israël qu’il mette un terme à ses frappes en Syrie en plus de son retrait des territoires saisis après la chute d’Assad.
Cet accord prévoyait en outre la mise en place de plusieurs zones de sécurité en territoire syrien, non loin de la frontière israélienne, notamment une zone tampon à l’intérieur de laquelle seule l’ONU serait présente, et d’autres dans lesquelles les forces syriennes se déploieraient en plus ou moins grand nombre.
Selon M. Shaibani, Israël a fait en sorte de ne pas mettre en œuvre cet accord, ce qui lui a fait dire : « Nous n’avons pas constaté chez eux une réelle volonté de parvenir à un accord. »
Le Golan n’est pas une priorité
La Syrie et Israël sont techniquement en guerre depuis 1948. Israël a pris le plateau du Golan à la Syrie en 1967, à la faveur de la guerre des Six Jours, avant de l’annexer dans les années 1980, ce que n’ont reconnu que les États-Unis et, plus récemment, la Colombie.
La priorité actuelle est de « faire cesser l’agression israélienne avant même de penser à un accord de sécurité », a précisé M. Shaibani. « Ensuite, nous pourrons peut-être aborder les questions de la paix et du Golan. »
Mardi dernier, l’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, qui n’est pas très favorable à Israël, a déclaré que Washington travaillait à la mise en place d’un mécanisme de prévention des conflits entre Israël, la Turquie et la Syrie.
M. Shaibani a précisé qu’il n’y avait pas encore d’accord sur ce mécanisme, lequel devait, de son point de vue, garantir la fin des attaques et ouvrir la voie à l’accord de sécurité, et non « sanctuariser… l’occupation israélienne ».
Le Département d’État américain n’a pas répondu à la demande de commentaire.
Selon M. Shaibani, Israël a bombardé Abu al-Duhur alors même que la Syrie lui avait transmis un message l’assurant qu’il ne s’agirait pas d’une base turque.
La Syrie s’appuie sur la Turquie pour la formation et la coopération militaires, a-t-il dit, soulignant que c’était également le cas avec la Jordanie, l’Arabie saoudite et d’autres pays encore.
Damas est reconnaissant à la Turquie pour l’aide qu’elle lui apporte dans la reconstruction de son armée « et nous ne renoncerons pas à cette aide », a-t-il conclu.
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