Le gouvernement suédois a bâclé la reconnaissance de la Palestine
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Le gouvernement suédois a bâclé la reconnaissance de la Palestine

La commission parlementaire accuse le Premier ministre d'avoir annoncé prématurément cette décision, mais ne remet pas en cause son principe

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre suédois, Stefan Löefven, lors d'une conférence de presse, le 10 février 2015 (Crédit : AFP PHOTO/JONATHAN NACKSTRAND)
Le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre suédois, Stefan Löefven, lors d'une conférence de presse, le 10 février 2015 (Crédit : AFP PHOTO/JONATHAN NACKSTRAND)

Les parlementaires suédois de tout le spectre politique ont critiqué le gouvernement de leur pays pour la manière précipitée avec laquelle il avait annoncé l’année dernière sa reconnaissance de la Palestine, en disant que cela s’est fait en violation de la constitution.

La commission du Riksdag pour la constitution a publié mardi son rapport annuel, qui énumère plusieurs cas dans lesquels le gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Stefan Loefven a agi de façon inappropriée – dont la façon dont il a reconnu la Palestine.

Le panel, qui agit comme médiateur du gouvernement, n’a pas critiqué le principe de la reconnaissance de la Palestine, qu’un membre a décrit comme étant une question politique dépassant la compétence de la commission.

En revanche, le rapport déplore que Loefven ait déclaré son intention de reconnaître un Etat palestinien avant de discuter de la question avec le Conseil consultatif des affaires étrangères du Parlement ou avec l’Union européenne.

Le 3 octobre, dans son discours inaugural, le Premier ministre nouvellement élu a déclaré que la solution à deux Etats au conflit israélo-palestinien nécessitait une reconnaissance mutuelle. « La Suède reconnaîtra donc l’Etat de Palestine », a-t-il dit.

« Il a fait cette déclaration sans explication, sans plus de détails sur la façon dont ce processus commencerait », a déclaré mercredi au Times of Israel le député démocrate-chrétien Tuve Skånberg de centre-droit.

Le jour même où Loefven a fait cette annonce surprise, la ministre des Affaires étrangères entrante, Margot Wallström, avait ordonné à toutes les missions diplomatiques suédoises à travers le monde de commencer à se référer aux territoires palestiniens comme « l’État de Palestine ».

Pour Skånberg, qui siège dans l’opposition, cette décision était également erronée.

« En vertu du droit suédois, aucune décision de politique étrangère ne doit être prise sans une préparation minutieuse, et sans passer devant notre Conseil consultatif des affaires étrangères », a expliqué Skånberg.

La première session du Conseil, qui est composé de législateurs et présidé par le roi, devait se tenir le 27 octobre – trois semaines après la déclaration du Premier ministre sur sa décision de reconnaître la Palestine.

La commission sur la Constitution, dont Skånberg est membre, a reprimandé mardi Loefven et Wallström pour leurs comportements du 3 octobre, car ils ont suggéré au monde que le nouveau gouvernement avait pris une décision lourde de sens sans consulter le Conseil consultatif des affaires étrangères.

« Il ne peut être exclu que le monde ait perçu que la question avait été décidée par une réunion du Conseil consultatif des affaires étrangères et que les conditions pour une consultation aient été détériorées », a écrit la commission dans son rapport annuel. Plutôt que de déclarer la reconnaissance comme un fait, Loefven et Wallström auraient dû expliquer qu’il y avait un processus de préparation avant que la décision ne soit finalisée, a statué le rapport.

Margot Wallström, la ministre suédoise des Affaires étrangères à Riga le 23 janvier 2015 (Crédit : AFP PHOTO / ILMARS ZNOTINS)
Margot Wallström, la ministre suédoise des Affaires étrangères, à Riga, le 23 janvier 2015 (Crédit : AFP PHOTO / ILMARS ZNOTINS)

Le 30 octobre, trois jours après la convocation du conseil consultatif, la Suède a officiellement reconnu l’Etat de Palestine.

Durant les trois semaines entre la déclaration initiale du Premier ministre et la reconnaissance éventuelle, « le monde a eu l’impression que la Suède avait reconnu l’Etat de Palestine, ce qui n’était pas le cas », a déclaré Skånberg.

Avant de prendre une décision sur la reconnaissance de la Palestine, le nouveau gouvernement devait s’enquérir des positions des Palestiniens, des Israéliens et de l’UE, a-t-il dit. « Rien de tout cela n’a été fait. Toute la préparation a été bâclée. »

Les huit partis représentés au Riksdag partagent la critique de la commission sur la façon dont le gouvernement a decidé de la reconnaissance de la Palestine, y compris les sociaux-démocrates et les Verts.

Toutefois, la décision de reconnaître un Etat palestinien – un geste sévèrement critiqué par Israël – est irréversible et n’a pas été critiquée par le panel.

« La commission n’intervient pas dans les questions politiques », a déclaré Skånberg, ajoutant que son mandat se limite à examiner le comportement du gouvernement en matière de droit constitutionnel.

« Il n’y a pas de majorité au gouvernement suédois pour la reconnaissance de la Palestine. Mais la décision est prise et ne peut pas être critiquée … Voilà, je l’avoue, un grand problème. »

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